« Les Femmes au balcon » : La comédie noire féministe de Noémie Merlant

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Après deux court-métrages et un premier long, Mi iubita mon amour (2022), Noémie Merlant s’installe un peu plus dans le fauteuil de réalisatrice et signe son deuxième long-métrage, une comédie noire haute en couleurs, qui mélange habilement les genres, et porte un message féministe percutant et nécessaire.

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Marseille, en pleine canicule. Trois amies, Nicole (Sanda Codreanu), Ruby (Souheila Yacoub) et Élise (Noémie Merlant) observent leur mystérieux et charmant voisin d’en face (Lucas Bravo) depuis leur balcon. Alros que les trois femmes décident d’aller à sa rencontre, elles vont vite se retrouver dans une affaire inattendue et terrifiante.

A la simple vue de l’affiche et de la bande-annonce des Femmes au balcon,certain.e.s pourraient croire que Noémie Merlant a tout bonnement copié Pedro Almodóvar, et refuseront peut-être d’aller plus loin dans la découverte de son film. Ne vous méprenez pas : s’il y a bien des similitudes avec l’œuvre du réalisateur espagnol, on est plutôt d’avis qu’elle s’est inspirée de son univers, tout comme de celui de 8 femmes de François Ozon, ou encore de la série Desperate Housewives, pour proposer un résultat tout de même très personnel.

Noémie Merlant, Sanda Codreanu et Souheila Yacoub © Tandem

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A partir d’un scénario écrit en collaboration avec la réalisatrice Céline Sciamma (Petite maman, 2021, Portrait de la jeune fille en feu, 2019), Noémie Merlant propose une comédie colorée, à l’ambiance à la fois sensuelle et angoissante, et un habile mélange des genres, allant de la comédie à l’horreur (parfois gore), en passant par le thriller, le drame et le fantastique, avec un humour noir permanent faisant penser aux comédies anglaises. Le tout, dans un seul et unique but : dénoncer les violences sexistes et sexuelles, conjugales ou non.

Noémie Merlant dresse des portraits de femmes intéressants, formant un trio attachant, rigolo, parfois un peu grotesque. Chacune a sa personnalité propre, et se présente comme un élément essentiel du groupe : l’une est maladroite mais courageuse, la deuxième, indépendante et impulsive, la dernière, anxieuse et protectrice. L’esthétique du film est travaillée : la caméra nous fait littéralement voyager dans les appartements des personnages principaux, ceux de Nicole et du voisin sexy, qui reflètent bien l’identité de chacun.e. Autre bonne idée de réalisation : le récit de Ruby à travers sa webcam. Le rythme global est dynamique : on suit avec une grande attention l’aventure de ce trio farfelu, et on se demande constamment comment elles se sortiront de toutes les situations dans lesquelles elles sont embarquées.

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Sanda Codreanu, Souheila Yacoub et Noémie Merlant © Tandem

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Dès la scène d’ouverture, Noémie Merlant dénonce avec vigueur l’oppression patriarcale, mais aussi les idées reçues sur les notions de respect des femmes et la définition des termes « viol » et « agression sexuelle ». La réalisatrice met les pieds dans le plat et nous montre frontalement ce qu’est un viol conjugal, à l’aide d’une scène longue, difficile à regarder, mais qui permettra peut-être une prise de conscience chez les spectateur.i.c.es. Elle délivre un message inspirant qui prône la liberté pour toutes les femmes. Elle pulvérise les diktats de la société – et en choquera peut-être quelques-uns au passage – en osant de nombreuses scènes où les femmes sont seins nus, rappelant, dès le début du film, que « ce ne sont que des seins ».

A travers le personnage d’Élise qu’elle incarne, Noémie Merlant pointe également du doigt les standards de beauté constamment imposés aux femmes, surtout quand elles exercent des métiers en lien avec le cinéma (Élise est actrice). La réalisatrice nous montre aussi toutes les épreuves médicales ou liées à la procréation auxquelles les femmes sont régulièrement soumises, comme les consultations gynécologiques, la contraception, ou encore l’avortement.

Sanda Codreanu, Souheila Yacoub et Noémie Merlant © Tandem

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Seul hic : parfois, Noémie Merlant pousse un peu trop loin le concept d’amitié fusionnelle entre les héroïnes, avec deux-trois scènes sans grand intérêt, ou qui ne semblent pas nécessaires pour faire avancer l’intrigue – par exemple celle où elles se masturbent chacune sur une même chaise, côte-à-côte. Le film comporte aussi quelques petites incohérences, comme le fait de porter des chaussettes hautes alors qu’il fait 46°C dans l’histoire. Mais tout cela n’enlève en rien à la qualité de ce film, que l’on recommande vraiment, malgré tout.

Les femmes au balcon fait avancer le débat sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, avec un récit engagé et constructif, une mise en scène réussie et un jeu d’acteur.i.c.e.s à la hauteur. Un genre de film et un type de discours indispensables, à l’heure où, encore en 2024, une femme décède tous les deux jours en moyenne sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint en France, selon l’association NousToutes. Alors pour ça, merci Noémie !

Film présenté au Festival de Cannes 2024

18 / 20

Fanny BL

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