Ecoutez la critique du film en version podcast ci-dessous !
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Exit la comédie et la légèreté : après Le Grand Bain (2018), place au sérieux. Pour son deuxième long-métrage en tant que réalisateur solo, Gilles Lellouche propose un conte sombre et peu romantique, contrairement à ce que son titre laisse croire. Alors, le résultat est-il si « ouf » que ça ?
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Dans le nord de la France des années 80, Jackie (Mallory Wanecque, puis Adèle Exarchopoulos), lycéenne sérieuse, tombe éperdument amoureuse de Clotaire (Malik Frikah, puis François Civil), jeune voyou qui a quitté l’école. Une série d’événements tragiques vont les séparer. Dix ans plus tard, arriveront-ils à se retrouver ?
Les fans des années 80 vont être servis : après une scène d’ouverture plutôt réussie, ils seront immédiatement plongés dans l’ambiance de cette époque, notamment grâce à une bande de personnages qui rappelle parfois La Boum de Claude Pinoteau (1980), mais aussi grâce à une superbe bande originale, composée de chansons de The Cure, New Order ou encore Prince.

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C’est décidément une sorte de mode : L’Amour ouf, adapté du roman de Neville Thompson (Jackie Loves Johnser OK? publié en 1997), est une sorte d’objet cinématographique non identifié, en raison d’un mélange des genres : drame, thriller, polar, romance… Gilles Lellouche qualifie lui-même son film de « comédie romantique ultra-violente », ce qui n’est pas totalement faux. Sur le plan technique, le réalisateur s’amuse beaucoup avec sa caméra : il « teste » différentes façons de filmer (à l’envers, en rouge, en version floue…). Il y a de bonnes idées, mais à la longue, ce cocktail de techniques devient fatigant pour la rétine.
Le gros point noir de L’Amour ouf : sa durée (2h40), ou plutôt, la façon dont on sent le temps passer. La première partie du film semble interminable, jusqu’à une scène de basculement qui capte enfin réellement notre attention. On a la sensation de respirer un peu plus quand Adèle Exarchopoulos et François Civil apparaissent à l’écran. Car on ne va pas se mentir : c’est bien pour eux qu’on est venu au départ, et ce sont clairement eux qui portent le film.

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Le long-métrage comporte certes un casting de ouf (c’est le cas de le dire), mais cela ne suffit pas toujours. Adèle Exarchopoulos et François Civil sont aussi brillants qu’à leur habitude et proposent chacun un jeu remarquable, une fois de plus. Les seconds rôles sont tout aussi convaincants, incarnés par une brochette d’acteurs en vogue : Vincent Lacoste, Raphaël Quenard, Jean-Pascal Zadi, Karim Leklou, Alain Chabat, et même Benoît Poelvoorde, impeccable dans la peau de ce « Parrain à la française ». Concernant les rôles de Jackie et Clotaire jeunes, seul Malik Frikah (jusqu’ici danseur de hip-hop) parvient à nous captiver un peu, face à une Mallory Wanecque assez fade, et beaucoup moins persuasive que dans Pas de vagues de Teddy Lussi-Modeste (2024) – on ne l’avait même pas reconnue, c’est dire.
Malgré la participation de la formidable Audrey Diwan (L’Amour et les Forêts, en tant que scénariste) et d’Ahmed Hamidi (co-scénariste du Grand Bain), on n’a pas pu s’empêcher de tiquer face à l’éternel cliché misogyne de la jeune fille sage qui s’éprend du bad boy. On s’attendait à un grand couple de cinéma comme ceux qui ont marqué l’Histoire du 7ème Art (on pense à celui de Jeux d’enfants de Yann Samuell pour en citer un frenchie), empreints de passion et d’ardeur, mais il n’en est rien. Même si cette histoire d’amour est tendre et attachante, il manque un peu d’âme pour que le résultat soit vraiment concluant. On a du mal à croire à l’alchimie entre les deux héros, du moins quand ils sont incarnés par les jeunes acteurs. En dehors de celui de l’amour, L’Amour ouf évoque d’autres thèmes forts, mais sans trop les creuser davantage : les différences de classes, les difficultés du monde ouvrier, ou encore la réinsertion des anciens détenus.

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La fin laisse par ailleurs dubitatif. Le film aurait pu se terminer légèrement plus tôt, avec une scène précise à laquelle on pense (on vous laisse la trouver), qui aurait pu, selon nous, donner lieu à une fin parfaite. Mais Gilles Lellouche a voulu aller encore plus loin, avec deux scènes supplémentaires totalement inutiles.
Une chose est sûre : le réalisateur maîtrise beaucoup mieux le registre de la comédie que celui du drame. Sans hésitation, on a largement préféré Le Grand Bain, beaucoup plus entraînant, dynamique et mieux rythmé, qui semblait fonctionner comme sur des roulettes, de manière simple et efficace. Gilles Lellouche a sorti l’artillerie lourde pour ce film à gros budget (plus de 35 millions d’euros) et se prend trop au sérieux, pour finalement rater une partie de son œuvre. Le mieux est l’ennemi du bien, Monsieur Lellouche…
12+ / 20
Fanny BL
Film présenté en compétition au Festival de Cannes 2024

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Extraits entendus dans le podcast ♫
· Extrait de la bande-annonce du film
♪ « A Forest » de The Cure, tiré de la bande originale du film
♪ « Make Up, School and Flamby », tiré de la musique originale de L’Amour ouf, composée par Jon Brion ;
♪ « Jackie and Jeffrey », tiré de la musique originale de L’Amour ouf, composée par Jon Brion ;
♪ « First Time, First Eclipse », tiré de la musique originale de L’Amour ouf, composée par Jon Brion
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