« Anora », de Sean Baker : Que vaut ce film aux 5 Oscars et à la Palme d’Or ?

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Mieux vaut tard que jamais ! Près d’un an après la projection d’Anora au Festival de Cannes, L’Oreille Cinéphile se penche sur le huitième long-métrage de Sean Baker, qui a raflé toutes les plus grandes récompenses sur l’année 2024-2025 : une Palme d’Or, cinq Oscars, dont ceux de meilleur film et meilleure réalisation, ainsi qu’une autre statuette pour l’actrice Mikey Madison, qui a aussi remporté le BAFTA… Des prix mérités ? La réponse ici !

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Une jeune strip-teaseuse de Brooklyn, Anora (Mikey Madison), rencontre le fils d’un oligarque russe, Ivan (Mark Eydelshteyn). Ce dernier habite dans l’immense villa de ses parents, restés en Russie. Le jeune homme tombe follement amoureux d’Anora et décide rapidement de l’épouser. Le conte de fées s’effrite lorsque les parents d’Ivan apprennent la nouvelle et décident de revenir à New York pour faire annuler le mariage.

C’était déjà le cas avec Tangerine (2015) et Red Rocket (2022) : Sean Baker aime nous parler des individus marginaux et se rapproche parfois beaucoup du documentaire, dans sa manière de filmer et d’aborder un sujet, souvent très social. Ici, c’est l’énorme gouffre entre deux classes qu’il choisit de pointer du doigt, à travers l’histoire d’amour paradoxale entre un riche fils à papa et une call-girl des quartiers défavorisés. Sean Baker avait également déjà exploré ce thème de la Cendrillon maudite dans ses longs-métrages précédents, notamment Tangerine.

Mikey Madison alias Anora © 2024 Anora Productions, LLC

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Autres points communs avec ce dernier film : Sean Baker met un coup de projecteur sur le monde de la nuit et ces métiers mal vus, en l’occurrence la prostitution pour Tangerine et le strip-tease pour Anora, en tentant de déconstruire les préjugés et le rêve américain. Dans ses histoires, il arrive souvent à former une joyeuse bande avec des personnes qui n’ont rien à voir entre elles, et à créer une sorte d’alchimie entre elles, malgré le bordel que cela peut parfois entraîner. On retrouve souvent des scènes de groupe (comportant beaucoup d’improvisation), ainsi qu’une longue quête pour retrouver l’un des personnages, qui disparaît à un certain stade du film.

Le cinéaste parvient aussi à instaurer beaucoup d’humour dans des scènes censées être tragiques, ce qui entraîne des situations paradoxales intéressantes. Autre ambiguïté, cette fois dans le récit [SPOILER ALERT] : on n’arrive pas vraiment à savoir si le jeune homme est vraiment amoureux d’Anora et veut s’affranchir de l’emprise de ses parents, ou s’il fait juste un caprice d’enfant, en sachant très bien que ces derniers reprendront le contrôle tôt ou tard.

Mark Eydelsteyn et Mikey Madison © 2024 Anora Productions, LLC

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Seul hic : il se dégage de l’œuvre de Sean Baker une certaine obsession pour le sexe (on en a pris conscience au bout du visionnage d’un troisième film de lui, Red Rocket), tout de même très présent dans de nombreux plans, parfois sans raison valable pour faire avancer l’intrigue, ce qui pourrait mettre mal à l’aise certains spectateurs et spectatrices – ça a été notre cas plus d’une fois. Frôlant le voyeurisme (et bien qu’il s’agisse du sujet du film), Anora comporte beaucoup de scènes érotiques et/ou dans lesquelles on voit Mikey Madison nue intégralement, d’ailleurs beaucoup plus que son binôme, Mark Eydelshteyn.

C’est indéniable : Anora peut se targuer d’une réalisation réussie et d’un jeu d’acteurs convaincant, en particulier celui de Mikey Madison (Scream de Matt Bettinelli-Olpin, 2022) dans le rôle principal, mais surtout de Yura Borisov dans celui d’Igor, un personnage secondaire plus discret, mais très intéressant, peut-être plus que les héros. La photographie et la bande originale du film sont impeccables, et le message, fort : Sean Baker dénonce l’extrême richesse et les conséquences qu’elle peut avoir sur le mental, comme la volonté de tout contrôler. On n’aurait donc pas attribué la Palme d’Or à Anora, mais on le recommande, malgré tout.

13 / 20

Fanny BL

Yura Borisov, Mark Eydelsteyn, Karren Karagulian et Mikey Madison © 2024 Anora Productions, LLC

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Extraits entendus dans le podcast 

· Extraits de la bande-annonce d’Anora de Sean Baker, en version française

♪ « Razor Blades », d’Electropoint

♪ « Greatest Day », de Robin Schulz Rework

♪ « Sally Walker », d’Iggy Azaela

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