Ecoutez ma critique en version podcast ci-dessous :
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Après L’Enfance d’un chef (2015) et Vox Lux (2019), Brady Corbet signe son troisième long-métrage en tant que réalisateur, The Brutalist. Un film-fleuve de 3h34, qui a reçu de multiples récompenses, dont trois Oscars, trois Golden Globes et quatre BAFTAs. Adrien Brody a même réalisé un triplé gagnant, en étant sacré meilleur acteur dans chaque compétition. Un succès mérité ?
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Un architecte hongrois, László Tóth (Adrien Brody), fuit l’Europe d’après-guerre et arrive en Amérique pour y reconstruire sa vie et sa carrière. Sa femme, Erzsébet (Felicity Jones), et leur nièce, Zsófia (Raffey Cassidy), doivent le rejoindre depuis Budapest. En les attendant, László commence à travailler pour Harrison Lee Van Buren (Guy Pearce), un riche industriel à la psychologie ambivalente.
Premier point important : ne soyez pas effrayés par la durée de The Brutalist, de 3h34 : un entracte de 15 minutes est prévu à la moitié (« enregistré » dans le film), ce qui permet éventuellement une pause pipi, mais aussi de rester concentré sur la totalité du long-métrage sans sombrer dans l’ennui. Un peu à la manière des Enfants du Paradis, de Marcel Carné (1945), qui ne dure « que » 3h09, vous aurez l’impression de visionner deux films en un. De plus, la réalisation est tellement bien réussie que le temps passe plutôt « vite ».
Fait intéressant et peu habituel au cinéma : The Brutalist parle du métier d’architecte (et non d’architecture) dans les années 1950 et 1960, en particulier du style brutaliste, à travers un personnage fictif, László Tóth. Le film prend donc des allures de faux biopic, même si l’histoire de cet homme ressemble beaucoup à celle, réellement vécue, par beaucoup d’autres immigrés après la Seconde guerre mondiale. En plus de ce thème fort de l’immigration, Brady Corbet en aborde d’autres avec finesse, et toujours en grande résonance avec notre époque, comme la xénophobie, les différences de classes, ou encore l’emprise psychologique. Le réalisateur et co-scénariste évoque aussi les notions de destin et de fortune, en rappelant la vitesse à laquelle une vie peut basculer.

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Le spectateur est vite plongé dans l’ambiance grâce au jeu percutant de l’acteur principal, Adrien Brody – on y reviendra. On se plaît à suivre, pas à pas, le parcours semé d’embûches de cet homme qui devra constamment se battre pour retrouver une vie « normale » et confortable, et lutter contre la pauvreté, les actes et comportements racistes, la discrimination et autres abus.
Bien que 23 ans les séparent, The Brutalist rappelle fortement Le Pianiste de Roman Polanski, par son ambiance générale très pesante, et de nombreux autres aspects, comme les thèmes cités plus haut, même si l’histoire n’est pas exactement la même, et qu’elle se situe un cran au-dessus niveau bouleversement – Le Pianiste est le genre de film qu’on ne peut expérimenter qu’une fois dans une vie. Il faut tout de même vous prévenir : The Brutalist contient une scène particulièrement brutale – c’est le cas de le dire – qui ne vous épargnera pas. Hormis cette scène, le film de Brady Corbet est plus « abordable » malgré la rudesse de son récit, et traumatise beaucoup moins que son prédécesseur.
Adrien Brody (Asteroid City) troque donc son costume de pianiste juif polonais pour celui d’architecte hongrois. L’acteur de bientôt 52 ans n’avait plus vraiment besoin de faire ses preuves, mais propose ici une nouvelle prouesse, et ce, dès la scène d’ouverture, grâce à un jeu viscéral et authentique. Pas étonnant qu’il ait décroché toutes les plus grosses récompenses de ce début d’année.

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On salue aussi l’énorme travail fourni par le comédien américain, et par sa partenaire Felicity Jones (Une femme d’exception), pour s’exprimer correctement en hongrois, malgré la polémique autour de l’utilisation par l’équipe du film d’un outil d’intelligence artificielle pour perfectionner les accents – on ignore quel est le degré de tricherie sur ce point, donc on restera en dehors du débat.
Concernant le reste du casting, Guy Pearce (Marie Stuart, Reine d’Ecosse) et Joe Alwyn (Kinds of Kindness) forment un duo impeccable en père et fils doubles et cruels. La jeune Raffey Cassidy, déjà vue dans le film précédent de Brady Corbet, Vox Lux, propose, elle aussi, un jeu assez convaincant.
Scénario, réalisation, casting, musique, photographie, costumes… The Brutalist fait partie de ces films qui cochent toutes les cases et qui contiennent très peu de défauts (là, comme ça, rien ne nous vient). Un « film à Oscars », comme on aime à les appeler. Le long-métrage de Brady Corbet aurait clairement mérité davantage de prix, mais les plus gros ont été raflés par Anora de Sean Baker (cinq Oscars, deux BAFTAs, le César du meilleur film étranger, et la Palme d’Or 2024). Dommage, mais le plus important pour nous, et le plus logique, était qu’Adrien Brody reparte avec sa statuette. C’est chose faite.
18 / 20
Fanny BL

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