Écoutez ma critique en version podcast ci-dessous !
.
« Priscilla » : le « Marie-Antoinette » version 60’s de Sofia Coppola
Un an et demi après le Elvis de Baz Luhrmann (2022), Sofia Coppola met un coup de projecteur sur l’ancienne épouse du King, Priscilla Beaulieu-Presley. Si le premier proposait un biopic pur et simple sur Elvis Presley, la deuxième nous fait entrer dans la vie intime de la star, mais surtout de celle qui était connue comme « la femme de… ». Alors, que vaut ce neuvième long-métrage de « la fille de… » ?
.
https://www.youtube.com/watch?v=LTX80uHrYLA
.
L’histoire de Priscilla Beaulieu-Presley et sa relation avec Elvis, entre 1959 et 1972, de son idylle secrète jusqu’à son mariage iconique avec le King.
Vous connaissez tous peu ou prou la vie d’Elvis Presley, mais connaissez-vous celle de Priscilla ? Bien qu’étant une icône de la culture américaine des années 1960 et 1970, cette femme est beaucoup restée dans l’ombre, comme de nombreuses autres épouses de célébrités. Même si le film de Sofia Coppola s’éloigne du genre biopic, on sent que la réalisatrice s’est attachée à représenter le réel et à rester authentique, puisque son film est tiré du livre de Priscilla Beaulieu-Presley (Elvis et Moi, paru en 1985), et qu’elle a même rencontré l’ancienne épouse d’Elvis.

.
D’un autre côté et paradoxalement, comme dans Marie-Antoinette (2006), on sent que Sofia Coppola ne recherche pas forcément toujours l’exactitude historique, mais plutôt à se focaliser sur le portrait de Priscilla, et plus généralement, sur la place des femmes dans la société à cette époque, toujours dans une ambiance particulière, avec une bande originale devenue caractéristique de la réalisatrice et facilement reconnaissable (faite de morceaux anciens comme actuels), mais aussi avec des costumes, un maquillage et des décors toujours très réussis. La cinéaste se concentre donc sur l’esthétique et la contemplation, mais opte cette fois pour un rythme plus soutenu et une narration linéaire.
Élément flagrant : le personnage de Priscilla ressemble en tous points aux héroïnes des autres films de Sofia Coppola : Marie-Antoinette dans le film éponyme, Charlotte dans Lost in Translation (2003), la fillette dans Somewhere (2010), les sœurs de Virgin suicides (1999)… Quasiment à chaque fois, il s’agit d’une ou de plusieurs femmes très seules et enfermées (on est presque dans un huis clos avec la quasi-totalité des scènes tournées dans la villa Graceland), mortes d’ennui, et dont les besoins ne sont clairement pas satisfaits. Bien souvent, ces héroïnes sont dans des situations « confortables », « en sécurité » (richesse, mariage, belle maison, etc.), et elles sont contrôlées par un personnage masculin à l’opposé, très libre et indépendant – sauf dans Lost in Translation et Somewhere, où ils vivent l’ennui et l’enfermement en même temps.

.
A travers ce film et cette héroïne, Sofia Coppola nous montre la femme-objet dans toute sa splendeur : quand Priscilla rencontre Elvis Presley, elle est encore collégienne (« femme-enfant »), alors que lui est déjà une star mondiale, et peut « avoir » toutes les femmes qu’il veut. Mais il la choisit elle, et en fera sa « chose ». Priscilla sera vite propulsée dans un monde hors-normes, avec des codes et des règles (par exemple, il est interdit d’inviter des personnes de l‘extérieur dans la villa d’Elvis). Elle se soumettra malgré elle à un destin qui s’est imposé à elle, par la force des choses, fait de paillettes en apparence, mais qui révélera bien vite sa part d’ombre… Des éléments qui font de Priscilla la sœur jumelle de la Marie-Antoinette de Sofia Coppola, version sixties.
Côté casting, on salue la prestation de Cailee Spaeny, qui a d’ailleurs remporté le Prix d’Interprétation Féminine à la Mostra de Venise 2023 pour le rôle de Priscilla. Mais on a été encore plus impressionnés par Jacob Elordi. L’acteur de 26 ans livre un jeu surprenant et juste, sans verser dans l’imitation caricaturale du King.

.
En somme, il n’y a rien de bien révolutionnaire : Sofia Coppola fait du Sofia Coppola. On retrouve bien sa patte, et un peu de sa propre histoire. Sur le papier, certains trouveront rébarbatif le fait de vouloir « mettre en lumière » les « femmes de… » au cinéma, comme on a pu le voir récemment avec Bernadette de Léa Domenach (2023). D’autres pourraient ajouter qu’il s’agit seulement d’une mode de l’ère post #metoo, qui passera une fois que toutes les ressources seront épuisées, comme les Marvel, les prequels ou les sequels. Celles et ceux qui ne sont pas fans de Sofia Coppola risquent donc d’être lassés par ce nouveau film, tandis que les autres s’en délecteront.
17 / 20
Fanny BL

.
.
.
Extraits musicaux entendus dans le podcast ♫
♪ Brenda Lee – Sweet Nothin’s ℗ An MCA Nashville Release; ℗ 1959 UMG Recordings, Inc.
♪ The Ramones – Baby, I Love You ℗ 1980 WEA International Inc
♪ Tommy James & The Shondells – Crimson & Clover ℗ 2004 Courtesy of Rhino Entertainment Company By arrangement with Warner Music Group Film & TV Licensing
♪ The Little Dippers – Forever ℗ 1968 Courtesy of 43 North Broadway, LLC
♪ Spectrum – How You Satisfy Me ℗ 1992 Courtesy of Space Age Recordings
Laisser un commentaire