Ecoutez ma critique en version podcast ci-dessous !
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Quatre mois seulement après la sortie de Dalloway, Yann Gozlan enchaîne avec un nouveau long-métrage, qui signe ses retrouvailles avec l’un de ses acteurs fétiches, Pierre Niney, et marque leur troisième collaboration, après Un homme idéal (2015) et Boîte noire (2021). Verdict ?
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Matthieu Vasseur (Pierre Niney) est le coach de vie le plus suivi de France : une vraie star. Dans une société en crise où le bonheur et la réussite sont des buts absolus, il déclame des discours qui fascinent le public, mais inquiètent les autorités. Soucieux de prouver sa bonne foi, Matthieu va alors s’engager dans une lutte personnelle qui le mènera aux frontières de la folie.
Un comte, un écrivain, un technicien de l’aviation civile, un dealer, un pompier… et maintenant un coach en développement personnel. Décidément, Pierre Niney endosse tous les rôles ! Véritable caméléon, l’acteur de 36 ans, coqueluche du cinéma français et déjà détenteur d’un César (pour Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert, 2014), peut jouer aussi bien dans les drames que dans les comédies. Il poursuit sa course effrénée et travaille donc pour la troisième fois avec Yann Gozlan… Une collaboration qui fonctionne plutôt bien, comme pour les deux long-métrages précédents.

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Tous deux (Pierre Niney est à l’origine de cette idée) ont donc décidé d’explorer l’univers du coaching, qui, au-delà de son aspect divertissant, est une véritable industrie, avec des séminaires suivis par des centaines de personnes, parfois des milliers, et la parole d’un homme ayant le pouvoir de captiver une foule, un peu à la manière d’un Jésus des temps modernes, auquel se compare d’ailleurs le personnage principal. Ces grands rassemblements, qui rappellent fortement les meetings politiques, sont bien représentés à l’écran : lumière, son, acclamations de la foule… Vous aurez clairement l’impression d’y être.
Dans la peau de ce coach très charismatique aux intentions troubles, Pierre Niney livre un jeu sans bavure, même s’il ne s’agit pas là de son meilleur rôle – on l’a préféré en Yves Saint Laurent, en Comte de Monte-Cristo dans le film éponyme, ou encore en lobbyiste détestable dans le bouleversant Goliath de Frédéric Tellier (2022). C’est surtout Anthony Bajon qui impressionne (peut-être même plus que Niney), dans le rôle secondaire d’un jeune homme ambivalent et désorienté. C’est simple : depuis qu’on l’a vu dans La Prière de Cédric Kahn (2018), on ne cesse d’être éblouis par les prouesses de cet acteur, qui ira certainement encore plus loin. On notera aussi la présence solaire de Holt McCallany, cliché du « vrai Américain », complètement caricatural, qui fonctionne à 100%. Face à ces fortes têtes, Marion Barbeau, découverte dans En Corps de Cédric Klapisch (2022) comme danseuse (son métier d’origine), paraît malheureusement un peu fade en tant qu’actrice.

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Au niveau scénaristique, on retrouve, comme souvent chez Yann Gozlan, l’escroquerie comme point de départ de l’histoire, mais aussi des thèmes récurrents chers au réalisateur, comme la manipulation psychologique, les rapports de pouvoir, ou encore la paranoïa du personnage principal à un certain moment du film. La spirale infernale dans laquelle il se retrouve embarqué, avec une tension qui monte crescendo, et une forte ambiguïté entre mensonge et vérité, est toujours bien réalisée, même si le suspense est plus haletant dans Boîte noire, Visions (2023), ou même Dalloway (2025), ses longs-métrages précédents.
A travers Gourou, titre évocateur, Yann Gozlan pose la question du degré d’honnêteté d’un métier comme celui de coach de vie, un sujet pleinement d’actualité, avec la mode du développement personnel et du bien-être. Cette pratique, qui ne nécessite pas d’avoir un diplôme universitaire et n’est visiblement pas encore réglementée, aide-t-elle vraiment les gens ? À quel point est-elle réellement efficace ? Est-ce une arnaque ?

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Le cinéaste dépeint avec talent un portrait réaliste de notre société actuelle, en nous montrant l’injonction au bonheur et à la réussite dont nous sommes bien souvent victimes, ainsi que le culte de la performance auquel sont soumises des personnes comme le héros, noyé par le tsunami des réseaux sociaux, et l’omniprésence des internautes, Tiktokeurs et autres influenceurs, qui surveillent, décryptent et critiquent ses moindres faits et gestes.
En somme, Gourou est un film divertissant et un bon thriller, qui fonctionne, mais se situe tout de même à un niveau en-dessous de l’excellent Boîte noire. Mais ce n’est pas grave, Monsieur Gozlan. Après tout, comme le dit si bien le discours de votre film, on ne peut pas être ultra-performant à tous les coups !
16 / 20
Fanny BL

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Musiques entendues dans le podcast ♫
· Extraits de la bande-annonce de Gourou, de Yann Gozlan
♪ « Gourou », musique originale du film Gourou, composée par Chloé Thévenin ℗ 2026 WY Productions / Ninety Films under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
♪ « Expand », musique originale du film Gourou, composée par Chloé Thévenin ℗ 2026 WY Productions / Ninety Films under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
♪ « La morgue », musique originale du film Gourou, composée par Chloé Thévenin ℗ 2026 WY Productions / Ninety Films under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
♪ « I Know Why You’re Here », musique originale du film Gourou, composée par Chloé Thévenin ℗ 2026 WY Productions / Ninety Films under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
♪ « Desillusion », musique originale du film Gourou, composée par Chloé Thévenin ℗ 2026 WY Productions / Ninety Films under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
♪ « Face à face », musique originale du film Gourou, composée par Chloé Thévenin ℗ 2026 WY Productions / Ninety Films under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
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