[COURT-METRAGE] « Bitter Taste » d’Ethan Race : Une « madeleine de Proust » version drama

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Il a déjà remporté cinq prix dans des festivals britanniques, dont ceux de meilleur film court et de meilleur réalisateur. Bitter Taste a été projeté pour la première fois en France en octobre dernier, en compétition internationale au Festival Filmoramax de Lyon. Si le court-métrage d’Ethan Race est reparti bredouille, il a tout de même tapé dans l’œil de L’Oreille Cinéphile. Découvrez le film ci-dessous, avant ou après avoir lu cette critique :

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A Glasgow, dans les années 1990, Fraser est victime d’une violente agression qui laissera une marque indélébile sur son corps et dans son esprit. 20 ans plus tard, il est devenu un chef cuisinier réputé dans un restaurant à New York, mais peine à se débarrasser de ses démons du passé.

Décors métalliques, vieux bâtiments en brique, climat maussade… Ethan Race et sa co-scénariste Katerina Kalketenidi nous plongent dans une ambiance froide et angoissante, presque dès la scène d’ouverture de Bitter Taste. A travers des flash-backs maîtrisés, ils naviguent entre les souvenirs du personnage principal (Alexis Trolf), et son présent au quotidien, dans la cuisine du restaurant huppé où il travaille. Le spectateur découvre de manière très progressive son profil, son vécu, et ce qui l’a amené à devenir l’homme qu’il est aujourd’hui.

Bitter Taste © Nominal Content

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Dans ce troisième court-métrage (après Rapture en 2010, et Conflict en 2006) empreint de réalisme social, Ethan Race brosse le portrait d’un personnage torturé, qui a grandi dans un milieu difficile, et une ville marquée – à cette époque – par la désindustrialisation rapide et le déclin économique. Il a même survécu à une agression particulièrement violente, ce qui renforce la dimension tragique de son histoire. La tension dans laquelle Fraser continue de vivre se ressent pleinement au visionnage.

A travers une sorte de « madeleine de Proust » version dramatique et sous forme de crumble aux pommes, Ethan Race aborde une réflexion passionnante sur les traumatismes vécus pendant l’enfance, et sur la résilience : comment arriver à dépasser ce genre d’épreuve et à retrouver le goût de la vie ? Le goût justement, mais aussi la figure de la bouche, la cuisine, les sensations gustatives, et le réconfort que tout cela peut apporter : les symboles autour de la nourriture – et de son lien solide avec le mental – sont nombreux et forts, permettant au cinéaste écossais de déconstruire avec brio le concept de porn food au cinéma.

Alexis Trolf alias Fraser © Nominal Content

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Jusqu’ici, on n’a vu qu’une infime partie du travail d’Ethan Race, spécialisé dans le drame indépendant. On ne peut que saluer ce début de carrière très réussi, et encourager le réalisateur à continuer dans cette voie. Une version long-métrage de Bitter Taste est d’ailleurs actuellement en préparationInutile de préciser qu’on a hâte de découvrir le résultat !

© Nominal Content

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