Festival Lumière de Lyon : 15ème édition d’un événement incontournable dédié au 7ème Art

C’est une première sur L’Oreille Cinéphile : en plus des critiques de films, interviews et podcasts à thème, voici un coup de projecteur sur l’un des plus gros festivals de Lyon et sa métropole : le Festival Lumière ! L’événement dédié au 7ème Art (à ne pas confondre avec la Fête des Lumières !), prévu du 12 au 20 octobre prochains, fêtera cet automne son 15ème anniversaire, et remettra le Prix Lumière à Isabelle Huppert pour récompenser l’ensemble de sa carrière. Historique, invités, temps forts de la programmation… Voici un récapitulatif de ce rendez-vous haut en couleurs !

Logo du Festival Lumière, édition 2024

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La machine à remonter le temps est lancée. Nous sommes en octobre 2009. La ville de Lyon accueille un immense réalisateur et acteur américain, à l’occasion d’un tout nouveau festival dédié au cinéma, organisé par Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière, ce temple du 7ème Art installé dans l’ancien Hangar des usines des frères Lumière, rue du Premier-Film, où les premiers ronronnements du Cinématographe ont retenti, en 1895. Clint Eastwood se voit alors remettre le premier Prix Lumière du festival qui récompense l’ensemble de sa carrière, après six jours d’événements variés, voués au cinéma de patrimoine : séances « classiques » ou spéciales, rétrospectives, ciné-concerts… sans oublier la cérémonie de remise du Prix Lumière à la célébrité concernée. Suivront Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Jane Fonda, Francis Ford Coppola, ou encore Tim Burton.

Depuis, le Festival Lumière n’a cessé de grandir, avec une programmation allongée et étoffée, des séances plus nombreuses 420 cette année, pour 160 films -, diffusées dans plus de salles de cinéma de la métropole de Lyon – une quarantaine cette année -, et des événements plus variés, avec notamment l’apparition des masterclasses, ou « discussions » entre les invités d’honneur et le public.

Ancien Hangar des usines des Frères Lumière © Velvet/Wikimedia Commons

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L’ADN de ce festival : la découverte. L’événement permet de se plonger dans un univers, une époque et un type de cinéma qu’on ne connaît pas forcément, et pourtant tout aussi intéressants. Sur ce point, les organisateurs n’ont pas froid aux yeux et naviguent toujours entre des grands classiques et des films beaucoup moins connus… Et ça marche ! Comme j’ai pu le constater depuis mon arrivée à Lyon en 2018, les salles sont pleines, remplies de spectateurs de tous âges, par exemple même pour Le Château de l’araignée d’Akira Kurosawa (1966), vieux film japonais en noir et blanc, loin d’être considéré comme « grand public », et pourtant si accessible quand on décide de sauter le pas !

La force de ce festival : il est 100% lyonnais, et reste donc à taille humaine, à la différence d’un gargantuesque festival de Cannes. Autre particularité : les séances, TRES nombreuses, sont TOUTES présentées sans exception, soit par l’un des invités d’honneur ou autre célébrité du milieu, par un journaliste spécialisé cinéma, ou encore par un membre de l’Institut Lumière de Lyon. On sent bien que les organisateurs sont aux petits soins avec leurs spectateurs pour leur apporter pleine satisfaction. C’est la vraie valeur ajoutée des séances « classiques ».

Après Catherine Deneuve en 2016, Jane Fonda en 2018, et Jane Campion en 2021, le Prix Lumière sera à nouveau féminin cette année. Il sera remis à Isabelle Huppert, l’une des actrices françaises les plus célèbres au monde qu’on ne présente plus, incarnation même de l’élégance, à la carrière riche et toujours florissante depuis ses débuts, dans les années 1970. Cannes, César, Golden Globe, et même une nomination aux Oscars… Son travail a été largement reconnu et récompensé. On se souvient de ce rôle stupéfiant de musicienne torturée dans La Pianiste de Michael Haneke (2001), ou encore de celui de cette victime d’un viol pourchassant son agresseur dans le troublant Elle de Paul Verhoeven (2016)… Mais ce ne sont que de rares exemples pour un parcours si dense.

