Invité d’honneur au Festival Lumière 2019à Lyon, Francis Ford Coppola nous parlait déjà de Megalopolis ! Ecoutez vite le podcast ci-dessous :
Merci aux équipes de l’Institut Lumière de Lyon pour cette conférence de presse (oct 2019).
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« Megalopolis » de Francis Ford Coppola : La mégalomanie à son paroxysme
Il était annoncé depuis longtemps comme le chef-d’œuvre d’une vie, mais produit finalement l’effet inverse : Megalopolis ne convainc pas. Pire : c’est un échec cuisant, critique et commercial. Le 27ème long-métrage de Francis Ford Coppola, sorti en septembre dernier, est désormais nommé aux Razzie Awards 2025 dans pas moins de cinq catégories : pire film, pire réalisation, pire scénario, pire duo à l’écran, et pire acteur dans un second rôle, pour Shia LaBeouf et Jon Voight (réponse le 1er mars)… L’occasion, pour L’Oreille Cinéphile, de revenir sur ce film, qu’elle considère comme le flop de l’année 2024 !
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Dans un monde en pleine décadence, la ville de New Rome est le théâtre d’un conflit majeur. César Catilina (Adam Driver), artiste de génie ayant le pouvoir d’arrêter le temps, face au maire archi-conservateur, Franklyn Cicero (Giancarlo Esposito). La fille du maire, Julia Cicero (Nathalie Emmanuel), est tiraillée entre son père, et César, dont elle est amoureuse. Ensemble, ils devront tenter d’obtenir le meilleur pour l’avenir de l’humanité.
Francis Ford Coppola nous promettait monts et merveilles avec ce Megalopolis qu’il préparait depuis environ 40 ans. Un projet faramineux, qui a donc suscité beaucoup d’attentes… probablement trop. Le point de départ était pourtant aguicheur : une épopée romaine dans une Amérique futuriste imaginaire. Pourquoi pas. Le réalisateur aborde une réflexion certainement intéressante sur le futur d’une civilisation, l’utopie, ou encore la cupidité, ce désir immodéré d’argent et de richesses. Il nous raconte une sorte de « chute de Rome nouvelle génération », liée à la corruption, les jeux de pouvoir etc., et due à l’absence de visionnaire ayant les épaules pour réfléchir correctement. Il fait preuve d’imagination avec le « Mégalon », ce métal précieux et révolutionnaire. Enfin, il utilise des symboles forts et captivants, comme le pouvoir d’arrêter le temps, qui représente la connexion amoureuse entre les personnages de César et Julia.

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Mais voilà, tout cela ne suffit pas. N’y allons pas par quatre chemins : le film, dans son ensemble, est ennuyeux, et comporte beaucoup trop de passages creux et de longueurs. Déjà parce que l’histoire se concentre principalement sur la lutte entre les protagonistes pour avoir le pouvoir et l’argent, ce qui fait vite stagner l’intrigue. Il devient alors difficile de s’immerger dans un univers à la fois vaste et complexe, et d’adhérer à ce qui ressemble à un délire. Coppola vit son rêve tout seul, et on a du mal à le suivre. Le scénario comporte quelques incohérences ou suscite des incompréhensions. Parfois, on sent que le cinéaste ne va pas au bout de ses idées, et c’est dommage.

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Au casting, Adam Driver, sorte d’architecte du futur, ne propose clairement pas son meilleur rôle. On l’avait largement préféré dans Marriage Story de Noah Baumbach (2020), Annette de Leos Carax (2021), ou encore L’Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam (2018), même si le registre de ces films est complètement différent. L’acteur américain donne la réplique à Nathalie Emmanuel, convenable, mais surtout jolie, qui, elle aussi, nous avait davantage éblouis ailleurs, à savoir dans la série Game of Thrones. Le reste du casting tient la route, même si on est lassés de voir Shia LaBeouf dans un énième rôle de méchant connard. Seul Giancarlo Esposito, star de Breaking Bad et de Better Call Saul, entre autres, est plutôt convaincant.
À l’image d’un Clint Eastwood (94 ans) ou d’un Woody Allen (89 ans), Francis Ford Coppola (85 ans) est un réalisateur vieillissant, qui devient presque, avec un film comme Megalopolis, une caricature de lui-même. Il serait vraiment temps de se remettre en question et de laisser la place aux jeunes. De toute façon, L’Oreille Cinéphile n’a jamais été particulièrement fan de l’œuvre de Coppola à la base… Sans pour autant nier son talent. Elle n’y allait donc pas en conquérante, mais tout de même avec une certaine curiosité, vu la façon dont ce projet a été « vendu ».

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Megalopolis a nécessité un budget d’environ 120 millions de dollars, obligeant Francis Ford Coppola a à revendre une partie de ses vignes, son autre grande activité professionnelle. Tout cet argent dépensé pour un tel résultat… Quel gâchis. Et pourtant. Coppola s’acharne, et serait déjà en train de préparer non pas un, mais deux nouveaux films ! Le premier, Glimpses of the Moon, est présenté comme « une comédie musicale dans le style des années 1930, à l’ambiance étrange », selon les mots du réalisateur. Il s’agirait d’une adaptation du roman éponyme écrit par Edith Wharton, et la production devrait commencer en ce début d’année. Le cinéaste aurait également planifié son « ultime » film, Distant Vision, qu’il décrit comme « immense », et « encore plus ambitieux que Megalopolis »… Il est vraiment temps d’arrêter la mégalomanie, Monsieur Coppola !
7 / 20
Fanny BL
Film présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2024

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