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« Vol au-dessus d’un nid de coucou » : Le chef-d’œuvre aux 5 Oscars de Miloš Forman
A l’occasion du festival Lumière de cinéma à Lyon, dont la 17ème édition vient de s’achever, zoom sur le chef-d’œuvre aux cinq Oscars de Miloš Forman, lui-même récipiendaire du Prix Lumière 2010 pour récompenser l’ensemble de sa carrière : Vol au-dessus d’un nid de coucou, un drame poignant qui n’a pas pris une ride, près de 50 ans après sa sortie, et a permis à Jack Nicholson d’obtenir la consécration à Hollywood.
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Un criminel, Randle Patrick McMurphy (Jack Nicholson), se retrouve interné dans un hôpital psychiatrique pour éviter la prison. Une fois sur place, il se lie d’amitié avec un groupe de patients et se rebelle contre les méthodes employées par le personnel médical.
C’est l’histoire de chemins qui se croisent, d’occasions manquées… pour un temps. Au départ sous forme de livre écrit par Ken Kesey (paru en 1962), puis de pièce de théâtre dans laquelle Kirk Douglas jouait le rôle principal (mise en scène par Dale Wasserman), Vol au-dessus d’un nid de coucou aura mis 13 ans à voir le jour sur grand écran. C’est finalement Michael Douglas qui parvient à concrétiser le projet de son père, faisant, en même temps, ses premiers pas comme producteur. Vol au-dessus… est lecinquième long-métrage de Miloš Forman, alors que le cinéaste tchèque a dû fuir le parti communiste de son pays pendant le Printemps de Prague en 1968, pour se réfugier aux États-Unis. Au-delà du simple récit, c’est d’ailleurs le symbole qui le séduit, puisque faisant écho à sa propre histoire : une histoire de révolte contre l’ordre établi. Ici, celle d’un groupe de patients dans un hôpital psychiatrique des années 60, face aux méthodes douteuses des médecins : médicaments surdosés, électrochocs ou encore lobotomie.

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Immense succès, nombreuses récompenses, dont cinq Oscars… Depuis sa sortie en 1975, Vol au-dessus… est toujours considéré comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Et pour cause : il lance la carrière de plusieurs acteurs : Christopher Lloyd (le célèbre Doc de Retour vers le futur, récemment vu dans la saison 2 de la série Mercredi de Tim Burton), Danny DeVito, ou encore Brad Dourif, qui recevra le Golden Globe de la révélation masculine en 1976, et deviendra notamment l’une des figures du cinéma d’épouvante (voix de la poupée Chucky dans la saga éponyme (1989-2005), L’Exorciste III (1990), ou encore Alien, la résurrection (1997).
N’oublions pas l’incontournable Jack Nicholson, blouson de cuir et bonnet noir, son éternel sourire carnassier et son célèbre rire diabolique, dans un rôle de bad boy aussi agaçant qu’attachant, un anti-héros plein de ressources pour faire face à l’enfermement et à l’ambiance sinistre de l’hôpital. Rôle qui lui vaudra son premier Oscar, 22 ans avant le second, non pas pour Shining de Stanley Kubrick (1980) comme on a souvent tendance à le croire, mais pour Pour le pire et pour le meilleur de James L. Brooks (1997).

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Mais c’est surtout le personnage de Miss Ratched qui deviendra culte. La terrible infirmière, incarnée avec talent par Louise Fletcher, marque les esprits par son ambiguïté : sous ses airs doux et poupins, elle cache bien son jeu calculateur et malsain. Totalement dépourvue d’empathie, elle reste impassible devant la détresse et la souffrance de ses patients, prête à tout pour appliquer les règles et garder le contrôle sur l’établissement.
Ce personnage se retrouve en deuxième position dans le classement des « meilleures méchantes de l’histoire du cinéma américain » de l’American Film Institute, juste derrière la Méchante sorcière de l’Ouest dans Le Magicien d’Oz de Victor Fleming (1939). Retrouvez mon propre classement des plus grandes méchantes au cinéma dans ce podcast !

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La force de ce film réside dans le fait qu’il soit à la fois réaliste, divertissant, parfois tragique, ou même drôle. Surtout, il est empreint d’une grande poésie. On éprouve de la tendresse pour chacun des personnages, qui ont tous leur personnalité et leurs particularités.
Le casting prodigieux de Vol au-dessus… est renforcé par une mise en scène méticuleuse, et un message profond, qui soulève de grandes questions dignes d’un sujet de philo au Bac, sur les thèmes de l’autorité, de la liberté, ou encore de la folie : jusqu’où peut-on résister ? Au fond, sommes-nous tous fous ? Vous avez quatre heures.
Fanny BL
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Remerciements à Thierry Frémaux et Virginie Apiou du Festival Lumière de Lyon, d’avoir permis la rédaction de cet article
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Musiques entendues dans le podcast ♫
♪ « Love theme », musique originale tirée du film Chinatown, composée par Jerry Goldsmith ℗ 1974 Geffen Records
♪ « The Dance of the Witches », thème principal du film Les Sorcières d’Eastwick, composé par John Williams ℗ 1987 Warner Records Inc.
♪ « The Batman Theme », musique originale du film Batman de Tim Burton, composée par Danny Elfman + éventuellement ajouter Batdance de Prince (non téléchargée)
♪ Musique originale du film Vol au-dessus d’un nid de coucou, composée par Jack Nitzsche et Ed Bogas
♪ « Main title », tiré de la musique originale du film Shining, composée par Wendy Carlos et Rachel Elkind, d’après la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz ℗ 1980 Warner Bros. Entertainment, Inc.
♪ Extrait du film Shining de Stanley Kubrick (quand elle crie) TM & © Warner Bros. (1980)
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