Isabelle Huppert dans La Dentellière de Claude Goretta (1977) © Jupiter Communications

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Comédienne voyageuse, Isabelle Huppert a su se faire connaître d’abord aux Etats-Unis avec La Porte du paradis de Michael Cimino (1981), avant de conquérir le reste du globe. Multitâche, elle est capable de jouer tous types de rôles, dans plusieurs langues, et dans des styles cinématographiques différents : drame, comédie, western, thriller psychologique, etc. A travers un jeu qui contraste entre force et fragilité, elle nous a fait rire, peur, pleurer, râler, nous interroger… En somme, Isabelle Huppert représente la créativité au cinéma.

Le Festival Lumière rend hommage à cette boulimique du travail, qui est partout en même temps, comme si elle était doté de plusieurs doubles (maléfiques ou non), aussi bien dans des petits films que dans de grandes productions, à la fois au cinéma et sur les planches, dans des festivals, en tournage, en promotion, en membre d’un jury, en France, à l’étranger… Parmi les plus de 130 films dans lesquels elle a joué, une sélection de 14 d’entre eux seront diffusés lors du Festival, dont les incontournables Violette Nozière de Claude Chabrol (1978), La Pianiste de Michael Haneke (2001), et Elle de Paul Verhoeven (2016).

-> Et vous, quel est votre film préféré avec Isabelle Huppert ?

Isabelle Huppert dans Eva de Benoit Jacquot (2018) © EuropaCorp Distribution

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Le Festival Lumière est aussi un festival de rencontres, avec une douzaine d’invités d’honneur. L’idée, selon Maelle Arnaud, directrice de la programmation : « que les cinéastes et acteurs et actrices contemporains puissent parler de leur cinéphilie et la présenter aux spectateurs », avec pour mots-clés, la transmission et l’échange. Cette année, Lyon aura l’honneur d’accueillir l’actrice et chanteuse Vanessa Paradis (13 octobre) et le réalisateur Claude Lelouch (19 octobre). Côté international, le réalisateur canadien Xavier Dolan (13 et 14 octobre) et l’acteur américano-espagnol Benicio Del Toro (14 octobre) seront de la partie, mais aussi Icíar Bollaín (16 octobre), cinéaste espagnole et femme de Paul Laverty, (scénariste de Ken Loach), sans oublier le réalisateur franco-grec Costa-Gavras (14 octobre), et l’Italien Giuseppe Tornatore (15 octobre), à l’origine du génial Cinema Paradiso (1988).

Benicio Del Toro, invité d’honneur du Festival Lumière, dans A perfect day, un jour comme un autre de Fernando León de Aranoa © Fernando Marrero – REPOSADO P.C. and MEDIAPRODUCCIÓN S.LU

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Cette année, un nouveau type de masterclass sera organisé, davantage consacré à la cinéphilie des cinéastes qu’à leur actualité. La réalisatrice française Justine Triet (Anatomie d’une chute) a été choisie pour venir parler de sa découverte et son amour du 7ème Art, et de son rapport à l’histoire du cinéma, le mercredi 16 octobre, au Hangar de l’Institut Lumière.

Exit le cinéma français. Cette année, l’équipe du Festival Lumière choisit deux personnalités étrangères pour ses traditionnelles rétrospectives : Fred Zinnemann et Toshiro Mifune. Le premier, réalisateur américain dont le nom ne vous dit peut-être rien, est malgré tout une personnalité importante dans l’Histoire du 7ème Art, en particulier le Hollywood des années 50 et 60. Ses films, dont les plus connus, Le Train sifflera trois fois (1952) et Tant qu’il y aura des hommes (1953), « posent habilement au spectateur des questions fondamentales sur la société et l’humanité« , selon Maelle Arnaud, directrice de la programmation.

-> 13 long-métrages de Fred Zinnemann seront diffusés pendant le Festival.

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Quant à Toshirō Mifune, vous l’avez peut-être vu dans Les Sept samouraïs d’Akira Kurosawa (1954). L’acteur japonais a beaucoup joué pour ce réalisateur. Encore moins connu du grand public que Fred Zinnemann, il est pourtant tout aussi remarquable dans l’Histoire du cinéma. C’est un nouveau « risque » pris par l’équipe du Festival Lumière, qui invite, une fois de plus, le spectateur à explorer l’inconnu et à développer sa curiosité.

-> 12 films dans lesquels a joué Toshirō Mifune seront diffusés pendant le Festival, dont un qu’il a lui-même réalisé, L’Héritage des 500 000 (1963).

