Ecoutez ma critique en version podcast ci-dessous !
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Elle a déjà raflé le Golden Globe de la meilleure actrice en ce début d’année, et fait partie des grandes favorites pour décrocher l’Oscar. Jessie Buckley irradie l’écran dans Hamnet, cinquième long-métrage de Chloé Zhao, après Les Éternels et Nomadland (2021). Jusqu’ici plutôt discrète, l’actrice irlandaise de 36 ans atteint le sommet de son art avec ce rôle clairement taillé pour elle : celui d’Agnes, l’épouse de William Shakespeare.
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Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, William (Paul Mescal) rencontre Agnes (Jessie Buckley), une jeune femme à l’esprit libre. Tous deux entament une histoire d’amour passionnelle, puis se marient et ont trois enfants. Mais alors que William tente sa chance comme dramaturge à Londres, un événement abominable se produit.
Sourire ravageur,voix grave, regard intense… Jessie Buckley avait déjà tapé dans l’œil de L’Oreille Cinéphile dans des films moins connus, notamment Scandaleusement vôtre de Thea Sharrock (2024), où elle incarnait déjà une femme à l’esprit libre qui déjoue les conventions. Hamnet marque clairement une étape supplémentaire pour l’actrice irlandaise, qui sublime le film de Chloé Zhao, adapté du roman éponyme de Maggie O’Farrell (2020), lui-même inspiré de la vraie vie de Shakespeare.

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L’histoire se penche sur les origines de Hamlet, l’un des chefs-d’œuvre du dramaturge anglais, a priori écrite dans des circonstances très douloureuses. Le saviez-vous ? Hamnet était le nom du fils de Shakespeare. Ici, pas de faute d’orthographe : Hamlet et Hamnet étaient deux variantes du même prénom à cette époque. Bien plus qu’un simple biopic (encore trop à la mode au cinéma), Hamnet, qui rappelle bien sûr le Shakespeare in Love de John Madden (1999) – autre film inspiré de la vie de l’écrivain -, ne se contente pas seulement de narrer la jeunesse de Shakespeare : il est aussi un grand récit d’amour et de famille, empreint de poésie. Surtout, il s’intéresse un peu plus à son épouse (de son vrai nom Anne Hathaway), dont on connaît finalement peu de choses.
C’est finalement une histoire très universelle que Chloé Zhao nous propose, tout en rappelant les conditions difficiles de cette époque : manque de liberté pour les couples amoureux, place des femmes au foyer, hygiène, mœurs et vie culturelle dans l’Angleterre du XVIème siècle… Les grands thèmes de ce long-métrage : le deuil et la résilience. La réalisatrice chinoise les aborde en profondeur, avec des scènes parfois très difficiles sur le plan émotionnel. On vous prévient : préparez les mouchoirs !

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Esthétique, grandiose… Hamnet est impeccable en tous points (ou presque, on y reviendra) : mise en scène maîtrisée, décors et costumes réussis (mention spéciale pour le Théâtre du Globe, entièrement reconstitué pour les besoins du film, où se déroule une scène finale particulièrement poignante), ainsi qu’une musique onirique et envoûtante, composée par Max Richter (Ad Astra, 2019). Comme dans Nomadland, Chloé Zhao accorde beaucoup d’importance à la nature, pour mieux rendre compte de la connexion particulière entre Agnes et cette dernière. La mise en lumière et la photographie, signées Łukasz Zal, sont époustouflantes, que ce soit en extérieur, avec de nombreux plans d’arbres et de feuillages en forêt, ou en intérieur, avec des éclairages à la bougie.
Au casting, on salue donc la performance absolument magistrale de Jessie Buckley. Elle donne la réplique à Paul Mescal (Le Son des souvenirs), dans la peau de Shakespeare, dont le jeu, bien que correct, se situe peut-être à un niveau légèrement au-dessous de son acolyte féminine. Leur duo fonctionne malgré tout, et contribue pleinement à la crédibilité et l’authenticité du film. Autres prestations remarquables : celles d’Emily Watson, et surtout du jeune Jacobi Jupe, dans le rôle du petit garçon Hamnet.

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Seul élément qui nous empêche de mettre un 20/20 : un montage parfois un peu trop abrupt. Dans plusieurs scènes, Chloé Zhao aurait pu davantage prendre son temps et aller jusqu’au bout, ce qui aurait permis aux acteurs (surtout à Paul Mescal) de développer davantage leur jeu. Hormis ce minuscule défaut, n’ayons pas peur des mots : Hamnet est un très beau film à Oscars. Après deux Golden Globes, il fait partie des grands favoris cette année, avec huit nominations, dont celles de meilleur film, meilleure réalisatrice, et donc, meilleure actrice pour Jessie Buckley… Sans oublier ses 11 nominations aux BAFTA, qui viennent d’être annoncées ! Alors, sera-t-il le digne successeur de Nomadland, multi-récompensé en 2021 ? Réponse les 22 février et 15 mars prochains !
19 / 20
Fanny BL

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Musiques entendues dans le podcast ♫
· Extraits de la bande-annonce de Hamnet, de Chloé Zaho, en version française
♪ « Of Agnes », musique originale du film Hamnet, composée par Max Richter ℗ 2025 Focus Features, LLC, under exclusive license to Universal Music Operations Limited ;
♪ « Of Orpheus », musique originale du film Hamnet, composée par Max Richter ℗ 2025 Focus Features, LLC, under exclusive license to Universal Music Operations Limited ;
♪ « On the Nature of Daylight », musique originale du film Hamnet, composée par Max Richter ℗ 2025 Focus Features, LLC, under exclusive license to Universal Music Operations Limited ;
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