« Vie privée », de Rebecca Zlotowski : De l’imprévu au programme

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Après Les Enfants des autres (2022), Rebecca Zlotowski continue d’explorer la famille, sous une forme différente : à travers le prisme de la psychiatrie et du voyage intérieur. Avec comme vedette, une Jodie Foster version française – garanti sans doublage ! En découle un sixième long-métrage réjouissant, qui vous emmènera là où vous ne l’attendiez pas… pour le meilleur ? Pas seulement.

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Quand Lilian Steiner (Jodie Foster), psychiatre reconnue, apprend la mort de l’une de ses patientes, Paula (Virginie Efira), elle refuse d’y croire, persuadée qu’il s’agit plutôt d’un meurtre. Elle décide alors de mener sa propre enquête, aidée de son ex-mari, Gaby (Daniel Auteuil).

Un casting de haut vol : c’est ce qui constitue la plus grande qualité de Vie privée. On doit surtout ce point fort à l’immense Jodie Foster (Insubmersible), qui avait déjà joué en langue française au cinéma, mais jamais pour un premier rôle. Aucun problème pour l’actrice américaine : elle livre, avec classe et précision, un jeu toujours aussi authentique, et forme un duo absolument génial avec Daniel Auteuil (Le Fil). Leur « ex-couple », animé par une grande complicité, nous rappelle fortement celui de Meurtre mystérieux à Manhattan de Woody Allen (1993), quand ils mènent l’enquête ensemble, avec cette maladresse drôle et attendrissante. Cette alchimie entre eux accroît la valeur du film, et quelques scènes cocasses apportent une touche de légèreté à ce drame psychologique.

Les deux acteurs sont entourés de l’extraordinaire Mathieu Amalric (The Phoenician Scheme), mais aussi de Virginie Efira (Les Braises), Vincent Lacoste (série Merteuil), et la jeune Luàna Bajrami (Une année difficile), qui nous éblouit un peu plus de film en film, même si ce rôle-là n’est probablement pas le plus représentatif de son talent.

Jodie Foster et Virginie Efira © George Lechaptois

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A travers ce film qui allie le drame, la comédie et le policier, avec des passages très oniriques, Rebecca Zlotowski aborde une réflexion pertinente sur la pratique de la psychiatrie aujourd’hui, et tous ses aspects (la médication, le pouvoir de la parole, le fait de s’allonger sur un divan ou non, etc.), face à d’autres pratiques pouvant être plus ou moins bien perçues, comme ici, l’hypnose. Elle confronte aussi deux types de médecines : celle qui guérit le corps, comme l’ophtalmologie – le métier de Gaby, et celle qui guérit l’âme, comme la psychiatrie – le métier de Lilian.

Rebecca Zlotowski propose également une exploration fascinante des nuances de la communication et du silence, avec une personne qui parle, et une autre qui écoute. Cela prend tout son sens, de la part d’une réalisatrice musicienne. Profitons-en pour souligner l’importance accordée à la musique, comme dans tous ses autres films. Celle de Vie privée, composée par Rob (La Venue de l’avenir), constituerait presque un personnage à part entière, et contribue largement à la qualité esthétique et sensorielle du long-métrage.

Jodie Foster et Daniel Auteuil © George Lechaptois

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Seul petit bémol : le scénario. Assuré par Rebecca Zlotowski, avec Anne Berest et Gaëlle Macé – qui a déjà participé à l’écriture de Belle Épine (2010) et Grand Central (2013), il se présente comme un récit complexe, truffé d’indices alléchants, qui mènent vers une fin légèrement décevante à notre goût, au vu du déroulé de l’enquête personnelle menée par l’héroïne. De nombreux éléments énigmatiques auraient pu déboucher sur un résultat réjouissant, où tout s’éclaire enfin, mais le tout retombe comme un soufflé.

La part d’intérêt que comporte le scénario : le chemin intérieur de Lilian, son parcours intime vers sa propre histoire, ses propres contradictions, sa propre maternité, et la place qu’elle choisit d’occuper dans sa propre famille, dans le « monde réel »… Un chemin que la psychiatre ne s’attendait pas à parcourir (et nous non plus d’ailleurs), et qui lui donnera d’autres réponses. On aurait bien aimé en savoir plus, justement, sur les blessures de son passé, sa personnalité, ses désirs les plus profonds… Le sujet aurait sûrement plu à Freud, cité dans le film ! Mais sur ce point, Rebecca Zlotoswki nous laisse un peu sur notre faim. C’est dommage, mais cela n’amoindrit pas pour autant l’impression générale plutôt positive que le film nous laisse après le visionnage… Et pour ça, on dit : merci, Jodie !

16 / 20

Fanny BL

Film présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2025

Jodie Foster alias Lilian Steiner © George Lechaptois

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Musiques entendues dans le podcast

· Extraits de la bande-annonce de Vie privée, de Rebecca Zlotowski ;

♪ « Je vous ai menti », musique originale du film Vie privée de Rebecca Zlotowski, composée par Rob ℗ Les Films Velvet / 2025 Hippocampus

♪ « Spiral Stairs », musique originale du film Vie privée de Rebecca Zlotowski, composée par Rob ℗ Les Films Velvet / 2025 Hippocampus

♪ « Wander 12″, musique originale du film Vie privée de Rebecca Zlotowski, composée par Rob ℗ Les Films Velvet / 2025 Hippocampus

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Retrouvez ici un portrait de Rebecca Zlotowski, réalisé pour le festival Lumière de cinéma de Lyon 2025 !

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