Fin de carrière, tournage à Paris, casting 100% français… Woody Allen et son équipe nous disent tout dans le podcast ci-dessous !
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« Coup de chance », de Woody Allen : La fin d’un règne ?
Voilà un film qui divise. Depuis sa sortie en septembre dernier, Coup de chance déclenche autant d’enthousiasme que de grimaces. Forcément, dans le contexte actuel et avec les informations embarrassantes qui collent à la peau de Woody Allen, il devient de plus en plus difficile de séparer l’homme de l’artiste. Mais laissons un instant de côté cette actualité, si vous le voulez bien, pour tenter de nous concentrer uniquement sur le « produit » que propose le réalisateur américain. Un 50ème film non négligeable, avec un casting 100% français et entièrement tourné à Paris, qui marquera peut-être la fin de son immense carrière.
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Fanny (Lou de Laâge) et Jean (Melvil Poupaud) filent le parfait amour, du moins en apparence : ils habitent dans un magnifique appartement à Paris et sont épanouis dans leur vie professionnelle. Mais un jour, Fanny croise par hasard Alain (Niels Schneider), un ancien camarade de lycée. Tous deux vont alors multiplier les rendez-vous, et éveiller des soupçons chez Jean.
Les fans de Woody Allen vont adorer, les autres vont détester. C’est en gros ce qui pourrait résumer cette critique de Coup de chance. Mais restez, on vous explique ! Ce 50ème long-métrage s’apparente à un gros mélange de toutes les œuvres du réalisateur américain. De nombreux thèmes chers à son cœur sont à nouveau réunis, dont les deux principaux, le hasard et la chance (comme l’indique le titre du film). Au visionnage, on pense notamment à l’incontournable Match Point, mais aussi à Meurtre mystérieux à Manhattan, pour la partie « petite enquête menée par un ou des personnage(s) seul(s) ». Une mission ici remplie par Valérie Lemercier, qui donnera un coup de fraîcheur au film… Mais nous y reviendrons.

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Autre thème récurrent chez Woody Allen : la différence de classes. Comme dans Minuit à Paris par exemple, l’un des personnages principaux incarne l’extrême richesse (Jean), convaincu que la chance doit se provoquer, tandis qu’un autre symbolise le romantisme et la poésie (Alain), et croit bien sûr au hasard. Inutile d’aller chercher très loin : ce dernier n’est autre que l’alter-ego de Woody Allen. Le fait que le réalisateur se mette lui-même en scène une fois de plus peut devenir lassant pour certains.
Autre habitude chez Woody Allen : aborder une réflexion intense sur l’existence d’un être humain, et sur le fait que ce dernier ne peut rien contrôler dans sa vie. Dans nombre de ses scénarios (tous originaux), le même type de question revient : « que ce serait-il passé si on n’avait pas fait les mêmes choix ? » Ses détracteurs pourront donc lui reprocher de raconter des histoires redondantes par rapport à celles de ces 15 dernières années : un triangle amoureux, une histoire d’infidélité, etc.

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Pour couronner le tout, la première partie de Coup de chance est assez longue et creuse… Il manque clairement quelque chose. Le jeu d’acteurs entre Lou de Laâge et Niels Schneider sonne faux, alors que tous deux sont habituellement talentueux, et ont déjà fait leurs preuves ailleurs (Le Bal des Folles pour l’une, Les Amours Imaginaires pour l’autre). Mais on peut heureusement compter sur la présence de Melvil Poupaud (L’Amour et les Forêts) pour redresser la barre. L’acteur nous prouve, une fois de plus, qu’il est une valeur sûre.
Bonne nouvelle : la deuxième partie du film est plus prenante au niveau de la trame, de la mise en scène et même du jeu d’acteur, notamment grâce à l’arrivée de Valérie Lemercier. L’actrice est impeccable dans le rôle de la mère de l’héroïne, sans trop verser dans le burlesque ou le caricatural, comme elle a parfois pu le faire par le passé. Côté scénario, une montée progressive en intensité finit par capter l’intérêt du spectateur, jusqu’à un twist final plutôt inattendu, drôle et bien pensé. Il y a toujours, dans le cinéma de Woody Allen, un juste équilibre entre le tragique et le comique, entre le léger et le profond. C’est ce qui fait la force du réalisateur.

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Coup de chance comporte également un grand atout : sa lumière, aussi merveilleuse que dans les films précédents de Woody Allen. Ce dernier peut remercier son directeur de la photographie, Vittorio Storaro, avec qui il collabore pour la cinquième fois (après Rifkin’s festival pour le dernier en date). Les images de Paris sont tout aussi réussies, même si elles seront probablement moins impressionnantes du point de vue d’un spectateur français (par rapport à un Américain par exemple), et qu’elles n’égaleront jamais les plans de Minuit à Paris, à la dimension beaucoup plus poétique et onirique. Au moins, le rendu final reste plutôt sobre, sans trop verser dans le cliché (avec des vues sur la tour Eiffel ou l’Arc de triomphe), comme c’est le cas, par exemple, dans la série Emily in Paris.
Coup de chance n’est donc pas un coup de cœur. C’est un bon petit film de divertissement, à regarder sans prise de tête. On sent aussi que Woody Allen est un vieux monsieur en fin de carrière (pour ne pas dire de vie) qui ne prête plus attention aux critiques, et fait ce qu’il veut… Du moins, dans une certaine mesure, puisque le cinéaste ne peut plus tourner de films outre-Atlantique en raison de toute la polémique autour de lui (c’est donc pour ça, le tournage à Paris…). En même temps, aurait-il encore quelque chose à prouver en tant que réalisateur ? Non… Est-ce bien nécessaire de continuer à faire du cinéma, quitte à sortir des navets ? Non plus… Alors, avant d’en arriver là, Monsieur Allen, il est peut-être temps de laisser la place aux jeunes !
13 / 20
Fanny BL

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