Prêts à avoir des frissons ? Ca tombe bien, puisque cette année, à quelques jours d’Halloween, la Nuit du Festival Lumière promet d’être épouvantable, avec la projection de 4 films d’horreur, de 20h30 jusqu’au petit matin (avec petit-déjeuner offert pour les plus courageux !) : Hérédité d’Ari Aster (2018), Les Griffes de la Nuit de Wes Craven (1984), L’Exorciste de William Friedkin (1973), et La Colline a des yeux d’Alexandre Aja (2006). Le réalisateur français, aujourd’hui l’un des maîtres du cinéma d’horreur, sera d’ailleurs présent à la Halle Tony Garnier de Lyon pour animer cette Nuit, « dans une ambiance qui s’annonce débridée et bon enfant« , selon Maelle Arnaud, directrice de la programmation. Alors rendez-vous le samedi 19 octobre… Si vous l’osez !

Robert Englund dans Les Griffes de la Nuit de Wes Craven © D.R

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De nombreux autres événements et séances spéciales sont prévus tout au long du Festival : un moment dédié aux enfants avec la projection du dessin animé Les Douze Travaux d’Astérix (13 octobre à la Halle Tony Garnier), un hommage à la cinéaste mexicaine Matilde Landeta – avec la diffusion de trois de ses films -, des avant-premières en présence des équipes des films (La Plus précieuse des marchandises de Michel Hazanavicius, Spectateurs ! d’Arnaud Desplechin…), ainsi que deux ciné-concerts autour de films muets (Vampyr de Carl T. Dreyer et Pêcheur d’Islande de Jacques de Baroncelli), les 17 et 19 octobre. Sans oublier les soirées d’ouverture et de clôture du Festival, et la cérémonie de remise du Prix Lumière, donc à Isabelle Huppert (18 octobre à l’Amphithéâtre – Centre de Congrès), point d’orgue de cette programmation.

Autre bon point concernant le Festival Lumière : il se veut accessible au plus grand nombre et à tous les publics, en organisant chaque année des séances dans des hôpitaux et établissements pénitentiaires de la métropole de Lyon. De plus en plus de séances avec sous-titrages pour les sourds et malentendants, ainsi que de l’audiodescription pour les mal-voyants et les aveugles, sont également organisées. Enfin, cette année la masterclass de Costa-Gavras (14 octobre) sera traduite en langue des signes. Une démarche d’inclusion que l’équipe du Festival souhaite développer davantage à l’avenir.

Costa-Gavras sur le tournage de Adults in the Room (2019) © Jessica Forde / KG Production

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Dénicheur de pépites, le Festival Lumière poursuit un seul et même objectif : creuser, aller toujours plus loin dans l’exploration, et titiller la curiosité du spectateur, pour que ce dernier accepte de se lancer dans cette folle aventure.

Le Festival Lumière n’aime pas le confort. Il est l’archéologue de la pellicule, le farfouilleur d’images, le défricheur du 7ème Art. Il pointe du doigt des œuvres de tous bords, de toutes nationalités, de tous types, pour rendre connu l’inconnu, et ne se trompe jamais sur la promesse d’un moment unique. Chaque projection se fait dans les règles de l’art, avec des films dans des copies restaurées, ou de la meilleure qualité possible, pour accroître le plaisir que produit un visionnage sur grand écran.

Le Festival aime aussi (et invite le spectateur à) se poser des questions sur la façon dont travaillaient les hommes et femmes cinéastes, selon leurs époque et pays d’origine, quels messages ils essayaient de véhiculer à travers leurs œuvres, et l’impact de leur travail sur les spectateurs lyonnais d’aujourd’hui.

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Le Festival Lumière permet de provoquer cette petite étincelle que l’on ressent quand on découvre une œuvre qui nous marque, et que l’on peut partager avec les autres cinéphiles, ensemble, en communion, lors de cette grande messe du cinéma.

Avec ce festival, quelque chose de spécial se produit à Lyon, chaque année à la mi-octobre, quand le ciel est encore bleu, et que les feuilles des arbres commencent à rougir. On ne saurait pas vraiment expliquer quoi… Serait-ce tout simplement la magie du cinéma ?

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Infos pratiques :

Festival Lumière de Lyon, 15ème édition, du samedi 12 au dimanche 20 octobre.

Billetterie ouverte !

Prix : 8€ la séance « normale ». 6€ avec accréditation. Séances spéciales entre 20 et 25€.

Accréditation : 14€. Gratuit pour les moins de 26 ans.

-> Tout le détail est à retrouver ici.

Le film de la cérémonie de clôture, le 20 octobre, n’est pas encore annoncé.

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