Ecoutez ma critique en version podcast ci-dessous :
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C’était l’un des films les plus attendus de ce début d’année, et il fait déjà débat. « Hurlevent » oscille entre la fresque romantique enflammée et la dark romance cinématographique ratée. Alors, que donne ce troisième long-métrage d’Emerald Fennell, après le génial Promising Young Woman (2021) et Saltburn (2023), 11ème adaptation cinématographique du célèbre roman d’Emily Brontë ? La réponse ici !
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Angleterre, XVIIIème siècle. Heathcliff, un enfant vagabond, est recueilli par M. Earnshaw, qui vit seul avec sa fille, Catherine, dans un grand manoir isolé. Heathcliff et Cathy grandissent ensemble, et finissent par tomber amoureux. Mais une fois adulte, et afin de s’élever socialement, Cathy est contrainte d’épouser un riche marchand, déclenchant la fuite de Heathcliff.
Si vous vous attendiez à voir une adaptation fidèle du livre Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë (1847), vous risquez fortement d’être déçus : il n’en est rien, et ce n’est pas le propos de ce film. Le scénario, écrit par la réalisatrice Emerald Fennell, est inspiré très librement du chef-d’œuvre littéraire. Il pourrait d’ailleurs tenir sur un ticket de métro au vu de sa brièveté, surtout que plusieurs personnages de l’histoire originale – dont certains, importants – ont été supprimés. Malgré ces restrictions narratives, l’histoire s’étire sur deux longues heures et seize minutes, bien excessives.

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N’y allons pas par quatre chemins : c’est creux. Il n’y a aucune évolution dans la narration. « Hurlevent » se résume à une succession de plans, dont la plupart sont des scènes d’amour bien dégoulinantes – dans tous les sens du terme – et des actes érotiques entre les deux personnages principaux. Or, le spectateur n’est pas stupide : il a bien compris le niveau de passion enflammée du couple… Il n’était pas nécessaire d’en faire des tonnes. Ces trop nombreuses scènes torrides ne font pas vraiment avancer l’intrigue et frôlent parfois le ridicule à force d’exagération. Hormis quelques rares touches poétiques, comme les petites blagues mignonnes entre Cathy et Heathcliff, le résultat reste très niais, et rappelle parfois la trilogie Cinquante Nuances de Grey (2015-2018), en moins pathétique.
Contrairement à la saga citée plus haut, « Hurlevent » bénéficie d’une esthétique très réussie, grâce à une splendide photographie signée Linus Sandgren, quelques plans créatifs, ainsi que des décors extérieurs naturels et des costumes magnifiques (conçus par Jacqueline Durran).
Emerald Fennell a toujours accordé une grande importance à la musique dans ses films, et c’est l’un des autres points forts de « Hurlevent ». Labande originale, signée Anthony Willis (comme pour lesdeux films précédents de la cinéaste), et les nombreuses chansons composées et interprétées par Charli XCX, sont soignées, et participent à forger l’identité néo-gothique du film.

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Autre qualité, déjà remarquable dans Promising Young Woman : la volonté farouche d’Emerald Fennell à délivrer des messages forts sur la place des femmes dans la société, avec, ici, les contraintes de mariage, de maternité et de richesse qui leur étaient imposées à l’époque. La réflexion sur le conflit entre classes sociales et sur les rapports de pouvoirs (déjà abordée dans Saltburn) est également intéressante, même si tous ces éléments existent déjà dans le roman d’origine.
En revanche, si l’on compare cette adaptation cinématographique à celle de Peter Kosminsky, avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche (1992), on ne ressent pas assez, dans celle-ci, l’obsession de la mort, et la noirceur n’est pas assez présente, alors que le récit lui-même donne cette impulsion dès le départ, et que tout l’univers créé par Emerald Fennell aurait pu y mener.

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Venons-en au casting, constitué de deux stars hollywoodiennes très à la mode, et qu’Emerald Fennell devra très certainement remercier pour attirer les spectateurs. Comme très souvent, Margot Robbie livre une prestation convaincante dans le rôle de Cathy, même si elle n’est peut-être pas aussi insupportable et capricieuse que son personnage, et qu’elle était bien plus époustouflante dans d’autres rôles, comme celui de la célèbre patineuse Tonya Harding dans Moi, Tonya de Craig Gillespie (2018), ou Harley Quinn dans la saga Suicide Squad. L’actrice donne la réplique à un Jacob Elordi (déjà vu dans Saltburn, et impressionnant dans la série Euphoria) un peu mou du genou au début du film, qui se rattrape en deuxième partie, même s’il aurait pu explorer davantage la noirceur de son personnage… En même temps, pas facile de passer après Ralph Fiennes !
Dernier élément décevant : une fin un peu abrupte, alors que c’est justement à cet endroit du film qu’Emerald Fennell aurait pu aller plus loin, et se concentrer notamment sur la psychologie du personnage de Heathcliff, et sur « l’après », sans forcément être obligée de respecter à la lettre l’histoire originale. En somme, l’équilibre de « Hurlevent » est un peu étrange, avec beaucoup de longueurs sur les trois quarts du film, et soudain, une scène finale très cut. Bref, on retiendra seulement les belles images, et un superbe duo d’acteurs qui ne suffit pas à redresser la barre.
10 / 20
Fanny BL

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Musiques entendues dans le podcast ♫
· Extraits de la bande-annonce de « Hurlevent », en version française
♪ « Open Up », chanson tirée du film « Hurlevent », composée et interprétée par Charli XCX
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