« Ollie », d’Antoine Besse : Redorer le blason des laissés-pour-compte

.

C’est un petit film dont on a très peu entendu parler, et pourtant, quelle pépite ! En plus d’une réalisation quasi-irréprochable, Ollie bénéficie d’un casting de haut vol, porté par Théo Christine, toujours aussi talentueux. Méconnu du grand public, Antoine Besse signe un premier long-métrage flamboyant, qui touche en plein cœur.

.

A 13 ans, Pierre (Kristen Billon) doit faire face au décès brutal de sa mère, mais aussi aider son père à la ferme, et gérer ses premiers émois amoureux. Harcelé à l’école, il se réfugie dans sa passion : le skateboard. Il rencontre Bertrand (Théo Christine), lui-même ancien skater, qui décide de le prendre sous son aile.

Il y a les skaters des villes, et… les skaters des champs. C’est le choix fait par Antoine Besse pour son premier long-métrage au cinéma, après un court-métrage documentaire sur le même sujet, Le Skate moderne. Le réalisateur rend hommage aux personnes marginales, dont celles issues de la ruralité, notamment à travers le personnage du père du héros, un agriculteur en galère et en colère. Mais la première scène, percutante, est consacrée à l’autre héros de cette histoire : Bertrand, un jeune homme en souffrance, qui doit se battre contre ses propres démons, et tente, comme il peut, d’aller de l’avant, pour trouver la rédemption.

Kristen Billon et Cédric Kahn © Wild Bunch Distribution

.

Antoine Besse possède une grande qualité de conteur : en tant que scénariste de son film, il sait exactement comment amener son sujet, et propose des dialogues soignés, pour un résultat très juste. Le cinéaste aborde une réflexion sur la parentalité et la fraternité, à travers l’environnement familial du jeune Pierre, en nous rappelant, au passage, que le harcèlement scolaire ne sort pas de nulle part. L’autre grand thème : la reconstruction après un traumatisme. Pierre et Bertrand vont s’entraider pour tenter d’y parvenir. Sur ce point, le film rappelle Mud – Sur les rives du Mississippi de Jeff Nichols (2013), dans lequel un garçon trouve refuge auprès d’un homme adulte, qui devient comme un deuxième père ou un grand frère pour lui.

Ollie présente un charme esthétique indéniable sur le plan visuel, avec les vieilles vidéos de skate que Bertrand regarde directement sur son caméscope en souvenir du bon vieux temps, sur fond de musique métal – en l’occurrence la géniale « U-Fig » de System of a Down. Un élément nostalgique, qui satisfera sans aucun doute les spectateurs de la génération Y – aussi appelés millenials.

Théo Christine alias Bertrand © Wild Bunch Distribution

.

Mais parlons du casting d’Ollie, deuxième grande qualité de ce film après sa réalisation. Le long-métrage n’aurait pas autant de saveur sans la présence solaire de Théo Christine, qu’on a pour notre part découvert dans Vermines de Sébastien Vaniček (2023), où l’acteur était déjà saisissant. Ici, il nous bluffe à nouveau grâce à un jeu différent et très authentique, dans la peau de ce jeune homme atypique, paumé et attachant. Il donne la réplique à Kristen Billon (Quand tu seras grand, 2023), jeune acteur et skateur professionnel, très émouvant dans le rôle principal.

Que dire de plus sur Ollie et que lui reprocher, à part quelques rares imperfections au niveau du montage, parfois un peu trop abrupt (on pense à la scène du baiser) ? Rien du tout, puisque le film dans son ensemble est impeccable. Dommage que sa discrétion ait si peu fait parler de lui. Ce long-métrage mériterait beaucoup plus de visibilité, de reconnaissance, et d’amour. On l’a nous-même découvert complètement par hasard, grâce à une bande-annonce projetée au cinéma. Hé bien parfois, le hasard fait bien les choses.

19 / 20

Fanny BL

Vega Degli Esposti et Kristen Billon © Wild Bunch Distribution

.

.

.

Extraits entendus dans le podcast 

· Extraits de la bande-annonce de Ollie d’Antoine Besse

♪ « PROGRES », tiré de la musique originale de Ollie, composée par Jimmy Whoo et Yann Rose ℗ 2025 Ciel Rouge Records

♪ « OLLIE », tiré de la musique originale de Ollie, composée par Jimmy Whoo et Yann Rose ℗ 2025 Ciel Rouge Records

♪ « OUVERTURE », tiré de la musique originale de Ollie, composée par Jimmy Whoo et Yann Rose ℗ 2025 Ciel Rouge Records

♪ « U-Fig », de System of a Down, composée par Daron Malakian, chanson tirée de l’album Hypnotize ℗ 2005 Columbia Records, a division of Sony Music Entertainment. With American Recordings, LLC.

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