Adaptation du livre en film, héroïnes, souvenirs de tournages… Lætitia Colombani nous dit tout dans ce podcast !
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« La Tresse », de Lætitia Colombani : Une couette un peu molle
Vous avez sûrement entendu parler ou vu passer la couverture de ce livre (une petite fille se fait coiffer par sa mère) qui a attiré cinq millions de lecteurs en France : La Tresse de Lætitia Colombani, paru en 2017, devenu un best-seller et traduit dans 40 langues. L’écrivaine, qui n’en est pas à son premier film, a adapté son propre roman au cinéma. Pour un résultat qui nous laisse un peu sur notre faim…
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La Tresse raconte l’histoire de trois femmes, dans trois pays différents. En Inde, Smita (Mia Maelzer) rêve de voir sa fille entrer à l’école. En Italie, Giulia (Fotinì Peluso) devra sauver de la faillite l’entreprise de son père. Au Canada, Sarah (Kim Raver), une brillante avocate, apprend qu’elle est gravement malade. Trois femmes qui ne se connaissent pas, mais dont les destins sont inextricablement liés.
Écrire des livres : check. Scénariser et réaliser des films : check. Écrire des pièces de théâtre et jouer dedans : check. Lætitia Colombani est passée par presque toutes les étapes de création dans les domaines du 7ème Art, de la littérature et du théâtre. Une prouesse admirable, mais difficile à remarquer (ou facile à oublier, si on connaît son parcours) quand on se concentre sur le seul film La Tresse. L’Oreille Cinéphile ne peut pas se prononcer sur la version littéraire, mais peut affirmer une chose : la version cinématographique est loin d’être un chef-d’œuvre.

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Citons les points positifs, car oui, il y en a quelques-uns. Comme l’indique son titre, le film propose une structure « en tresse » : trois récits, racontés l’un après l’autre grâce à la technique du montage alterné, avec des destins reliés, ce qui rappelle fortement le film Babel d’Alejandro Gonzàlez Iñàrritu (2006). Ces trois histoires sont toutes réunies par un élément qu’on ne dévoilera pas (même si ce n’est pas très difficile à deviner). La réflexion sur ce symbole est intéressante, mais ne va malheureusement pas plus loin. Le montage alterné, lui, finit par s’essouffler au bout de 2h de film.
Notons toutefois un élément remarquable : Lætitia Colombani a tourné avec trois équipes différentes dans les trois pays de l’histoire (Inde, Sicile et Canada) : elle fait ainsi « voyager l’action », et le spectateur en même temps. Le fait que la réalisatrice se soit rendue directement sur le terrain pour tourner chaque histoire, dans la langue du pays où elle se trouve, montre un certain professionnalisme, et donne plus d’authenticité au récit.

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En parlant des « Intouchables » en Inde (caste mise à l’écart de la société alors qu’elle est constituée de millions de personnes), Lætitia Colombani nous montre le décalage énorme entre ce pays et notre monde occidental. Une grande discrimination institutionnalisée et acceptée, qui existe encore aujourd’hui, et que la cinéaste dénonce. Ces faits réels dont elle s’inspire fortement, presque montrés tels quels, entraînent une prise de conscience flagrante chez le spectateur français, et rendent le discours général plus captivant.
Autre qualité : les portraits de femmes dans le film sont inspirants : toutes fortes à leur manière, elles se battent chacune contre quelque chose, mais veulent aussi transmettre. On a en face de nous des profils paradoxaux, parfois frêles en apparence mais forts à l’intérieur (Smita), ou bien qui ont l’air froid en public, mais sont en fait dotés d’une grande humanité (Sarah). A travers ces trois portraits, la réalisatrice propose une réflexion brillante sur la place des femmes dans la société, leurs droits et libertés, ainsi que la notion d’évolution.

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La manière de tourner correspond à la personnalité de chaque personnage. En Inde, il y a beaucoup de caméra à l’épaule, ce qui donne plus de liberté et de mouvement : on est au plus près des héroïnes. A l’inverse, au Canada, les plans sont très stables et cadrés : ils correspondent au personnage de Sarah, une femme qui cherche à tout contrôler. Enfin en Italie, les plans sont larges et aérés, et donnent des images fluides, avec une couleur bleue prédominante. Ils représentent une jeune femme fougueuse, souvent en mouvement, qui a besoin de liberté et devra faire preuve d’autonomie. Le spectateur ressent bien ces trois ambiances et énergies différentes.
Côté casting, il est plaisant de voir des visages pas ou peu connus sur grand écran, notamment Fotinì Peluso (alias Giulia), déjà vue dans la série Salade Grecque de Cédric Klapisch (2023), et à nouveau très persuasive. Les autres actrices proposent un jeu correct, mais qui ne casse pas trois pattes à un canard.
Malheureusement, le film bascule rapidement dans la niaiserie, et devient un peu cucul… Surtout la fin, cousue de fil blanc. Il est fort probable que ce long-métrage attire davantage un public féminin, et ennuie la gent masculine, ainsi que les spectateurs de moins de 30 ans. Même la musique, signée Ludovico Einaudi, au départ très belle, devient un peu entêtante, exagérée. En bref, le trait est grossi dans tous les domaines. La Tresse n’est donc pas un grand film… mais il n’est pas non plus mauvais. Il est agréable à regarder, mais ça s’arrête là. A voir un dimanche soir à la télévision.
12 / 20
Fanny BL

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♪ Extrait musical entendu dans le podcast : « Son combat », musique originale composée par Ludovico Einaudi
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