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La mode des biopics se poursuit. Après Amy Winehouse dans Back To Black, Priscilla Presley dans Priscilla, ou encore Maurice Ravel dans Bolero, c’est au tour de Charles Aznavour de se faire tirer le portrait. Aux commandes de ce nouveau film biographique : le duo Mehdi Idir–Grand Corps Malade, à l’origine de Patients (2017) et La Vie scolaire (2019). Alors, ce troisième long-métrage est-il si « for me formidable » ?
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On disait de lui qu’il n’avait rien pour réussir. Et pourtant, à force de travail et de persévérance, Charles Aznavour (Tahar Rahim) est devenu un monstre sacré de la chanson. Avec près de 1 200 titres interprétés à travers le monde, dans neuf langues, il a inspiré des générations entières, et est considéré, aujourd’hui encore, comme un symbole de la culture française.
Un hommage à un musicien, par un musicien : voilà comment se présente d’abord Monsieur Aznavour, réalisé par Grand Corps Malade, avec son ami Mehdi Idir. Le slameur avait été largement soutenu par Charles Aznavour dans sa carrière, notamment pour la sortie de son premier album, Midi 20 (2006), et tous deux avaient aussi collaboré sur deux chansons, Tu es donc j’apprends (2010) et Ecrire (2015). On ne le sait pas forcément en voyant le film, mais cette volonté de rendre hommage renforce son authenticité.

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Il faut le savoir : Monsieur Aznavour est un biopic très classique, sobre et linéaire, allant de l’enfance de Charles Aznavour dans les années 30, jusqu’au sommet de son succès (années 70-80), avec une narration découpée en cinq chapitres, joliment présentés, qui permettent de ne pas perdre le spectateur. Certains y trouveront leur compte, tandis que d’autres seront lassés de ce côté « page Wikipédia », le piège dans lequel on peut tomber un peu trop facilement avec ce genre cinématographique.
Hormis cet aspect à double-tranchant, l’esthétique du long-métrage est réussie. Les décors, les costumes et l’ambiance générale le font ressembler à un film d’époque – surtout la première partie qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale – et il est appréciable de se plonger dans ce voyage temporel. Monsieur Aznavour est également très documenté, d’ailleurs agrémenté d’images d’archives, dont certaines inédites, comme celles du génocide arménien, en scène d’ouverture. Enfin, sachez que la durée du film est forcément un peu longue (2h20), comme quasiment tous les biopics, mais rassurez-vous : il n’y a aucun temps mort dans celui-ci.

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La vraie valeur ajoutée de Monsieur Aznavour : la prestation de Tahar Rahim, qui propose un rôle de composition hors-du-commun. C’est simple : l’acteur a toujours été excellent, mais ici, il se surpasse. Il nous avait déjà éblouis dans Désigné Coupable de Kevin Macdonald (2021), et avec cette performance, il passe à un niveau supérieur. Son travail acharné de gestuelle, de posture, mais aussi musical et vocal (quand il parle, et quand il interprète lui-même certaines chansons originales d’Aznavour) donne un résultat bluffant.
Concernant le reste du casting, hormis Bastien Bouillon (Le Compte de Monte-Cristo) – toujours aussi admirable – il est assez reposant de ne pas avoir, pour une fois, des acteurs « trop » connus, comme les éternels Pierre Niney, Louis Garrel ou encore Virginie Efira. Exit le défilé habituel de stars françaises : place aux nouvelles têtes. Ca change et ça fait du bien. On retiendra notamment la prestation de Marie-Julie Baup (Champagne !) dans le rôle d’Edith Piaf, important dans l’histoire de Charles Aznavour. L’actrice n’arrive pas forcément à la hauteur de Marion Cotillard dans La Môme d’Olivier Dahan (2007), mais est tout de même très convaincante.

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Avec Monsieur Aznavour, Grand Corps Malade et Mehdi Idir dressent le portrait d’un homme parti de rien, issu d’une famille modeste d’immigrés arméniens. Un artiste extrêmement exigeant avec lui-même comme avec les autres, qui a dû se battre pour se faire une place, un nom, une carrière, encore capable de faire des tournées mondiales à plus de 90 ans. Un auteur, compositeur et interprète aux textes parfois engagés, comme avec Comme ils disent (1972), première chanson à traiter de l’homosexualité de façon sérieuse. En ressort un biopic à la réalisation propre et lisse, qui ne froissera personne, et satisfera un public peu exigeant – hormis pour le jeu d’acteur. Si vous préférez la créativité et l’onirisme, privilégiez plutôt Rocketman de Dexter Fletcher (2019).
15 / 20
Fanny BL

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