« Marguerite » : Le silence est d’or

L’expression « chanter comme une casserole » prend ici tout son sens ! Dans Marguerite, Catherine Frot incarne une baronne cantatrice convaincue d’être talentueuse. Mais il n’en est rien… Le dernier film de Xavier Giannoli séduit par son savant équilibre entre le tragique et le comique. On applaudit.

A Paris dans les années 1920, Marguerite Dumont (Catherine Frot) organise régulièrement des concerts privés dans son château. Elle chante – ou plutôt crie – des airs d’opéra. Le public l’acclame après s’être bouché les oreilles. Son mari s’invente des petits accidents de voiture pour ne pas assister au massacre. Personne n’ose dire à la baronne qu’elle chante atrocement faux. La situation empire le jour où Marguerite décide de se produire devant un vrai public.

Sur le plan esthétique, Xavier Giannoli nous livre un petit bijou : gramophone, musique jazz, rideaux de velours, costumes… la reconstitution du Paris de l’époque est magnifique, l’ambiance est là. Côté scénario, le réalisateur s’inspire de la vie de l’Américaine Florence Foster Jenkins. Dans les années 1940, elle se produisait devant un cercle d’habitués, et croyait qu’elle était une excellente chanteuse. Xavier Giannoli rejette l’étiquette du biopic : il propose une interprétation plus libre de cette singulière histoire. Le point d’orgue : une scène finale plus personnelle, teintée d’étrangeté.

Le film s’inscrit entre la tragédie et la comédie : la cruauté de l’entourage de Marguerite Dumont contraste avec des scènes de chant cocasses. On observe avec fascination la réaction de l’auditeur face à un tel spectacle. Mais surtout, quelqu’un aura-t-il le courage de tout avouer à la baronne ? Car s’il y a bien un thème qui prédomine dans Marguerite, c’est l’honnêteté. Marguerite Dumont est victime d’un double-mensonge de la part de son mari : en plus de la laisser croire qu’elle chante juste, il entretient une liaison. Leur mariage à lui seul est une façade.

Catherine Frot dans le rôle de Marguerite Dumont

Malgré la grande solitude dans laquelle elle vit depuis des années, Marguerite parvient à garder une grande humilité. Le chant est la seule chose qui lui permette de survivre : « Il n’y a que la musique qui compte pour moi. C’est ça ou devenir folle », affirme-t-elle à son mari. Catherine Frot (Les Saveurs du palais) incarne avec subtilité cette Castafiore sensible et touchante. Déjà favorite, l’actrice pourrait aisément décrocher un César.

Avec Marguerite, Xavier Giannoli dresse le portrait d’une femme étonnante, qui s’acharne à devenir ce qu’elle ne sera jamais. Cette tragi-comédie lyrique, centrée sur le spectacle et l’illusion, délivre un autre message, sans doute directement inspiré de ce bon vieux Shakespeare : « Le monde entier est un théâtre. Et tous, hommes et femmes, n’y sont que des acteurs. »

18/20

Catherine Frot et Michel Fau dans le rôle d’Atos Pezzini / Divo

Fanny BL

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