« Boîte noire » de Yann Gozlan : L’angoissant futur de l’aviation

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Après Un homme idéal (2015), Yann Gozlan refait appel à Pierre Niney pour lui donner la vedette dans un nouveau thriller épatant, Boîte noire. Un autre « Mathieu », transformé ici en acousticien dans l’aviation civile. A travers un scénario original réussi, le cinéaste dénonce les lobbys du secteur de l’aéronautique, et alerte sur la part obscure des nouvelles technologies… Pour notre plus grande frayeur.

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Que s’est-il passé à bord du vol Dubaï-Paris avant son crash dans le massif alpin ? Mathieu Vasseur (Pierre Niney), technicien au BEA (Bureau d’Enquêtes et d’Analyses), est propulsé comme enquêteur en chef sur cette catastrophe aérienne sans précédent. Erreur de pilotage ? Défaillance technique ? Acte terroriste ? A force de vouloir comprendre la vérité, Mathieu va finalement mener sa propre investigation en secret.

Au visionnage de Boîte noire, cela sonne comme un évidence : Yann Gozlan est fasciné par le monde de l’aviation civile et ce que renferment les mystérieuses boîtes noires. Dans les scènes qui se déroulent à l’intérieur de l’avion, la caméra « voyage » à travers tous les recoins de l’appareil : elle nous montre le « ventre » de l’avion, et des pièces qu’un passager lambda n’a probablement jamais vues de sa vie. La scène où l’on voit les experts ouvrir minutieusement les boîtes noires – qui en fait, ne sont pas de couleur noire – pour les analyser fait penser à une délicate opération chirurgicale.

Le spectateur découvre aussi un métier bien souvent méconnu : celui d’acousticien dans le secteur de l’aviation civile, ici remarquablement incarné par Pierre Niney. Son travail consiste à écouter tous les bruits et échanges entre les pilotes dans le cockpit enregistrés par l’une des boîtes noires de l’avion (ici le CVR pour Cockpit Voice Recorder), pour tenter de comprendre la cause et les circonstances d’un accident aéronautique. Le travail sur le son du film (réalisé par Nicolas Provost, Nicolas Bouvet et Marc Doisne) est pointilleux et admirable, et rappelle beaucoup celui du Chant du loup d’Antonin Baudry (2019), pour la version sous-marins nucléaires.

Pierre Niney dans le rôle de Mathieu Vasseur © WY PRODUCTIONS 24-25 FILMS

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Mathieu est un personnage pétri de doutes et plein d’ambiguïtés. Il est hypersensible au bruit (pas très étonnant pour un acousticien), et presque autistique dans son rapport avec autrui, car il a beaucoup de mal à communiquer, en particulier avec ses collègues de travail. Très professionnel et obsédé par la quête de vérité, il sera prêt à tout pour faire éclater cette dernière, mais va aussi devenir paranoïaque… Il se retrouve alors seul contre tous, et on en arrive à se demander, tout comme Mathieu lui-même, s’il n’est pas devenu fou.

Le film fait d’ailleurs beaucoup penser à Conversation secrète de Francis Ford Coppola (1974) pour ce rapport très particulier à l’audition et la naissance progressive de la paranoïa à force d’écouter en boucle des enregistrements.

Pour donner la réplique à Pierre Niney : Lou de Laâge dans le rôle de Noémie, l’épouse de Mathieu. Une femme forte et autoritaire qui occupe un poste à haute responsabilité, également dans l’aviation, et devra se débrouiller pour évoluer dans un milieu très concurrentiel et essentiellement masculin. Or, un peu comme une actrice hitchcockienne, Noémie joue double-jeu. Le spectateur va aussi douter d’elle et se demander si elle peut vraiment être digne de confiance.

Lou de Laâge dans le rôle de Noémie Vasseur © WY PRODUCTIONS 24 25 FILMS

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Mais surtout, à travers un scénario extrêmement bien ficelé et sans temps mort, Yann Gozlan nous montre l’emprise des nouvelles technologies sur nos vies, et à quel point celles-ci sont en train de bouleverser l’aviation civile, à savoir l’assistance au pilotage généralisée et l’automatisation progressive des cockpits grâce à l’intelligence artificielle. Le réalisateur met le doigt sur l’évolution incontrôlable et monstrueuse de notre société, guidée, notamment, par l’extrême sophistication des avions.

Mais surtout, Boîte noire dépasse le simple cadre de l’aéronautique et renvoie à une problématique universelle, plus que jamais d’actualité : celle du conflit entre l’homme et la machine. On le constate avec d’autres éléments du film, comme la caméra installée dans la voiture du patron de Mathieu, constamment allumée, qui capte tout ce qui se passe devant le pare-brise du véhicule, jour et nuit. Yann Gozlan va même plus loin quand il nous dévoile la cause de l’accident d’avion, l’une des pires menaces de ce XXIème siècle. Voilà qui nous propulse dans un futur encore plus réel et incertain, et peut risquer de déclencher plus d’une crise d’angoisse.

18 / 20

Fanny BL

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