« Le Temps D’Aimer », de Katell Quillévéré : La critique + L’interview de l’équipe du film

De g. à dr. : Vincent Lacoste, Katell Quillévéré, et Gilles Taurand, co-scénariste du film. Merci aux équipe du Pathé Bellecour de Lyon pour avoir permis cette interview

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Madeleine (Anaïs Demoustier), serveuse dans un hôtel-restaurant et mère d’un petit garçon, rencontre François (Vincent Lacoste), un étudiant riche et cultivé. Tous deux vivent un amour passionnel mais rempli de secrets. L’une tente de fuir ses erreurs du passé, tandis que l’autre semble renier une part de lui-même. Parviendront-ils, malgré tout, à trouver le bonheur ?

Le Temps D’Aimer commence très fort : la scène de générique contient de fausses images d’archives en noir et blanc, auxquelles on croit dur comme fer grâce à un excellent travail de reconstitution historique. Le spectateur est tout de suite plongé dans l’ambiance de cette époque. Les décors et costumes de qualité le confirmeront par la suite. Dans une deuxième partie, Katell Quillévéré arrivera tout aussi bien à retranscrire à l’écran l’ambiance d’après-guerre très joyeuse et mouvementée dans laquelle la France était baignée, avec l’arrivée de milliers d’Américains et de la musique jazz, mais une violence et une sexualité toujours très présentes (il faudra d’ailleurs se préparer à deux-trois scènes osées).

Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste © Roger Arpajou

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Dans Le Temps D’Aimer, Katell Quillévéré ressort des ingrédients déjà utilisés dans ses précédents films (et efficaces) : la notion de « fille-mère », comme dans Suzanne, la « pulsion de vie » des personnages principaux, et les notions de réparation et de résilience qui en découlent. Autre élément déjà constaté dans Suzanne : celui du temps. Il se passe presque 20 ans en 2h05 de film, tandis que Suzanne se déroulait sur 25 ans en 1h34, et à chaque fois les personnages vieillissent avec l’intrigue, ce qui rappelle un peu le film Boyhood de Richard Linklater (même l’affiche y ressemble fortement). Le spectateur ne s’ennuie pas, et sa sensation du temps qui passe en est quelque peu bouleversée. Il a l’impression de vivre plein d’événements en un laps de temps réduit : celui d’une séance de cinéma.

Autre aspect intéressant : Katell Quillévéré prend le contrepied du mélodrame et propose une variation plus moderne du genre, ce qui déconstruit un peu le cliché qui lui colle à la peau (manifestation démesurée des émotions, exagération des sentiments, situations grotesques, etc.). La réalisatrice choisit ici un tournage en caméra à l’épaule, des plans serrés, dans des décors naturels. Elle offre un récit romanesque plus authentique, qui oscille entre moments de joie et de détresse, à travers une relation très pudique entre deux personnages marginaux.

Vincent Lacoste et Josse Capet dans le rôle de Daniel à l’âge de 10 ans © Roger Arpajou

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Dans cette histoire écrite à quatre mains (Katell Quillévéré avec Gilles Taurand), Madeleine est le personnage colonne vertébrale. Anaïs Demoustier incarne avec talent cette femme discrète, pudique, refermée sur elle-même en raison de ses blessures du passé. Sa relation avec François est remplie de non-dits et d’un fort manque de communication. A travers leur relation passionnelle mais compliquée, Katell Quillévéré aborde la question du couple et du mystère, ainsi que l’injonction de fonder une famille « normale » dans cette période d’après-guerre, mais aussi et surtout, l’épineux sujet des secrets de famille, principal moteur de cette histoire… Un sujet universel qui parlera forcément à tout le monde.

Le point de vue et le regard du petit garçon sont intéressants, de même que son chronomètre, symbole du temps qui passe, et donc, référence directe au titre du film. Hélios Karyo, qui joue ce personnage au début (à l’âge de cinq ans), est touchant. Le tout jeune acteur joue très bien l’enfant malheureux qui cherche à se faire aimer de sa mère. Cette dernière n’a aucun geste tendre pour lui, car son fils la ramène à sa honte et sa culpabilité.

Vincent Lacoste et Anaïs Demoustier © Roger Arpajou

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Quant à Vincent Lacoste, il est comme le vin : il se bonifie avec le temps. L’acteur est ici très convaincant, même s’il nous avait déjà épatés dans Illusions perdues de Xavier Giannoli (2021). Il endosse ici un rôle complexe, assez différent de ceux qu’il avait pu interpréter jusqu’ici : celui d’un jeune homme fébrile, qui doit se battre contre sa propre nature, le tout sur une longue durée (20 ans), ce qui impliquait aussi de travailler sur l’évolution du personnage… Mission accomplie.

Le Temps D’Aimer est une histoire d’amour sous diverses formes : l’amour romantique, sexuel, filial, et même l’amour de soi… La réalisation de Kattell Quillévéré est toujours aussi subtile et fine, et une fois de plus, elle ne nous déçoit pas. La cinéaste sait comment donner de la saveur à ses œuvres, et propose un film humaniste qui parle de cette extraordinaire aventure qu’est la vie, avec ses hauts, ses bas, ses joies et ses peines. A partir du personnage de Madeleine, elle amène le spectateur à se poser cette question : comment fait-on pour réinventer sa vie ? La réponse est sous nos yeux… Alors, sans mauvais jeux de mots, Le Temps D’Aimer est à découvrir sans plus attendre !

Anaïs Demoustier, Morgan Bailey et Vincent Lacoste © Roger Arpajou

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