Ecoutez la critique du film dans le podcast ci-dessous !
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Trois ans après Falling, Viggo Mortensen signe son deuxième long-métrage en tant que réalisateur, et change radicalement de genre, délaissant le drame familial pour le western. Le cinéaste, à la fois derrière et devant la caméra, assure aussi, à nouveau, l’écriture du scénario, la production, et même la composition de la musique ! Toutes ces fonctions suffisent-elles à faire de Jusqu’au bout du monde un film immanquable ? On vous dit tout !
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L’Ouest américain, dans les années 1860. Vivienne Le Coudy (Vicky Krieps), jeune femme indépendante, rencontre Holger Olsen (Viggo Mortensen), et accepte de le suivre dans le Nevada. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate, Holger décide de s’engager. Vivienne se retrouve seule, et devra affronter de nombreux hommes de pouvoir, dont Weston Jeffries (Solly McLeod), qui sème la terreur dans la ville. Quand Holger rentre du front, beaucoup de choses ont changé…
Artiste complet – poète, photographe, peintre, musicien, etc. -, homme doté d’une grande sensibilité et humilité, Viggo Mortensen est un cinéaste du contemplatif. Il prend son temps pour raconter son histoire. Il déroule son fil, tranquillement. Très tranquillement. Peut-être un peu trop, penseront certains spectateurs. Vous l’aurez compris : Jusqu’au bout du monde comporte des longueurs. La première partie du film manque même franchement de dynamisme, mais laisse heureusement place à une suite plus prenante.

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Autre élément de contemplation dans Jusqu’au bout du monde : de nombreux plans avec des paysages magnifiques, et une photographie impeccable. Vous en prendrez plein la vue ! Les costumes et décors sont tout aussi réussis. En parallèle de cette lenteur poétique, et paradoxalement, le long-métrage comporte aussi quelques scènes assez difficiles et intenses, surtout une en particulier, qui sera le pivot de l’intrigue.
Tout comme dans le premier long-métrage de Viggo Mortensen en tant que réalisateur, Falling (dont vous retrouverez la critique ici, avec une petite interview de la star !), Viggo Mortensen utilise plusieurs strates narratives, avec de nombreux flash-backs et « sous flash-backs ». Il semblerait que ce type de mise en scène soit devenu la signature du « jeune cinéaste », ce qui ravira ses plus grands fans (et les fans de flash-backs), mais risque de ne pas faire l’unanimité. A force de remonter sans cesse dans le passé puis d’alterner entre les différentes temporalités, il pourrait finir par perdre quelque spectateurs.

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En revanche, le casting de Jusqu’au bout du monde est une réussite. Vicky Krieps, propulsée sur le devant de la scène, incarne avec talent un personnage féminin fort, qui délivre un message intéressant sur la place des femmes, aux Etats-Unis, à cette époque. Elle donne la réplique à un Viggo Mortensen toujours aussi convaincant en tant qu’acteur, qui arrive parfois à déployer toute une palette d’émotions sans même avoir besoin de parler – c’est le cas durant tout le début du film. Mais c’est surtout Solly McLeod qui a marqué notre esprit. L’acteur britannique, plutôt inconnu au bataillon, est glaçant dans le rôle de l’abominable Weston Jeffries. Son personnage rappelle d’ailleurs fortement celui de Phil Burbank, incarné par Benedict Cumberbatch dans The Power of the Dog, autre western remarquable, signé Jane Campion, dont vous retrouverez ma critique ici, avec l’interview de la réalisatrice.

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Tout comme dans Falling, Jusqu’au bout du monde comporte donc un message puissant sur la condition des femmes dans l’Ouest américain au XIXème siècle : leur difficulté à être autonomes financièrement, à évoluer, être respectées, ou encore à assurer leur propre sécurité en l’absence d’un homme à leurs côtés. Mais, hormis ce message-ci, le film explore moins de thèmes que son prédécesseur. Falling était un peu plus lourd de signification, et donc plus dense. En somme, on a une préférence pour le premier-né de Viggo Mortensen-cinéaste !
Il faut tout de même reconnaître que le western est un genre cinématographique difficile, qui peut facilement faire basculer un film dans l’exagération, le ridicule ou la violence gratuite. On salue donc l’effort de Viggo Mortensen, et l‘équilibre qu’il a tenté de trouver entre les moments de calme et de tension, et on attend malgré tout avec impatience de découvrir ce qu’il nous a concocté pour son prochain long-métrage en tant que réalisateur… Car on ne doute pas qu’avec un peu de maturité, il proposera des œuvres de plus en plus accomplies !
13+ / 20
Fanny BL

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