« Zone(s) de turbulence », de Hafsteinn Gunnar Sigurðsson : La comédie islandaise de l’été

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Attachez votre ceinture, relevez votre cache-hublot et rangez votre tablette… Parés au décollage ! C’est parti pour une comédie à l’humour fin sur un sujet peu abordé : la phobie de l’avion, d’un point de vue pathologique. Hafsteinn Gunnar Sigurðsson dissèque les angoisses de l’être humain face à l’incontrôlable. Le genre de petit film discret, modeste et pourtant génial que L’Oreille Cinéphile adore.

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Sarah, une femme d’affaires basée à Londres, souffre d’une peur incontrôlable de l’avion. Pour sauver sa nouvelle relation amoureuse et surmonter sa phobie, elle s’inscrit au stage des « Voyageurs Intrépides ». Elle ne sait pas encore qu’elle va endurer un vol inattendu vers l’Islande, et vivre une aventure totalement imprévisible

« Pour pouvoir voler, il faut lâcher prise » : c’est la phrase-clé qui résume bien le quatrième long-métrage de Hafsteinn Gunnar Sigurðsson, réalisateur islandais très peu connu en France. A partir de l’histoire personnelle de son propre frère, le cinéaste nous éblouit avec cette comédie au sujet très humain et universel, qui rassemble. Il part d’une « simple » phobie pour en arriver à évoquer de vraies questions existentielles, comme la peur de la mort… Car c’est finalement de cela dont il s’agit : il faudra apprendre à accepter ce qu’on ne peut contrôler.

Hafsteinn Gunnar Sigurðsson propose un film plutôt court (1h37), composé de peu d’éléments, personnages et lieux, un scénario et une esthétique minimalistes, mais qui se suffisent à eux-mêmes. L’histoire se passe dans un laps de temps assez bref. Le réalisateur alterne des plans agités et d’autres, statiques et larges, ce qui crée un rythme dynamique, et à la fin, une tension.

L’équipe des Voyageurs Intrépides © Netop Films / One Two Films / Good Chaos / ZDF Arte

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Grâce à une réalisation et un jeu d’acteurs réussis, couplés à une musique oppressante signée Daniel Bjarnason, Hafsteinn Gunnar Sigurðsson arrive à nous faire ressentir la même angoisse qu’une personne aérophobique, même si on n’avait pas du tout peur de l’avion à la base. Toujours avec légèreté, le réalisateur décrypte le trouble intérieur des personnages, et nous montre aussi les déviances qu’une phobie peut entraîner, comme le fait de mentir à ses proches par honte, ou encore la consommation d’alcool ou de médicaments, pour se détendre ou s’endormir, et ne plus avoir à affronter son problème.

On s’attache rapidement à ce petit groupe de personnages peu ordinaire, tantôt soudé, tantôt éclaté, mais dont les membres se soutiendront finalement toujours dans la douleur, d’une manière ou d’une autre. Chacun a son histoire, son parcours, et sa propre manière de gérer sa phobie. Il est aussi intéressant de voir qui va endosser le rôle de leader ou de suiveur, de soumis ou de rebelle. Les situations cocasses s’enchaînent, avec un second degré fin et subtil qui rappelle celui de Sans filtre de Ruben Östlund (2022), mais aussi celui Joyeuses funérailles de Frank Oz (2007). Sur le plan scénaristique, on s’attend vraiment à tout, et on a toujours hâte de découvrir ce qui va se passer.

Timothy Spall, Ella Rumpf, Lydia Leonard, Zverrir Gudnason et Simon Manyonda © Netop Films / One Two Films / Good Chaos / ZDF Arte

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Pour en revenir au casting, les acteurs (pour la plupart de nationalité britannique) sont tous bons, sans être célèbres (ce qui change un peu), à part Timothy Spall, notamment connu pour son rôle de Peter Pettigrew dans la saga Harry Potter. Mention spéciale pour Lydia Leonard, dans la peau du personnage principal : l’actrice livre une performance largement convaincante d’une femme en proie aux doutes et aux angoisses, qui va faire de son mieux pour surmonter ses peurs, s’accepter et être acceptée.

Zone(s) de turbulence nous montre à quel point une phobie peut nous gâcher la vie au quotidien, et devenir un vrai handicap, en l’occurrence ici, à l’heure où tout le monde voyage en avion pour pas cher… Hafsteinn Gunnar Sigurðsson nous fait passer un bon moment de divertissement, sans jamais trop exagérer ses blagues, et permet un temps de réflexion efficace. La comédie rafraîchissante de l’été à ne pas manquer !

19 / 20

Fanny BL

Zverrir Gudnason, Simon Manyonda, Timothy Spall, Lydia Leonard et Ella Rumpf © Netop Films / One Two Films / Good Chaos / ZDF Arte

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