« Oxana » : La critique + L’interview de la réalisatrice Charlène Favier




Remerciements au cinéma Comoedia de Lyon d’avoir permis cette interview

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Son premier long-métrage, Slalom (2021), lui avait valu deux nominations aux César et avait déjà tapé dans l’œil de L’Oreille Cinéphile. Après La Fille qu’on appelle (2023), diffusé sur Arte, Charlène Favier continue de tracer son sillage féministe avec Oxana, un film percutant qui raconte les origines du mouvement Femen, à travers le parcours de l’une de ses fondatrices, Oksana Chatchko.

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Ukraine, 2008. La jeune Oksana (Albina Korzh) et son groupe d’amies multiplient les actions pour protester contre leur gouvernement et défendre les droits des femmes, avec des slogans peints sur leurs poitrines et des couronnes de fleurs dans leurs cheveux. C’est ainsi que naîtra le mouvement Femen.

Après celui d’une skieuse professionnelle harcelée sexuellement par son entraîneur dans Slalom, et d’une étudiante violée par le maire de sa ville dans La Fille qu’on appelle, Charlène Favier dresse le portrait d’une autre combattante : celui d’une artiste, activiste et réfugiée politique ukrainienne, qui a risqué sa vie maintes fois pour faire entendre sa voix. A partir d’un scénario écrit à six mains – avec Antoine Lacomblez et Diane Brasseur -, la réalisatrice s’inspire librement de la vie d’Oksana Chatchko, cette militante qui fut la première à utiliser son corps à des fins politiques. On se plaît à rencontrer cette nouvelle héroïne, forte et fragile à la fois, et à suivre ce nouveau parcours d’émancipation.

Oksana Zhdanova, Albina Korzh et Lada Korovai © 2024 Rectangle Productions 247 – Films Hero Squared – France 3 cinema

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Exit la linéarité : Charlène Favier choisit un récit entrecoupé de flashbacks. Comme dans ses deux longs-métrages précédents, la cinéaste décrypte la fin de l’innocence des femmes, due à leur condition et au poids du patriarcat, mais aussi la lutte contre l’injustice sociale et la défense de la démocratie. Son film a une fonction didactique : il recontextualise les faits avec subtilité, et explique à la fois d’où vient ce mouvement – sans devenir une page Wikipédia cinématographique -, et la raison pour laquelle ces femmes ont protesté de cette manière, à savoir seins nus. En découle une œuvre engagée, aux allures de documentaire, pleine de symboles forts, qui instruit les spectateur.i.c.es de façon maîtrisée.

La vraie histoire des origines du mouvement Femen se passe en partie en Ukraine et en Biélorussie, dans un passé assez récent – il y a 17 ans -, mais elle pourrait complètement s’appliquer à la situation actuelle de notre pays, ou même ailleurs en Europe. Oxana nous rappelle que les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis, y compris en France, où se déroule une bonne partie du film. Charlène Favier nous montre aussi la perte de sens possible au sein d’un même mouvement, selon son évolution, et la naissance de conflits entre ses membres, pourtant censés être solidaires.

Albina Korzh alias Oksana Chatchko © 2024 Rectangle Productions 247 – Films Hero Squared – France 3 cinema

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C’est la première fois qu’on la découvre au cinéma, du moins en France : Albina Korzh incarne avec une grande justesse Oksana Chatchko, cette jeune femme pleine de colère, forcée de combattre ses propres démons (un père alcoolique, puis une situation précaire à son arrivée à Paris) en plus de ceux de l’extérieur, qui tentera de trouver son équilibre à travers l’art – elle détourne des peintures d’icônes orthodoxes de manière provocante – mais dont l’esprit finira par basculer dans l’errance. L’actrice ukrainienne impressionne par l’authenticité de son jeu, qui met en valeur l’aspect fascinant et mystique d’Oksana. Concernant le reste du casting, on retrouve avec plaisir Noée Abita, l’actrice principale de Slalom, dans un rôle plus petit, mais tout aussi seyant.

Depuis 2013-2014, les Femen protestent partout en France, et tentent de faire passer des messages forts sur les droits des femmes, encore fragiles. L’un sert l’autre : Oxana fait partie de ces films plus que jamais nécessaires, tout comme Les Femmes au balcon de Noémie Merlant (2024), le documentaire Riposte féministe de Marie Perennès et Simon Depardon (2022), ou même le biopic Maria de Jessica Palud (2024). On dit merci à ces cinéastes, qui osent braver le regard sévère de la société patriarcale pour instruire avant de divertir, informer… et peut-être guérir.

18/20

Fanny BL

Albina Korzh et Maryna Koshkina © 2024 Rectangle Productions 247 – Films Hero Squared – France 3 cinema

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