« Un monde » de Laura Wandel : La cruauté des enfants à son paroxysme

Ecoutez d’abord ce petit podcast :

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Alors que le harcèlement scolaire vient d’être classé comme « délit » aux yeux de la loi française, Laura Wandel signe un premier film percutant sur ce sujet. Un monde vous prendra par les tripes dès le début et ne vous lâchera plus jusqu’à la fin. Ames sensibles s’abstenir !

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Au moment où Nora (Maya Vanderbeque) fait sa rentrée à l’école primaire, elle constate rapidement que son grand frère (Günter Duret) est victime de harcèlement de la part de ses camarades. Tiraillée entre son père (Karim Leklou) qui l’incite à le prévenir en cas de violences, son frère qui lui demande de garder le silence, et son propre besoin de s’intégrer, Nora est coincée.

Le harcèlement scolaire : un fléau qui existe depuis longtemps, mais dont on a commencé à parler il y a seulement quelques années. Un mal du siècle qui concernerait près d’un élève sur dix chaque année en France, et qui entraîne même des suicides chez des enfants de plus en plus jeunes. Le 24 février dernier, le Parlement français a adopté le projet de loi qui considère le harcèlement scolaire comme un délit : il est désormais punissable de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende… Un pas de fourmi, mais un pas quand même. Et bien que l’histoire d’Un monde se déroule en Belgique, elle est totalement applicable en France, ou ailleurs, puisque c’est un problème universel.

Laura Verlinden et Maya Vanderbeque © Tandem

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C’est Laura Wandel qui se charge de raconter cette histoire, en tant que scénariste et réalisatrice du film… et elle ne prend pas des pincettes pour nous montrer l’horreur dans la cour de récré. Sans pour autant basculer dans la provocation pure et dure, elle plonge directement son spectateur dans le monde de l’école, et raconte des anecdotes à travers le regard de la jeune héroïne, Nora (Maya Vanderbeque). Telle une petite souris, la fillette se déplace constamment dans ce huis-clos infernal, et observe chaque jour son frère subir des violences morales et physiques.

La cinéaste impose à notre œil des plans extrêmement resserrés sur Nora et ses camarades de classe. La plupart du temps, ces derniers sont floutés ou hors-champ, tout comme les adultes. C’est donc aussi une « plongée » au sens figuré que Laura Wandel nous propose : on replonge dans des souvenirs – plus ou moins agréables – de l’école, en devenant (ou redevenant) nous-même cette petite fille. Si on n’assiste pas forcément à des faits de violence à l’état brut, ce sont des remarques, jugements, ou des formes plus ou moins légères d’exclusion. Laura Wandel fait remonter toute cette souffrance à la surface et invite à une véritable prise de conscience : même une petite remarque ou un simple geste, à l’apparence anodine, est une réelle tragédie qu’il faut dénoncer pour tenter d’y mettre fin.

Maya Vanderbeque et Günter Duret © Tandem

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Sans les désigner coupables, la cinéaste montre aussi à quel point les adultes – parents comme professeurs – sont complètement démunis face au harcèlement scolaire. Les uns sont déjà débordés par un travail très prenant, et les autres cherchent seulement à protéger leur enfant. « Quand on aide ça empire », dira Nora… Une manière, pour Laura Wandel, de monter que le problème est bien plus profond : c’est tout le système d’éducation qui dysfonctionne.

Autres particularités d’Un monde : sa durée très courte pour un long-métrage – une heure et quinze minutes -, et l’absence de musique, ce qui renforce son aspect « coup de fouet ». Et si le temps passe vite quand on s’amuse, ici c’est bel et bien le contraire… On ne se rend pas vraiment compte que le film dure aussi peu, tellement c’est un calvaire à vivre. Du début à la fin, vous aurez probablement mal au ventre, et ressentirez peut-être même l’envie de pleurer… Même si, bien sûr, tout dépend de la sensibilité et du vécu de chacun. Les réactions seront plus ou moins fortes, selon le rapport que l’on a au harcèlement scolaire.

Karim Leklou et Maya Vanderbeque © Tandem

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Enfin, Un monde ne serait pas aussi percutant sans le jeu époustouflant de la très jeune actrice Maya Vanderbeque, qui incarne le premier rôle. La petite fille est tout simplement excellente, et déjoue tout concurrence dans son propre domaine. On a rarement été aussi convaincu par le jeu d’un acteur enfant. Si le film ne vous tente pas plus que cela, cette prestation vaut vraiment le détour.

Après vous avoir exténué mentalement – dans le « bon » sens du terme – Un monde se termine par une scène finale à couper le souffle, point d’orgue de ce drame au summum de l’insoutenable, et résultat d’un mauvais tour joué par le destin. Il est évident qu’on ne ressort pas indemne de cette expérience, mais on en sort grandi, et mieux armé et informé pour tirer la sonnette d’alarme sur un sujet aussi grave. Les films thérapie existent bel et bien, et celui-ci en est un.

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20 / 20

Film présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2021, section Un certain regard

Maya Vanderbeque © Tandem

Fanny BL

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