« Better Man » : La critique + L’interview de la star de doublage Yoann Sover

Remerciements au festival Yggdrasil et à Laetitia Trigeau d’avoir permis cette interview

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Les biopics continuent de pleuvoir au cinéma… Et désormais, il commence même à y en avoir sur des stars et/ou personnalités encore vivantes (Rocketman, Bernadette, ou même Un parfait inconnu, actuellement au cinéma). Cette fois-ci, c’est Robbie Williams qui est mis à l’honneur. La nouveauté : vous ne verrez jamais le visage du chanteur, puisqu’il est interprété par un acteur à l’apparence d’un singe. Idée lumineuse ou gros délire sans intérêt ?

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Better Man raconte l’ascension du célèbre chanteur et compositeur britannique Robbie Williams (Jonno Davies). Devenu une star dans les années 1990 avec le boys band Take That, il traversera plusieurs épreuves, avant de retrouver le succès en solo avec la chanson Angels, sortie en 1997.

On connaît tous et toutes ses plus grands tubes, et il est l’une des pop stars emblématiques des années 90-2000, avec plus de 75 millions de disques vendus dans le monde. Robbie Williams n’a plus besoin de nous rappeler qui il est. Mais connaît-on bien sa vie et son parcours ? Pas tant que ça… Cela fait plusieurs années que le chanteur britannique n’a plus sorti de gros single, depuis Rock DJ (2000), Feel (2002), ou encore Tripping (2005), et ces derniers temps, il s’était un peu fait oublier. Better Man était donc un bon moyen pour faire reparler de lui. Mais comme ce stratagème est flagrant, on a d’abord du mal à croire à la sincérité du projet.

Jonno Davies et Damon Herriman © TOBIS Film GmbH

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Robbie Williams se voyant lui-même comme un singe savant, l’idée est venue d’être représenté par cet animal tout au long du film, à travers des performances de l’acteur anglais Jonno Davies, enregistrées en motion capture. Un concept étrange, qui ne nous a pas totalement séduit au début et auquel on a eu du mal à adhérer, mais qui finit, malgré tout, par fonctionner. Les effets spéciaux plutôt réussis, réalisés par le studio Weta (à qui l’on doit notamment Gollum du Seigneur des Anneaux et César de La Planète des singes), y sont forcément pour quelque chose. Mais ce n’est pas tout.

Car Better Man s’avère surprenant, dans le bon sens du terme. Le long-métrage comporte de nombreux points positifs, à commencer par le plus important : l’aspect musical. Rien d’étonnant quand on sait que Michael Gracey est aux commandes. Le réalisateur avait déjà fait ses preuves dans ce domaine, avec The Greatest Showman (2018). Les fans seront ravis d’entendre des versions réenregistrées des célèbres chansons de Robbie Williams, ainsi qu’un nouveau titre, Forbidden Road, composé par le chanteur spécialement pour le film. Vos pupilles se délecteront aussi de quelques scènes de danse très rythmées, et d’une autre, poétique, avec Raechelle Banno dans le rôle de Nicole Appleton, l’ex-petite amie de Robbie Williams, et membre du groupe All Saints.

Jonno Davies dans le rôle de Robbie Williams… en singe © TOBIS Film GmbH

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Contrairement au biopic assez lisse Monsieur Aznavour, Better Man s’éloigne de toute hagiographie et nous montre tout : les addictions du chanteur à l’alcool et à la drogue, sa lutte contre ses démons intérieurs, son syndrome de l’imposteur qui le suit constamment à la trace (représenté par d’autres versions de lui en singes), etc. On salue cette transparence du récit, dont l’authenticité se trouve renforcée. Robbie Williams se dévoile. Paradoxalement, il continue de se cacher, avec ce masque de singe. Better Man aborde aussi les coulisses de l’industrie de la musique et du show-business, la toxicité de ce dernier pour les jeunes, ainsi que la pression médiatique.

Avec ce film, Michael Gracey rappelle que le succès est quelque chose de difficile à atteindre, à gérer et à garder, et qu’il n’équivaut pas forcément au bonheur. La notion de résilience est aussi évoquée : on se plaît à découvrir le parcours d’un homme qui a su se relever après le chaos et l’auto-destruction. On a aussi aimé la façon dont les relations entre Robbie Williams et sa famille sont abordées, en particulier la blessure d’abandon avec son père, et la grande complicité avec sa grand-mère.

Jonno Davies et Raechelle Banno © TOBIS Film GmbH

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Better Man est un biopic ni excellent, ni mauvais, qui se regarde et sera apprécié par beaucoup. On a pris plaisir à découvrir davantage cet artiste sensible, nous donne une leçon intéressante sur la quête de soi. La réalisation, très « à l’américaine » (bien que Michael Gracey soit australien), en fait parfois un peu trop, mais comporte aussi quelques touches d’originalité. Un résultat mi-figue mi-raisin qui nous laisse tout de même un sentiment de bien-être à la fin, avec des chansons sympas dans la tête, qu’on fredonnera longtemps après le visionnage.

14 / 20

Fanny BL

© TOBIS Film GmbH

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