« Une année difficile » : La critique + L’interview d’Eric Toledano et Olivier Nakache

Merci aux équipes du Pathé Bellecour de Lyon pour avoir permis cette interview

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Ils nous avaient enthousiasmés avec Le Sens de la fête (2017), légèrement refroidis avec Hors-Normes (2019)… Eric Toledano et Olivier Nakache reviennent cet automne avec un 8ème long-métrage, sous forme de comédie dénonciatrice et réjouissante. Une année difficile aborde en toute subtilité des sujets forts de l’actualité, avec, en tête de proue, l’écologie. Mais vaut-elle le déplacement en salles ? L’Oreille Cinéphile vous dit tout !

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Albert (Pio Marmaï) et Bruno (Jonathan Cohen) ne se connaissent pas, mais sont tous les deux des consommateurs compulsifs, désormais surendettés. Pour sortir la tête de l’eau, ils empruntent chacun le chemin associatif, et vont se rencontrer par hasard. Ils croisent aussi des jeunes militants écologistes, avec lesquels ils vont décider de s’allier pour tenter d’en tirer profit.

Ne vous fiez pas au titre du nouveau film d’Eric Toledano et Olivier Nakache : si le long-métrage aborde des sujets durs et sérieux, son contenu reste léger, comme toujours dans leur cinéma. Les deux réalisateurs arrivent, une fois de plus, à nous divertir et nous faire rire de manière habile et subtile. C’est la notion de « malheur heureux », qu’ils chérissent et utilisent dans toute leur œuvre. Il y a aussi beaucoup d’autodérision, référence directe au cinéma italien et aux pièces de théâtre de Molière.

Une année difficile est une véritable photographie de notre époque : le film aborde une réflexion sur la société de consommation – notamment avec une scène d’ouverture très forte -, mais aussi sur l’écologie et la justice sociale. Il parle également de surendettement et d’addiction au jeu, et pose des questions intéressantes sur la richesse et la valeur qu’on accorde aux choses, en particulier au matériel, à travers les personnages des activistes écologistes, et leur rapport au vide et au plein.

Pio Marmaï et Noémie Merlant © Carole Bethuel ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION – QUAD+TEN

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Eric Toledano et Olivier Nakache utilisent leurs ingrédients habituels pour décrire notre société actuelle et dénoncer la violence qui s’y trouve : l’humour fin, les messages forts… et ça marche, comme (quasiment) à chaque fois. Ils montrent les déviances de l’être humain dans un monde surconsommateurs et minimalistes s’affrontent, et dans un contexte climatique alarmant. Nous faisons face à la complexité de notre avenir, aux contradictions dans la vie et aux paradoxes des années 2020. D’ailleurs, le clin d’œil fait à la pandémie de Covid-19 est plutôt réussi par son aspect poétique, et nous laisse une note d’espoir.

Eric Toledano et Olivier Nakache ont toujours su s’entourer d’un casting inspirant, bien souvent composé d’un duo masculin, dans un effet miroir pas vraiment hasardeux : Gérard DepardieuJean-Paul Rouve dans Je préfère qu’on reste amis (2005), Omar SyFrançois Cluzet dans Intouchables (2011), Vincent CasselReda Kateb dans Hors-Normes (2019), et ici, Pio MarmaïJonathan Cohen. On retrouve aussi la notion d’escroquerie chez les deux protagonistes, comme dans dans Je préfère qu’on reste amis. Mais cette fois, dans Une année difficile, on a presque un trio, puisque Noémie Merlant est très présente, dans le rôle d’un personnage féminin fort, surnommé Cactus. Ce trio d’acteurs fonctionne divinement, on applaudit.

Pio Marmaï et Jonathan Cohen © Carole Bethuel ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION – QUAD+TEN

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Egalement comme à son habitude, le duo de cinéastes utilise une bande originale très « classique », mais diablement efficace, avec des tubes et sonorités des années 70 contestataires. Vous entendrez ainsi des chansons de Jimi Hendrix (sur une scène très puissante) ou encore des Doors. Ajoutez-y une bande originale composée par le duo (encore un) germano-suisse Grandbrothers, spécialisé dans la musique expérimentale et électronique, déjà convoqué pour Hors-Normes, et dont le style rappelle fortement celui des airs entendus dans la série En Thérapie (musique composée par Yuksek) et Le Sens de la Fête (Avishai Cohen). Style qui devient un peu la marque de fabrique des réalisateurs.

Eric Toledano et Olivier Nakache proposent un cinéma connecté avec son temps et donnent une certaine vision de l’existence : la leur. Ils arrivent à nous convaincre, une fois de plus. Ils parviennent à discuter de sujets sérieux, mais sans vraie prise de tête. On rigole souvent, on sourit, ou bien on ressent soudainement un sentiment de nostalgie ou de tristesse passagère, qui refait surface sans vraiment prévenir… C’est ça, la force des Toledano-Nakache. Au bout de huit films et une série de deux saisons, on est toujours conquis, et on a hâte de voir le prochain. Après tout, pourquoi changer une équipe, ou plutôt un duo qui gagne ?

18 / 20

Fanny BL

Jonathan Cohen, Pio Marmaï et Noémie Merlant © Carole Bethuel ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION – QUAD+TEN

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