Ecoutez la critique de ce film en version podcast ci-dessous :
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Changement de registre ! Après le glaçant The Whale (2023), Darren Aronofsky délaisse les ambiances malsaines et sombres qui caractérisent la majorité de son œuvre, pour choisir un style plus comique, avec une bonne dose d’action. Avec ce neuvième long-métrage, le réalisateur de Requiem for a Dream (2001) et Black Swan (2011) nous montre qu’il a plusieurs cordes à son arc et qu’il excelle tout autant dans cette nouvelle catégorie.
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New York, années 1990. Ancien joueur de baseball prodige au lycée, Hank Thompson (Austin Butler) est désormais barman la nuit dans un bar miteux. Poursuivi par ses démons du passé, il a développé une addiction à l‘alcool. Quand son voisin Russ (Matt Smith (XI) lui demande de s’occuper de son chat pendant quelques jours, Hank ignore qu’il va devoir gérer tout un tas d’ennuis bien plus préoccupants.
C’est un projet de longue date que nous avons sous les yeux : Darren Aronofsky a mis près de 18 ans à sortir Pris au piège, à partir du roman éponyme de Charlie Huston (paru en 2004), également auteur du scénario du film. Ce dernier est tout simplement réussi : on ne s’ennuie pas une seule seconde, et tout est bien pensé, jusqu’à une scène finale réjouissante. Ajoutez-y une réalisation impeccable, semblable au reste de l’œuvre d’Aronofsky, qui rend ce long-métrage tout simplement génial.

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Si Requiem for a Dream, Black Swan, ou plus récemment The Whale vous donnent encore des sueurs froides rien qu’à l’évocation de leur nom, rassurez-vous : le style de Pris au piège est complètement différent. Il s’agit d’une sorte de thriller comique qui rappelle beaucoup The Big Lebowski des frères Coen (1998), avec, comme point de départ, un quiproquo désignant le héros comme le mauvais coupable. Le style fait aussi penser à celui de Quentin Tarantino pour son côté violent – en plus classe et en moins gratuit (ici, tout est justifié). Darren Aronofsky opte pour un ton absurde, ponctué de toute sortes de rebondissements. Son film n’est pas drôle au point de se taper sur les cuisses, mais tout de même moins lourd émotionnellement que la plupart de ses prédécesseurs.
Après Jared Leto, Natalie Portman ou encore Brendan Fraser, Darren Aronofsky a choisi Austin Butler pour incarner le héros de son film. L’acteur de 34 ans, solaire, irradie l’écran, et donne à Pris au piège toute sa saveur – dans tous les sens du terme. Il avait déjà démontré son immense talent par le passé, notamment dans le rôle du King dans Elvis de Baz Luhrmann (2022), et surtout dans celui du redoutable méchant dans Dune : Deuxième partie de Denis Villeneuve (2024), mais nous confirme qu’il ira loin. Très loin. Le reste du casting, composé, entre autres, de Zoë Kravitz, Regina King et Matt Smith (XI), est à la hauteur, et renforce la qualité du long-métrage.

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A travers des images des quartiers authentiques de New York, comme Lower East Side, Chinatown ou Brooklyn, Pris au piège nous montre le côté ambivalent des États-Unis, avec sa part de rêve et d’obscurité. Avec sa caméra, Darren Aronofsky dépeint l’énergie et l’urgence qui émanent de la grosse pomme : le spectateur les ressent comme s’il y était, et vit une véritable escapade, à la fois spatiale et temporelle.
Cette ambiance chaotique et crasseuse du New York des années 90, avec ses graffitis, ses bars miteux et ses façades rétro, est renforcée par une identité sonore unique, grâce à une bande originale prenante, aux accents métalliques, assurée par le groupe de rock britannique IDLES – en plus de la partition composée par Rob Simonsen. Leur musique apporte une énergie incontestable à l’ensemble du film.

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N’oublions pas le personnage du chat, élément très important de l’intrigue. Le petit animal, qui entretient une relation particulière avec Hank, apporte un côté mignon au récit, qui reste finalement assez sombre. En grattant le vernis comique de l’histoire, on se rend compte que Hank est un jeune homme torturé et hanté par son passé traumatique. Drogues dures et pilules coupe-faims dans Requiem for a Dream, nourriture dans The Whale, alcool dans Pris au piège… Darren Aronofsky aime explorer les addictions et partage sa fascination pour l’autodestruction, l’un de ses sujets favoris. Les sensations de peur et d’angoisse planent en arrière-plan, comme un besoin, pour le cinéaste, de rester un minimum fidèle à lui-même.
Avec Pris au piège, Darren Aronofsky nous montre qu’il maîtrise aussi bien le suspense et l’horreur que la comédie et l’action, avec une priorité accordée au divertissement. Le réalisateur américain permet aussi à Austin Butler, en lui attribuant le premier rôle, d’explorer davantage sa palette de jeu, et de confirmer, peu à peu, sa virtuosité. A 56 ans, Darren Aronofsky semble avoir encore beaucoup à nous faire découvrir. Et même si ses futurs projets ne donnent pas forcément très envie sur le papier (un biopic sur Elon Musk, un film Netflix avec un chien enragé, et un autre mettant en scène Dwayne Johnson dans la peau d’un gourou), on aura quand même peut-être la curiosité d’y jeter un œil.
18 / 20
Fanny BL

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Extraits entendus dans le podcast ♫
· Extraits de la bande-annonce de Pris au piège (version française) de Darren Aronofsky ;
♪ « Doom » de IDLES, tiré du film Pris au piège – Caught Stealing, de Darren Aronofsky ℗ 2025 Columbia Pictures Industries, Inc. under exclusive license to Partisan Records ;
♪ « Flushing, Queens », de IDLES et Rob Simonsen, tiré du film Pris au piège – Caught Stealing, de Darren Aronofsky ℗ 2025 Columbia Pictures Industries, Inc. under exclusive license to Partisan Records ;
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