Ecoutez ma critique dans le podcast ci-dessous !
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« Tous pour un, un pour tous ! » Après la scénarisation des Trois Mousquetaires de Martin Bourboulon (2023), Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière poursuivent leur exploration de l’œuvre d’Alexandre Dumas, en reprenant cette fois leurs postes de réalisateurs. Le Comte de Monte-Cristo, fresque légendaire et grosse sortie cinéma de l’été 2024, permet au duo de conforter sa place de spécialiste des blockbusters à la française. Alors, ce nouveau film est-il d’une énième adaptation sans saveur du célèbre roman du XIXème siècle, ou une véritable prouesse cinématographique ?
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Edmond Dantès (Pierre Niney), jeune marin plein d’avenir, est victime d’un coup monté, alors qu’il était promis au poste de capitaine, et s’apprêtait à se marier avec Mercédès (Anaïs Demoustier). Après 14 ans de détention au Château d’If, il parvient à s’évader, puis trouve un énorme trésor sur l’île de Montecristo. Il revient sous l’identité du comte de Monte-Cristo, avec un seul objectif : se venger de ceux qui l’ont trahi.
Il faut bien du courage pour s’atteler à l’adaptation d’une œuvre littéraire aussi gigantesque que celle du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, roman-feuilleton français publié entre 1844 et 1846. Un courage déjà trouvé par de nombreux autres réalisateurs du petit et du grand écran – une trentaine au total. Comme pour Dracula, Zorro ou encore… tiens au hasard, Les Trois Mousquetaires, vous aurez peut-être d’abord une légère impression de déjà-vu, et vous direz : « Encore cette histoire… ». Mais, bien qu’on n’ait pas eu l’occasion de voir les autres adaptations du Comte de Monte-Cristo, il semble que celle de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière apporte un souffle nouveau à ce monument littéraire.

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C’est donc un long-métrage de trois heures qui vous attend si vous décidez de vous lancer dans cette folle aventure. Une durée qui découragera probablement plus d’un spectateur avant même le visionnage, ou qui pourrait vite lasser celles et ceux qui auraient bravé leur flemmardise. C’est effectivement une durée un peu longue, mais justifiée, au vu de l’ampleur de l’œuvre de Dumas. Avec 1 300 pages au total, en plusieurs tomes, on se dit qu’il aurait été difficile de faire plus court.
Rassurez-vous : ces trois heures passent finalement plutôt « vite ». La preuve : on n’a regardé la montre que trois fois en un si grand laps de temps ! Le film est globalement prenant et comporte beaucoup de points positifs, dont le principal : le mélange des genres. Vous aurez ainsi droit à de l’aventure, de la poésie, de l’amour, de la tragédie, de l’action, du suspense… ce qui vous fera vivre des émotions différentes. Des scènes haletantes – dont quelques-unes de combat, ainsi qu’un duel particulièrement spectaculaire – s’enchaînent plutôt bien : il n’y a quasiment pas de temps mort. Ajoutez à cela des costumes et décors magnifiques, rendant le film très esthétique, le tout, accompagné d’une musique grandiloquente signée Jérôme Rebotier, compositeur des deux autres films de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière, Le Prénom et Le Meilleur reste à venir.

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Au-delà du thème principal de la vengeance, Le Comte de Monte-Cristo en aborde de nombreux autres, parfaitement applicables à notre époque : le sentiment d’injustice, le changement d’identité (avec le masque), le deuil, la résilience, ou encore le pouvoir de l’argent, qui pousseront le spectateur à la réflexion, même si l’aspect visuel prendra bien souvent le dessus – ce qui n’est pas forcément un inconvénient. Le contexte historique et politique est aussi bien présent, sans être trop écrasant : l’essentiel est donné. Il faudra toutefois rester bien concentré face à un nombre très important de personnages.
Pour incarner Edmond Dantès alias le Comte de Monte-Cristo : un Pierre Niney toujours talentueux et convaincant (force est de le reconnaître), qui n’avait probablement jamais atteint un sommet aussi haut dans son art. On sent que l’acteur de 35 ans s’est beaucoup investi dans ce rôle, notamment pour les scènes de combat et autres cascades. Laurent Lafitte est lui aussi toujours très bon, même si on a un sentiment de déjà-vu, puisqu’il a déjà incarné des personnages de méchants dans Au Revoir Là-haut d’Albert Dupontel (2017) et Pour la France de Rachid Hami (2023). C’est surtout Bastien Bouillon qui impressionne, dans un rôle complexe et ambivalent. Si l’acteur était déjà très persuasif dans La Nuit du 12 de Dominik Moll (2022), il passe ici à l’étape supérieure.

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Du côté des seconds rôles, Anamaria Vartolomei, extraordinaire dans L’Événement d’Audrey Diwan (qui lui a valu le César 2022 du meilleur espoir féminin), et Maria de Jessica Palud (2024), est une fois de plus très brillante, même si son accent roumain paraît malheureusement raté et gêne un peu à l’écoute des dialogues. Elle donne la réplique à une jeune génération de comédiens tout aussi remarquables, dont Julien De Saint-Jean (découvert dans Arrête avec tes mensonges d’Olivier Peyon, 2023) et Vassili Schneider, petit dernier de la célèbre fratrie d’acteurs.
Si on doit comparer Le Comte de Monte-Cristo aux Trois Mousquetaires – ces films étant tous deux écrits par Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière et adaptés du même auteur -, à l’ambiance très similaire, sachez que le premier comporte clairement moins de scènes d’action et de duels, et tire plus vers le romanesque, sous forme d’épopée aux péripéties nombreuses. Privilégiez donc plutôt le film de Martin Bourboulon si vous souhaitez voir un « vrai film de cape et d’épée », et Le Comte de Monte-Cristo si vous préférez partir à l’aventure.

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Il n’y a aucun regret à avoir vécu cette nouvelle expérience cinématographique, mais il manque un petit quelque chose pour qu’elle soit vraiment transcendante. Ce nouveau Comte de Monte-Cristo n’est pas un film qui vous marquera à vie, mais vous permettra simplement de passer un bon moment (et pourquoi pas, d’échapper à la canicule pendant trois heures, si canicule il y a). On espère simplement qu’il n’y aura pas de Comte de Monte-Cristo 2, car ce film-là se suffit à lui-même, et le duo de réalisateurs se tournerait en ridicule s’il se lançait dans ce projet rebattu. On découvrira avec plaisir le prochain bébé de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière, et on aimerait bien les voir revenir, pourquoi pas, à un film plus terre-à-terre et moderne, toujours écrit et réalisé à quatre mains, à l’image du Prénom (2011), œuvre théâtrale et cinématographique prodigieuse.
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Film présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2024
16+ / 20
Fanny BL

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Extraits musicaux entendus dans le podcast ♫
♪ « Edmond et Mercédès », musique originale du film Le Comte de Monte-Cristo, composée par Jérôme Rebotier
♪ « La vie d’après », musique originale du film Le Comte de Monte-Cristo, composée par Jérôme Rebotier
♪ « Monte-Cristo raconte à Mercédès », musique originale du film Le Comte de Monte-Cristo, composée par Jérôme Rebotier
♪ « Le Trésor », musique originale du film Le Comte de Monte-Cristo, composée par Jérôme Rebotier
Vu au grand Rex (grande salle) tu connais ?
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