Genèse, thèmes du film, araignées… L’équipe de Vermines nous dit tout dans ce podcast !
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« Vermines », de Sébastien Vaniček : Puisqu’on vous dit que ça va bien se passer !
Un film d’horreur avec des araignées, ça ne donne pas forcément envie à tout le monde… Et pourtant, Vermines ne propose pas seulement de jouer à se faire peur : plutôt survival movie (si on devait le classer en un seul genre), ce « petit » long-métrage français comporte de nombreux messages implicites… Au point de valoir le coup d’œil et quelques frissons d’angoisse ?
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Kaleb (Théo Christine) vit seul avec sa sœur Manon (Lisa Nyarko) dans un HLM en banlieue parisienne. Alors que le jeune homme multiplie les trafics de marchandises et d’animaux exotiques, il achète une mystérieuse araignée et la ramène chez lui. Mais la bestiole parvient à s’échapper de sa boîte et l’immeuble est rapidement envahi… Kaleb, sa bande d’amis et tous les habitants devront trouver le moyen de survivre.
Sébastien Vaniček a eu une excellente idée : celle de se lancer dans le format long au cinéma, après de nombreux courts-métrages réalisés pendant une quinzaine d’années. Le jeune cinéaste reprend les codes d’un film de genre pour proposer une œuvre à l’atmosphère très sombre. Dans ce huis-clos extrêmement oppressant, vous allez vivre les aventures d’une bande de jeunes comme si vous étiez à leurs côtés.

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La quasi-totalité du film a été tournée dans un immeuble des arènes de Picasso de Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne, où a grandi Sébastien Vaniček. Cet immense bâtiment cylindrique, à l’apparence imposante, pourrait être un « personnage » à lui seul, et instaure d’emblée cette sensation d’angoisse. L’idée d’être enfermé dans un immeuble avec un élément menaçant rappellera forcément au spectateur le confinement de 2020 lors de la pandémie de Covid-19, ce qui ajoute une petite dose supplémentaire d’angoisse. Mais avant le confinement et l’arrivée des araignées, le réalisateur nous montre la solidarité et l’entraide entre les habitants.
Sébastien Vaniček dénoncera ensuite les violences policières et le manque de communication avec les jeunes des banlieues, l’inaction de l’État face à l’insalubrité de certains HLM, ainsi qu’une forme de trafic que l’on connaît moins par rapport à celui de la drogue : les animaux sauvages. Encore un peu plus tard dans l’histoire, les personnages principaux constateront l’indifférence des médias et même du reste du monde face à la situation très grave qu’ils sont en train de vivre. Le film comporte donc aussi une dimension politique, mais le fait avec plus de subtilité que d’autres films de banlieues, comme Les Misérables de Ladj Ly.
Vous l’aurez compris : Vermines ne se contente pas juste d’être un film d’horreur, et c’est là que réside sa force : il comporte un vrai message sur les cités, avec l’araignée comme symbole fort. Comme tous les films de monstres, il parle de « délit de sale gueule », de xénophobie et d’intolérance.

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Sur la forme, si certaines scènes effrayantes sont courues d’avance, d’autres nous prennent par surprise et sont très efficaces. Dans tous les cas, Sébastien Vaniček n’use pas trop des jump scare. Le réalisateur joue avec nos émotions en faisant monter l’ambiance crescendo. Surtout, il instaure la peur sans forcément tout montrer, à la manière d’un Hitchcock ou d’un Spielberg avec Les Dents de la Mer. Car, après tout, l’araignée est encore plus effrayante quand on ne la voit pas… Au bout d’un moment, il n’y a plus du tout de temps mort, la tension est omniprésente. Une chose est sûre : l’ennui n’a pas sa place ici !
En dehors de la musique angoissante qui accompagne toutes les séquences effrayantes (signée Douglas Cavanna et Xavier Caux), Vermines est rythmé par une BO rap très puissante (Hamza, Laylow…) qui s’accorde bien avec l’histoire, et nous rappelle que la culture urbaine a une grande force de frappe aujourd’hui et fait partie de notre quotidien, même si on n’en est pas fan. Le raccord entre les images et les mélodies est millimétré : c’est l’une des multiples qualités de ce film.

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Le casting est rafraîchissant car composé de jeunes têtes plutôt inconnues (sauf Finnegan Oldfield, qui incarne ici un personnage secondaire) et talentueuses. Voilà qui change un peu des éternels Louis Garrel, Virginie Efira et autres Pierre Niney, que l’on voit absolument partout et tout le temps (ai-je dit « trop » ?). Théo Christine, qui incarne ici le personnage principal, brille par son jeu convaincant. Il est encore inconnu au bataillon, mais on est persuadés que ce film le propulsera loin. Précisons aussi que l’évolution du personnage de Mathys (Jérôme Niel) est intéressante et plutôt inattendue.
Après La Haine de Mathieu Kassovitz, Les Misérables de Ladj Ly, ou encore Bac Nord de Cédric Jimenez, Sébastien Vaniček apporte une lumière nouvelle au film de banlieue. Il s’éloigne du simple drame ou de la comédie potache souvent caricaturale pour montrer quelque chose d’original, et dénonce de nombreux fléaux à travers une forme différente de divertissement : la peur et le suspense. Sébastien Vaniček dépoussière aussi le genre « film d’araignées » et lui donne un nouveau souffle. Bref, pour un premier long-métrage, c’est très réussi, on applaudit… Et c’est une arachnophobe qui vous le dit !
16+ / 20
Fanny BL

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