« Valeur sentimentale », de Joachim Trier : Les relations familiales vues à la loupe

Découvrez ma critique sous forme de podcast en cliquant ci-dessous !

.

Envie de fraîcheur ? Direction la Norvège ! Valeur sentimentale, sixième long-métrage de Joachim Trier après Julie (en 12 chapitres) (2021) et Thelma (2017), nous plonge dans une nouvelle histoire de relations humaines et familiales, aux accents poétiques. Le film a aussi fait sensation au Festival de Cannes 2025, puisqu’il y a reçu le Grand Prix. Une récompense justifiée ?

.

Gustav (Stellan Skarsgård), réalisateur de cinéma de renom, a toujours été un père absent pour ses filles, Nora (Renate Reinsve) et Agnes (Inga Ibsdotter Lilleaas). Il réapparaît quelques années plus tard, à l’enterrement de leur mère, et propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film. Celle-ci refuse. Gustav décide alors d’embaucher une jeune star hollywoodienne (Elle Fanning).

Il nous avait déjà largement convaincus avec son film précédent, Julie (en 12 chapitres) (2021) : Joachim Trier est de retour avec une nouvelle fable autour d’un sujet universel touchant l’humain : les liens familiaux et leur complexité. Avec Valeur sentimentale, le réalisateur dano-norvégien, également co-scénariste (avec Eskil Vogt), propose une histoire similaire à celle de Back Home (2015), avec des thèmes récurrents : la mort d’une mère, une réunion dans la maison familiale, le surgissement des fantômes du passé. Pour cela, il refait appel à son actrice fétiche, Renate Reinsve (également vue dans Oslo, 31 août, 2012), qui incarne cette fois une jeune femme en proie au mal-être et à la dépression, marquant un pas de plus vers la maîtrise absolue de son jeu.

Stellan Skarsgård et Renate Reinsve © Kasper Tuxen

.

Mais avant les humains, il y a la maison familiale : cette sublime demeure norvégienne fait figure de personnage à part entière, si ce n’est le premier rôle. Dès la scène d’ouverture, on suit son évolution à travers les années, la manière dont elle a été habitée et « usée », le tout, de façon très organique, comme s’il s’agissait d’une matière vivante, une sorte de créature immobilière. Bien plus qu’un simple élément de décor, la maison est un témoin du vécu émotionnel de ses occupants. Cela nous mène à certains des grands questionnements posés par ce film : quel héritage émotionnel laisse-t-on, en plus du matériel ? Qu’est-ce qu’un foyer ?

Comme ses prédécesseurs, Valeur sentimentale nous montre à quel point Joachim Trier a le sens du détail. En plus d’avoir imaginé des dialogues percutants, le cinéaste dispose de quelques très bonnes idées de réalisation, comme celle de plonger son spectateur dans une mise en abyme – un film dans le film ou une pièce de théâtre dans le film – et de jouer avec les cadres. Le résultat est habile et maîtrisé, tout en finesse et sans exagération. On se plaît à voyager dans ces différentes strates narratives.

Renate Reinsve alias Nora © Kasper Tuxen

.

Contrairement à de trop nombreux réalisateurs, Joachim Trier attache également une importance particulière à la bande originale de son film, et a bien compris qu’elle constituait un élément indispensable pour desservir son récit. On entend notamment les chansons Cannock Chase de Labi Siffre, Dancing Girl de Terry Callier, ou encore Nobody Knows, de Pastor T. L. Barrett and The Youth for Christ Choir, qui renforcent l’aspect poétique et nostalgique de l’ensemble.

A travers la relation entre Gustav et Nora, Joachim Trier nous montre qu’il y a plusieurs façons d’aimer et d’exprimer cet amour – même de la manière la plus maladroite possible – et que plusieurs chemins peuvent mener vers la réparation d’une relation. Les personnages du père et de ses deux filles sont desservis par un trio d’acteurs formidables, porté haut par l’incontournable Stellan Skarsgård (Dune : Deuxième Partie).

Stellan Skarsgård et Elle Fanning © Kasper Tuxen

.

Se pose également la question de la célébrité, et de la qualité et la profondeur artistique d’un travail, reconnue ou non, dans les milieux du cinéma et du théâtre, avec le personnage de Nora, à travers la toute première scène, plan-séquence palpitant nous montrant à la fois les failles de la comédienne, mais aussi les coulisses et les difficultés du métier.

C’est là que le bât blesse : seuls les cinéphiles et les personnes issues de ces milieux théâtral et cinématographique pourront vraiment s’y retrouver : le reste du public risque de s’ennuyer, surtout face à 2h13 de pellicule. Joachim Trier prend son temps pour dérouler son récit : le rythme reste globalement assez lent. Pour éviter d’être lassés par cette démarche, on vous conseille donc de faire davantage connaissance avec l’œuvre de ce réalisateur avant de vous aventurer dans la découverte de ce film.

15 / 20

Fanny BL

.

.

.

Extraits entendus dans le podcast 

♪ « Cannock Chase », de Labi Siffre, tirée du film Valeur sentimentale de Joachim Trier ;

♪ « Dancing Girl » de Terry Callier, tirée du film Valeur sentimentale de Joachim Trier ;

♪ « Nobody Knows », de Pastor Thomas Lee Barrett and The Youth for Christ Choir, tirée du film Valeur sentimentale de Joachim Trier

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