Origines du film, thème de l’IA, conditions de tournage… Yann Gozlan et Cécile de France nous disent tout dans ce podcast !
Remerciements à Romuald Miaux et Vanessa Grellier des cinémas Pathé et UGC Grand Lyon d’avoir permis cette interview
.
Dalloway, de Yann Gozlan: Le pire cauchemar des technophobes
Hier, les oiseaux avec Hitchcock… Aujourd’hui, l’Intelligence Artificielle avec Yann Gozlan ! En l’espace de 62 ans, les angoisses qui taraudent notre société ont bien changé… Et ça, le maître du suspense français l’a bien compris. Après Visions (2023) et Boîte noire (2021), il propose un nouveau thriller effrayant de réalisme, aux allures de science-fiction, qui ne vous laissera certainement pas de marbre.
.
Clarissa (Cécile de France), romancière en mal d’inspiration, rejoint une résidence d’artistes prestigieuse à la pointe de la technologie. Elle trouve en Dalloway, son assistante virtuelle (Mylène Farmer), un soutien, et même une confidente qui l’aide à écrire. Mais, peu à peu, Clarissa éprouve un malaise face au comportement de plus en plus intrusif de son IA. Elle se lance alors secrètement dans une enquête pour découvrir la vérité.
On prend les mêmes, et on recommence… ou presque ! Pour son sixième long-métrage, adapté librement du roman Les Fleurs de l’ombre de Tatiana De Rosnay (2020), Yann Gozlan continue ce qu’il sait faire de mieux : épouvanter son spectateur à partir d’éléments du réel. Dans Dalloway, le réalisateur français réutilise des thèmes qui lui sont chers – les nouvelles technologies et l’écriture -, et choisit cette fois Cécile de France comme héroïne – on retrouvera son chouchou Pierre Niney dans son film suivant, Gourou, en salles le 28 janvier 2026.

.
Voitures autonomes, drones, robots, caméras omniprésentes, épidémies (le « Molivirus » remplace le Covid)… Le récit dystopique de Dalloway, co-écrit par Yann Gozlan et Nicolas Bouvet, nous plonge dans un futur très proche, avec tous ces éléments qui rendent l’histoire davantage crédible et authentique, et une mise en scène toujours inventive et rythmée. Ce scénario catastrophe frôle parfois la science-fiction, à la manière du Minority Report de Steven Spielberg (2002), et pose la question de la place de l’Intelligence Artificielle dans les domaines de l’inspiration et de la créativité artistique.
Si Visions se situait à un niveau légèrement en-dessous de l’extraordinaire Boîte noire, on retrouve, dans Dalloway, une grande maîtrise du thriller psychologique. Comme à son habitude, Yann Gozlan instaure une ambiance très hitchcockienne, anxiogène et oppressante, avec une montée en puissance crescendo qui nous tient en haleine jusqu’au point d’orgue final. Il aborde une réflexion forcément intéressante et en phase totale avec l’actualité, sur le développement de l’IA, mais aussi et surtout sur son côté invasif, et le basculement qui peut se produire quand elle « se détraque », comme l’ordinateur HAL 9000 dans 2001 : l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968).

.
A travers la relation entre Clarissa et son assistante virtuelle, métaphore du conflit entre l’Homme et la machine, Yann Gozlan interroge le spectateur sur l’addiction aux nouvelles technologies, et sur la singularité de l’être humain, toujours dans le domaine artistique en particulier. Le réalisateur se demande « qui est le vrai créateur ? » et insiste sur l’ambivalence de l’omniprésence de cette voix, qui sert d’abord de repère et de refuge psychologique à l’héroïne, pour lutter contre la solitude et la difficulté à écrire. On peut facilement s’identifier à ce personnage, à l’heure où nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser ChatGPT pour lui demander des conseils, ou même remplacer une psychothérapie.
Dans un souci de réalisme – rapport à la progression fulgurante de cet outil -, Yann Gozlan a choisi une voix humaine – celle de Mylène Farmer – pour incarner l’assistante virtuelle de Clarissa. Bien que la chanteuse se soit déjà essayée au doublage et à la narration au cinéma (Bambi, L’histoire d’une vie dans les bois, de Michel Fessler, 2024), elle propose un résultat correct, mais qui manque peut-être un peu en crédibilité, et n’arrive malheureusement pas à la hauteur de Scarlett Johansson dans le très troublant Her de Spike Jonze (2014), où un homme tombe amoureux d’un programme informatique ultramoderne – en fait d’une voix.

.
En revanche, Cécile de France (La Venue de l’avenir) est tout simplement impeccable dans ce rôle de femme à la fois forte et fragile. L’actrice belge, qui découvre encore le genre thriller (c’est elle-même qui le dit dans le podcast ci-dessus !), interprète avec talent une large palette d’émotions. Mais après 34 ans de carrière, on n’est pas étonnés de ce résultat convaincant. Le reste du casting – Lars Mikkelsen (oui, le frère de Mads), Anna Mouglalis et Frédéric Pierrot – est sans bavure.
Hormis une scène finale un peu abrupte, qui fera très probablement débat, Dalloway ne comporte aucun défaut majeur. Scénario, réalisation, jeu d’acteur.ices, musique (Philippe Rombi)… et surtout son thème principal… Tout est réussi dans ce long-métrage qui aborde des questions primordiales aujourd’hui, et permet à la fois de se divertir et de réfléchir. Et même si Yann Gozlan nous montre les deux facettes de l’IA, on arrive tout de même à discerner sans trop d’efforts le fond de sa pensée : utilisé de la mauvaise manière, cet incroyable outil peut mener à une dépossession ultime. C’est le mythe de Frankenstein : on a créé un monstre génial, mais qui nous échappe déjà, et réveille nos plus grandes peurs existentielles.
18 / 20
Fanny BL

Laisser un commentaire