Ecoutez ma critique en version podcast ci-dessous :
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Objet de toutes les inquiétudes et de toutes les fascinations dans notre monde réel, l’Intelligence Artificielle suscite – et ce, depuis bien longtemps -, l’imagination et la créativité de bien des réalisateurs… Après le secteur artistique dans le très récent Dalloway de Yann Gozlan, Cédric Jimenez imagine l’omniprésence de l’IA dans celui de la police, son sujet de prédilection. Il propose un sixième long-métrage coup de poing, chargé de tension et d’action.
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Dans un futur proche, Paris est divisée en trois zones selon les classes sociales de la population. L’intelligence artificielle ALMA révolutionne le travail de la police… Jusqu’à ce que l’inventeur de ce formidable outil soit mystérieusement assassiné. Salia Malberg (Adèle Exarchopoulos) et Zem Brecht (Gilles Lellouche), deux policiers que tout oppose, vont devoir mener l’enquête ensemble.
A partir de l’œuvre éponyme de Laurent Gaudé, et un scénario co-écrit avec Olivier Demangel, Cédric Jimenez poursuit son exploration des thèmes de l’ultra-surveillance de masse et de la poursuite de la vérité, dans la continuité de son tout premier long-métrage de fiction, Aux yeux de tous (2012), mais aussi de Bac Nord (2020) et Novembre (2022). Il baigne toujours dans son genre de prédilection : le thriller policier, cette fois aux accents futuristes, avec une légère touche de science-fiction.

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La scène d’ouverture de Chien 51, brutale et haletante, met tout de suite le spectateur dans l’ambiance, comme Cédric Jimenez en a l’habitude. On suivra l’enquête avec une grande attention et on ne verra pas le temps passer. Coups de feu en rafale, effets spéciaux réussis, mise en scène millimétrée et maîtrisée… Ce film à très gros budget (42 millions d’euros) frôle le statut de blockbuster à la française.
Nous voici plongés dans un monde d’anticipation dystopique, sombre et pluvieux, régi par un système de classes très hiérarchisé, avec des citoyens privés de liberté – contrôles d’identité systématiques et modernes, par bracelets électroniques, mais aussi en scannant les yeux -, ce qui rappelle forcément les univers littéraires de George Orwell (1984, 1949) et d’Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes, 1932). Minority Report de Steven Spielberg (2002), mouvement des Anonymous (le groupe de militants anti-système Breakwalls)… Les références sont nombreuses et ont forcément influencé Cédric Jimenez, de près ou de loin. Si vous aimez toutes ces œuvres, vous apprécierez donc probablement celle-ci.

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Le réalisateur choisit d’ailleurs de ne pas préciser l’année durant laquelle l’intrigue se déroule… et ce n’est pas pour rien. Cette société où règnent drones armés, police suréquipée et hyperconnectée, et Intelligence Artificielle, prend un aspect effrayant par sa capacité à refléter notre monde actuel, tout autant qu’elle correspond à un avenir pessimiste mais réaliste.
Comme souvent, Cédric Jimenez se dote d’un casting XXL, composé de son acteur fétiche Gilles Lellouche – avec qui il signe sa quatrième collaboration, mais aussi Adèle Exarchopoulos, Louis Garrel, Romain Duris (impeccable comme ministre de l’Intérieur détestable), Valeria Bruni Tedeschi et Artus, tous excellents, sans oublier Daphne Patakia, déjà impressionnante dans Benedetta de Paul Verhoeven (2021), qui livre ici un jeu très authentique et touchant, dans un rôle pourtant secondaire.

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Autre personnage important et même principal : ALMA, une IA à la fois très pratique pour aider la police dans son travail, et dérangeante par son côté intrusif et sa grande puissance. Cédric Jimenez montre aussi bien ses progrès que ses dérives. Sans basculer dans le complotisme, il interroge la manière dont la vérité peut être manipulée dans une société par des entités plus fortes que nous, n’oubliant pas de nous rappeler, au passage, que les bavures policières existent toujours.
Cédric Jimenez va d’ailleurs s’éloigner quelques temps du polar, puisqu’il s’apprête à réaliser deux biopics : l’un sur Johnny Hallyday (Johnny), avec Raphaël Quenard dans le rôle-titre (sortie le 8 décembre 2027), et l’autre sur Ingrid Betancourt (Verde), cette sénatrice franco-colombienne détenue par les FARC pendant six ans en 2002 (date de sortie inconnue)… Donc si vous aimez le style policier de ce réalisateur, profitez bien de ce film, qui vaut franchement le détour !
18 / 20
Fanny BL

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Musiques entendues dans le podcast ♫
· Extraits de la bande-annonce de Chien 51 de Cédric Jimenez ;
♪ « Mafram », musique originale tirée du film Chien 51, composée par Guillaume Roussel ℗ 2025 Chi Fou Mi Productions under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment ;
♪ « Le tout pour le tout », musique originale tirée du film Chien 51, composée par Guillaume Roussel ℗ 2025 Chi Fou Mi Productions under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment ;
♪ « Alma prend le contrôle », musique originale tirée du film Chien 51, composée par Guillaume Roussel ℗ 2025 Chi Fou Mi Productions under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment ;
♪ « Rimarval », musique originale tirée du film Chien 51, composée par Guillaume Roussel ℗ 2025 Chi Fou Mi Productions under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
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