« Les Linceuls » de David Cronenberg : cette fois, c’est la dernière ?

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24 long-métrages, 56 ans de cinéma, et tout juste 82 bougies… Avec Les Linceuls, David Cronenberg signe ce qui s’annonce comme son tout dernier film en tant que réalisateur. Toujours dans une veine assez glauque, le cinéaste canadien propose un thriller futuriste dérangeant, probablement le plus autobiographique de sa carrière. Que vaut cet ultime long-métrage ?

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Karsh (Vincent Cassel), un homme d’affaires renommé de 50 ans, est inconsolable depuis le décès de son épouse, Becca (Diane Kruger). Il invente alors un système révolutionnaire et controversé, GraveTech, qui permet aux vivants de rester connectés à leurs disparus. Une nuit, plusieurs tombes, dont celle de sa femme, sont vandalisées. Karsh veut à tout prix retrouver les coupables.

Si vous avez aimé Les Crimes du Futur (2022) ou eXistenZ (1999), vous allez probablement adorer Les Linceuls ! Dans la même veine que ces précédents longs-métrages, David Cronenberg nous propose un nouveau petit tour au pays du malsain. C’est parti pour un voyage introspectif sur le deuil et la mémoire et une réflexion sur le rapport entre les vivants et les morts, le tout, couplé à une vision futuriste de nos pratiques funéraires. Toujours passionné par l’organique, le réalisateur aborde une nouvelle fois le thème du corps, mais aussi son intimité et sa violation.

Vincent Cassel et Diane Kruger dans les rôles de Karsh et Terry © Pyramide Distribution

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On aime (ou pas) le côté visionnaire des films de David Cronenberg, comme son précédent, Les Crimes du futur, dans lequel les personnages se nourrissaient de portions de plastique comme s’ils dévoraient des gâteaux. Ici, le cinéaste parle des dérives effrayantes des nouvelles technologies – tout en refusant de les diaboliser -, et de la société de consommation, en imaginant des accessoires à la fois intrigants et perturbants : des linceuls numériques permettant aux endeuillés de voir en temps réel la décomposition des corps de leurs proches dans leurs tombes… Appétissant !

Autre sujet favori chez David Cronenberg : la gémellité, dans tous les sens du terme. On retrouve cet élément avec les sœurs Becca et Terry, toutes deux incarnées avec talent par Diane Kruger. Comme à son habitude – notamment dans une scène d’amour extrêmement étrange -, le cinéaste installe un gros sentiment de malaise. Si vous n’êtes pas très friands de cette partie de son œuvre, un conseil : fuyez !

Vincent Cassel et Guy Pearce © Pyramide Distribution

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Après Les Promesses de l’ombre (2007) et A Dangerous Method (2011), David Cronenberg fait à nouveau appel à Vincent Cassel pour figurer dans son casting. Cette fois, il donne à l’acteur français le rôle principal, et fait de lui sa copie conforme, exactement comme Antonio Banderas dans Douleur et gloire (2019) de Pedro Almodόvar. Il a en tous cas la coiffure et l’allure du réalisateur, ce qui est troublant. Le reste du casting est assuré par Diane Kruger et Guy Pearce, des valeurs sûres qui n’ont plus besoin de faire leurs preuves.

Ayant lui-même perdu sa femme, victime d’un cancer, en 2017, David Cronenberg livre un film très autobiographique… mais à force de se regarder le nombril, il perd un peu son spectateur en chemin. On sent que le réalisateur a eu envie de nous raconter et partager avec nous plein de choses, de montrer et de dénoncer – notamment la théorie du complot. Conséquence : son histoire est surchargée en symboles.

Vincent Cassel et Sandrine Holt © Pyramide Distribution

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Les Linceuls avait du potentiel car il comporte de bonnes idées, à partir d’une analyse subtile de notre société actuelle. Problème : David Cronenberg ne va pas au bout de ces idées. Il propose des espèces d’intrigues avec un faux suspense, nous fait croire qu’il va les résoudre et tout nous expliquer, peut-être dans la dernière scène, mais… Il n’en est rien. La fin est carrément bâclée et incompréhensible.

Après une vingtaine de films, il semble que David Cronenberg ait fait le tour de la question, et qu’il ait épuisé tout son stock. Au risque de se répéter, il serait temps que le réalisateur de 82 ans lâche l’affaire et profite d’une retraite bien méritée, comme tous ses confrères vieillissants (Woody Allen, Francis Ford Coppola, et donc Pedro Almodόvar, entre autres). David Cronenberg fait du cinéma depuis 1969 ! Dans un entretien accordé au Los Angeles Times en avril dernier, il a déclaré qu’il pensait arrêter le cinéma… Ce serait bien d’aller au bout de cette idée-là !

10 / 20

Fanny BL

Film présenté en Compétition au Festival de Cannes 2024

Les Linceuls © Pyramide Distribution

2 commentaires sur “« Les Linceuls » de David Cronenberg : cette fois, c’est la dernière ?

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