Si vous n’avez pas le temps ou l’envie de lire, vous pouvez écouter la critique du film ici en version podcast !
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Quand on dit « l’autre James », on parle bien sûr de James McAvoy (My Son), acteur écossais formidable qui incarne le rôle principal dans Speak No Evil, et sans qui le film de James Watkins aurait beaucoup moins d’intérêt… On vous explique en détails pourquoi !
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Louise (Mackenzie Davis), Ben (Scoot McNairy) et leur fille de 12 ans, Agnes (Alix West Lefler), rencontrent une charmante famille britannique lors de leurs vacances en Italie. Un peu plus tard, Paddy (James McAvoy), Ciara (Aisling Franciosi) et leur fils Ant (Dan Hough) les invitent à passer le week-end dans leur ferme en Angleterre. La famille américaine accepte. Mais elle constate un comportement parfois étrange chez ses hôtes, même très malaisant, voire carrément flippant…
On se souvient (ou pas) de La Dame en noir, réalisé par James Watkins en 2012, avec Daniel Radcliffe dans le rôle du héros, ce pseudo-film d’horreur finalement plus drôle qu’effrayant. Depuis, le réalisateur américain n’a, semble-t-il, pas fait grand-chose, hormis le film d’action Bastille Day (2016), et des séries plutôt méconnues, McMafia (2018) et Harry Palmer : The Ipcress File (2022). Mais c’était avant de découvrir le fantastique James McAvoy, de plus en plus connu du grand public grâce à ses rôles du professeur Charles Xavier dans la récente série de films X-Men (2011-2019), du clown maléfique dans Ca : Chapitre 2 (2019), et surtout de Kevin Wendell Crumb, un homme très perturbé psychologiquement en raison de ses 23 personnalités différentes, dans Split (2017) et Glass (2019), de M. Night Shyamalan. L’acteur écossais n’avait clairement plus besoin de faire ses preuves.

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Vous ne le saviez peut-être pas, mais Speak No Evil est un remake du film danois Ne dis rien de Christian Tafdrup (sorti en 2022 en VOD). Bien qu’on n’ait pas vu son prédécesseur, le long-métrage de James Watkins a l’air d’en être une copie conforme, avec, pour seules différences, les nationalités des deux familles, et la fin (selon cet article d’Allociné, attention spoilers). Maintenant qu’on a cette information, le film baisse un peu dans notre estime… Mais tâchons tout de même d’en faire la critique pour lui seul.
Tout d’abord, si vous vouliez vous amuser à vous faire peur avec ce film, passez votre chemin ! Contrairement à ce que l’affiche et la bande-annonce pourraient laisser croire, Speak No Evil n’est pas horrifique : il s’agit plutôt d’un thriller psychologique angoissant, avec beaucoup de suspense. Le scénario est bien ficelé et contient des détails travaillés avec discipline, avec une tension qui monte crescendo, comme un piège qui se referme tout doucement, jusqu’à un twist final plutôt convaincant… Un malaise renforcé par une musique oppressante, signée Danny Bensi et Saunder Jurriaans.

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Les scènes d’ouverture et de clôture sont plutôt réussies sur le plan esthétique. On est tout de suite plongés dans l’ambiance, dès le début du long-métrage. Les décors, naturels, sont très bien choisis, surtout celui de la ferme, où se passera la quasi-totalité de l’histoire. Ce lieu perdu en Angleterre isole davantage nos héros et renforce le sentiment claustrophobique chez le spectateur. Quant à la maison des Field, très jolie vue de l’extérieur, mais décrépite à l’intérieur, elle pourrait être un personnage à part entière, surtout lors du dernier acte.
A travers ses personnages, James Watkins nous montre les mécanismes malsains et toxiques de la manipulation psychologique. L’histoire aborde avec justesse les notions de famille et de foyer, remet en cause les conventions sociales, et explore le symbole de l’enfance et le passage à l’âge adulte, notamment avec le doudou de la fillette, élément très important dans le film.
Seul reproche qu’on pourrait éventuellement faire à ce film : un regard peut-être un peu trop manichéen, avec une distinction trop nette entre le bien et le mal. Il semblerait que le film original ait voulu transmettre un message plus subtil sur la relation entre les « gentils » et les « méchants » de l’histoire, alors que Speak No Evil propose une réalisation très « américaine » traditionnelle, notamment pour la scène finale, hormis un passage – heureusement assez court – qui pourrait choquer les âmes sensibles.

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On doit dire qu’on a été assez surpris par ce film : on ne s’attendait pas à autant de qualité dans l’écriture et la mise en scène, même si Christian et Mads Tafdrup (scénaristes du film original) avaient, semble-t-il, mâché une partie du travail. En revanche, on ne doutait pas une seconde de la qualité de jeu de James McAvoy. L’acteur est époustouflant dans la peau de ce personnage très ambigu, qui peut à la fois séduire et susciter l’effroi, parfois de manière très brève et en toute subtilité, par un simple coup d’œil ou un sourire. On l’avait déjà vu dans Split, mais il peut exprimer d’infimes nuances d’émotions avec beaucoup de maîtrise. Rappelons tout de même que James McAvoy est aussi capable de jouer d’autres rôles que des psychopathes, comme celui de ce père courageux dans My Son de Christian Carion en 2021 (pour lequel, précisons-le, il a découvert le scénario au fil du tournage et a beaucoup improvisé) ! Une chose est sûre pour Speak No Evil : il porte le film, et ce dernier n’aurait pas du tout la même saveur sans sa présence et son charisme.
L’acteur arrive d’ailleurs à un tournant de sa carrière, puisque comme comme beaucoup d’autres, il s’apprête à passer à la réalisation ! Le film s’appellera California Schemin’ et sera tiré d’une histoire vraie, sur deux rappeurs écossais qui se sont fait passer pour des stars aux Etats-Unis, dans les années 1990. Aucune date de sortie n’a été annoncée pour l’instant, mais James McAvoy devrait également jouer dedans… En tous cas, on a hâte de découvrir cette nouvelle facette de son métier !
15 / 20
Fanny BL

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Extraits entendus dans le podcast ♫
· Extraits de deux bande-annonces de Speak No Evil en version française ;
♪ « Less of a Man », tiré de la musique originale de Speak No Evil, composée par Danny Bensi et Saunder Jurriaans ;
♪ « Drowning », tiré de la musique originale de Speak No Evil, composée par Danny Bensi et Saunder Jurriaans ;
♪ « Easy on you », tiré de la musique originale de Speak No Evil, composée par Danny Bensi et Saunder Jurriaans
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