« L’homme irrationnel » : Du Woody très allenien

Une étudiante tombe amoureuse de son professeur : ce pitch aurait pu accoucher d’un film affeusement banal. Il n’en est rien. Si Woody Allen applique à la lettre ses bons vieux codes, il conserve tout son talent, et signe une comédie noire à ne pas manquer !

Abe Lucas (Joaquin Phoenix) est un professeur de philosophie torturé et dépressif. Lorsqu’il prend ses fonctions dans une nouvelle université, cet homme ténébreux intrigue toutes les femmes. Il entame une liaison avec sa collègue Rita Richards (Parker Posey), mais devient aussi très ami avec Jill Pollard (Emma Stone), sa meilleure élève. Celle-ci tombe sous le charme. Mais l’homme qu’elle admire tant s’apprête à commettre l’irréparable…

Questions existentielles sur fond de Kant et de Dostoïevski, personnages victimes de leur destin, bonne dose d’humour noir, le tout animé par un air de jazz : voici le cocktail détonnant de L’homme irrationnel. Après Magic in the Moonlight, finies les paillettes, retour au thriller : L’homme irrationnel s’inscrit dans la lignée de Match Point. La différence ? Ce dernier film garde une base comique, contrairement au long-métrage de 2005, plus sombre. Ici, Woody Allen aborde le sujet du crime avec plus de légèreté. En revanche, le film réunit des thèmes récurrents, chers au réalisateur : hasard, névrose, culpabilité, solitude… Sans oublier le fameux triangle amoureux.

Joaquin Phoenix et Emma Stone dans les rôles d’Abe et Jill

A travers un récit en double voix-off, le cinéaste propose au spectateur de repenser ses perceptions morales : le crime est-il permis quand il est estimé juste par la personne qui l’a commis ? Abe Lucas a perdu le goût de la vie. Son acte entraîne sa « résurrection » et, par extension, implique le bonheur d’une autre personne. A l’écran, le geste est d’ailleurs très simple, sans violence : hormis le regard glaçant de Joaquin Phoenix, lourd de significations, tout se passe dans l’imagination du spectateur. A travers ce personnage, Woody Allen semble dresser son autoportrait. D’un côté, l’artiste cherche une muse pour combler son manque d’inspiration. De l’autre, l’homme doit trouver le moyen de redonner un sens à sa vie.

Dans la réalité, Woody Allen a justement trouvé sa nouvelle muse : après Diane KeatonMia Farrow et Scarlett Johansson, c’est au tour d’Emma Stone. La brillante actrice avait déjà fait ses preuves dans Birdman – ses performances ont failli lui valoir un Oscar. Son jeu est ici moins épatant mais reste convaincant. Joaquin Phoenix offre quant à lui une prestation réussie, bien qu’il ait déjà endossé le rôle de l’homme dévasté dans plusieurs films (HerThe ImmigrantTwo Lovers).

Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2015, L’homme irrationnel est un Woody Allen classique. Le cinéaste traite « le caractère aléatoire de nos vies » en mêlant le comique et le tragique. Son dernier film est donc sans surprise, hormis une fin saugrenue – seule et unique fausse note. Il vaut le détour pour ses acteurs, ses subtils dialogues et son délicieux mélange des genres, alliant cruauté et désinvolture.

16/20

Fanny BL

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