« La Venue de l’avenir », de Cédric Klapisch : Du pain béni pour les nostalgiques

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Beauté du récit, réflexion habile sur notre société, rapports humains poétiques… Qu’on se le dise : les films de Cédric Klapisch sont globalement des valeurs sûres. Depuis ses débuts de cinéaste dans les années 80, chacun de ses longs-métrages est comme un petit bonbon : doux, savoureux et pétillant, parfois acidulé. On en ressort revigorés et heureux. Que demander de plus ?

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Une trentaine de personnes issues d’une même famille apprennent qu’elles vont recevoir en héritage une maison abandonnée depuis des années. Quatre d’entre eux, Seb (Abraham Wapler), Abdel (Zinedine Soualem), Céline (Julia Piaton) et Guy (Vincent Macaigne), sont chargés d’en faire l’état des lieux. Ces lointains cousins vont alors découvrir des trésors cachés, et se lancer sur les traces d’une mystérieuse Adèle (Suzanne Lindon), qui a quitté sa Normandie natale à l’âge de 20 ans, pour se rendre à Paris, en 1895.

Humain : ce mot à lui seul pourrait résumer le cinéma de Cédric Klapisch. Chacun cherche son chat (1996), L’Auberge Espagnole (2002), En Corps (2022)… Dans ses longs-métrages, le réalisateur a toujours su disséquer les relations familiales, amicales et professionnelles du quotidien avec finesse, et parler de la banalité avec une certaine élégance, ce qui explique qu’il arrive à toucher un grand nombre de spectateurs. Avec La Venue de l’avenir, il va un peu plus loin (précisons qu’on n’a pas vu Peut-être, dans lequel il explore la science-fiction), en y ajoutant un nouvel élément : le voyage dans le temps. Mission accomplie : le résultat est esthétique et captivant.

Vincent Macaigne, Zinedine Soualem, Julia Piaton, Abraham Wapler © STUDIOCANAL – COLOURS OF TIME – CE QUI ME MEUT – Emmanuelle Jacobson Roques

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Robes à froufrous, chapeaux enrubannés, omnibus à cheval… Les décors et costumes de La Venue de l’avenir, absolument grandioses, donnent lieu à une reconstitution historique réussie, et nous mettent tout de suite dans une ambiance d’époque : celle de la fin du XIXème siècle, marquée par la révolution industrielle et culturelle, puisqu’elle signe les débuts de la photographie et la naissance du mouvement de peinture impressionniste. S’y ajoute un soupçon de magie, qui rappelle le Minuit à Paris de Woody Allen (2011), mais aussi, vaguement, La belle époque de Nicolas Bedos (2019), pour le côté nostalgique. En plus du voyage temporel, Cédric Klapisch nous invite à en réaliser un autre, introspectif, à travers la généalogie des quatre cousins. Il mêle l’histoire avec un grand H à celle, intime, des personnages principaux, ce qui donne un film double – dans le bon sens du terme.

Pour incarner l’un de ces cousins : Abraham Wapler, sorte de « réplique » de François Civil, acteur récurrent dans la filmographie récente de Cédric Klapisch… Au premier abord, on a eu peur que le comédien soit là uniquement à cause de sa belle gueule, mais finalement il fait le job correctement. Le reste du casting, composé de multiples stars et de « filles et fils de… », dont beaucoup de comédiens et comédiennes nouvelle génération, tient la route.

Vassili Schneider, Suzanne Lindon, Paul Kircher © STUDIOCANAL – COLOURS OF TIME – CE QUI ME MEUT – Emmanuelle Jacobson Roques

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Le principal atout de La Venue de l’avenir : son histoire, très prenante. On se plaît à alterner le passé et le présent, même si la plupart des scènes sont beaucoup trop courtes : Cédric Klapisch ne prend pas assez son tempsParadoxe : dans son récit (qu’il a co-scénarisé une fois de plus avec Santiago Amigorena), le réalisateur aborde de manière subtile notre rapport à la lenteur, notamment à travers l’addiction au téléphone portable et l’invasion des réseaux sociaux dans notre quotidien. Comme dans Deux Moi et Ce Qui Nous Lie, il propose aussi une réflexion habile sur le « progrès », qui peut être positif comme négatif, par exemple avec la maison familiale menacée d’être transformée en un supermarché géant.

Il y a toujours, dans l’œuvre de Cédric Klapisch, des petits instants de poésie et de délicatesse (notamment la scène avec la chanteuse Pomme), qui viennent confirmer son statut de spécialiste de la comédie sociale. Comme dans Ce Qui Nous Lie, le cinéaste étudie la transmission, mais cette fois, à deux échelles : celle du cercle familial restreint, et celle, plus large, de l’héritage artistique laissé par la peinture et la photographie. Une démarche didactique, qui permet aussi de réviser ses classiques et d’admirer quelques toiles de maîtres.

Abraham Wapler alias Seb © STUDIOCANAL – COLOURS OF TIME – CE QUI ME MEUT – Emmanuelle Jacobson Roques

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On aime le cinéma de Cédric Klapisch et on y reste attachés. Il est clair que le réalisateur a plus d’un tour dans son sac, et qu’il n’a pas encore fait tout le tour de son œuvre. Il propose ici probablement le film le plus ambitieux de sa carrière, pour sa grandeur cinématographique et tous les moyens mis en œuvre en matière de décors, de costumes et de figurants. Mais voilà, Klapisch fait du Klapisch. Alors si vous étiez lassés devant son précédent long-métrage, En Corps, passez votre chemin. Mais si vous aimez déjà le style du réalisateur, vous apprécierez forcément son petit dernier, sans faire de chichis !

18 / 20

Fanny BL

Film présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2025

© STUDIOCANAL – COLOURS OF TIME – CE QUI ME MEUT – Emmanuelle Jacobson Roques

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