« Quand vient l’automne » : La critique + L’interview de l’équipe du film

Merci aux équipes du Pathé Bellecour et du Comoedia de Lyon d’avoir permis cette interview

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François Ozon poursuit son rythme effréné d’un film par an en moyenne. Après Mon Crime (2023) et Peter von Kant (2022), le cinéaste est donc déjà de retour avec Quand vient l’automne, petit film de rentrée bien sympathique, mettant une actrice de 80 ans au premier plan, et dont le thème de la récolte des champignons colle bien à la saison actuelle. Alors, peut-on ranger ce nouveau long-métrage dans la catégorie des meilleurs de François Ozon ?

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Michelle (Hélène Vincent) vit sa retraite paisiblement dans un petit village de Bourgogne, près de sa meilleure amie, Marie-Claude (Josiane Balasko). Sa fille Valérie (Ludivine Sagnier) et son petit-fils Lucas (Garlan Erlos) viennent lui rendre visite pour les vacances de la Toussaint… Suivront une série d’événements imprévus qui troubleront la quiétude de Michelle.

Après plusieurs adaptations (Mon Crime, Peter von Kant), François Ozon revient à l’écriture d’un scénario original, bien ancré dans le réel (sauf un élément qu’on ne dévoilera pas), à partir de son histoire personnelle et de souvenirs d’enfance liés à un repas de famille qui a mal tourné. Il situe l’action en Bourgogne (région peu filmée au cinéma), et choisit comme héroïne, une dame de 80 ans. Osé ! Et cela fonctionne. Exit le film mou du genou : Hélène Vincent, jusqu’ici principalement vue en rôle secondaire dans des comédies (Colocs de choc), illumine l’écran dans la peau de cette femme âgée, en apparence « mamie gâteau », mais dont la psychologie et les intentions s’avèrent bien plus complexes. Elle permet au spectateur de rester attentif à l’intrigue et de ne jamais s’ennuyer.

Hélène Vincent alias Michelle © 2024 – FOZ- FRANCE 2 CINEMA – PLAYTIME

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Même si Quand vient l’automne se présente comme un thriller psychologique, ce nouveau film détonne de Mon Crime, avec une mise en scène en toute simplicité et en douceur. Sur le plan visuel, François Ozon montre adroitement le contraste entre la ville et la campagne perdue, avec une nature très présente à l’image, grâce à des décors naturels magnifiques (tournés à Donzy, près de Cosne-sur-Loire), et bien en phase avec la saison actuelle. Les couleurs, les lumières et les sons ambiants sont réussis, et nous mettent dans une ambiance automnale calme, même si l’intrigue en est tout autre, renforcée par une musique signée Sacha et Evgueni Galperine, qui avaient déjà œuvré sur Grâce à Dieu (2019). François Ozon soigne toujours sa photographie en plus de tout le reste : la mission est accomplie, une fois de plus.

L’un de ses thèmes de prédilection : la mort, une fois de plus très présente tout au long du film, avec une tension sous-jacente palpable et permanente qui en découle. Le cinéaste évoque aussi, toujours avec habileté, le deuil – et tout ce qui suit -, la sénilité, le doute, les remords, la culpabilité… mais aussi la conception du pardon, et du droit à une deuxième chance. Les notions de bien et de mal sont étudiées à la loupe, nous incitant à nous demander ce qui fait de nous une « bonne » ou une « mauvaise » personne. Difficile de trouver une réponse simple quand on commence à découvrir le passé de chaque personnage, en particulier ceux de Michelle et Marie-Claude, mais aussi et surtout, celui de Vincent, interprété par Pierre Lottin, époustouflant dans ce rôle de jeune homme ambigu et mystérieux.

Pierre Lottin et Hélène Vincent © 2024 – FOZ- FRANCE 2 CINEMA – PLAYTIME

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« Avec nos gosses on a tout raté », dira le personnage de Marie-Claude. Quand vient l’automne étudie les relations mère-fille et mère-fils, les questions de parentalité et d’héritage. A travers l’exploration des sentiments humains (qui rappelle fortement le style de Woody Allen), le film nous raconte des relations familiales compliquées, compensées par une amitié très forte et de longue date entre deux femmes âgées, qui partagent tout et s’entraident, une relation de sororité qui fait d’ailleurs écho au duo féminin de Mon Crime.

François Ozon aime jouer sur la duplicité de ses personnages et de son intrigue, pour laisses le spectateur libre de faire l’interprétation qu’il souhaite. Voilà des points positifs supplémentaires pour Quand vient l’automne, qui n’est pas le meilleur film du cinéaste, mais pas le pire non plus – d’ailleurs, on n’en connaît pas vraiment de « pire », on emploierait plutôt le terme de « moins bon » s’il fallait vraiment en citer un. On avait largement préféré Mon crime, Été 85 (2020) ou encore Grâce à Dieu (2019), plus rythmés et percutants, mais dans des registres totalement différents. On vous conseille malgré tout d’aller découvrir ce 23ème long-métrage… Il vous permettra au moins d’y réfléchir à deux fois avant de manger des champignons !

Garlan Erlos et Hélène Vincent © 2024 – FOZ- FRANCE 2 CINEMA – PLAYTIME

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