« Michael », d’Antoine Fuqua : Énième biopic insipide ou véritable pépite ?

Ecoutez ma critique en version podcast ci-dessous !

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C’est probablement le biopic qui fait le plus parler de lui… en mal. Actuellement sous le feu de la polémique, car occultant les démêlées judiciaires de Michael Jackson, Michael vaut-il néanmoins le détour, si l’on doit le juger sur le plan purement cinématographique ? La réponse ici !

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En 1966 aux États-Unis, un garçon de huit ans, Michael, vit dans une modeste petite maison, avec ses huit frères et sœurs et ses parents, tous musiciens. De ses débuts avec les Jackson Five, jusqu’au sommet de sa carrière solo, Michael Jackson deviendra le « roi de la Pop », et l’un des artistes les plus influents de notre époque.

C’était inévitable : une aussi grande star comme Michael Jackson ne pouvait échapper à cette terrible mode des biopics. 17 ans après sa mort, et après une longue préparation, le chanteur a donc droit, lui aussi, à son propre hommage cinématographique, au même titre que Freddie Mercury, Amy Winehouse, James Brown, Ray Charles, ou encore Elton John… La liste est longue. Antoine Fuqua, dont l’un des précédents films, La Rage au ventre (2015), nous avait beaucoup plu, choisit de raconter uniquement une tranche de la vie et de la carrière de Michael Jackson : depuis son enfance et ses débuts avec les Jackson Five (groupe formé avec ses frères), jusqu’en 1988, avec l’emblématique concert au Wembley Stadium de Londres, dans le cadre du Bad World Tour. Le réalisateur propose un travail très méticuleux et carré. Tout est nickel, rien de dépasse… Ce qui pourra en gêner quelques-uns.

Judah Edwards, Jaylen Hunter, Judah Edwards, Juliano Krue Valdi, Nathaniel Logan McIntyre, et Jayden Harville © Lionsgate

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Malgré ce choix restrictif sur la durée de narration, tous les moments importants sont : des premières répétitions avec les Jackson 5 dans le salon familial, sous l’autorité glaçante du père, jusqu’au célèbre moonwalk, en passant par les tournages des clips de Thriller et Beat It, et les recours de la star à la chirurgie esthétique – le film nous rappelle au passage que le père de Michael Jackson le surnommait « gros nez » quand il était petit, et qu’il était atteint du vitiligo, une maladie de décoloration de la peau.

Résultat : un biopic plutôt lisse, qui ravira très certainement les fans, en les faisant entrer dans les coulisses de création des œuvres et des clips vidéo de Michael Jackson, même si Antoine Fuqua aurait pu aller encore plus loin à ce niveau-là – par exemple en abordant les guerres de gang aux États-Unis avec Beat it, ou encore le fait d’avoir voulu inclure « tout le monde » dans son travail, « les Blancs comme les Noirs » (assez inhabituel à l’époque). Malgré tout, le réalisateur n’oublie pas de nous montrer toute l’ambiguïté du personnage, à la fois enfant éternel à la voix fluette et homme de pouvoir.

Jaafar Jackson dans le rôle de Michael Jackson adulte © Lionsgate

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Venons-en à l’essentiel : Jaafar Jackson. C’est lui qui illumine le film. Le jeune homme de 29 ans, neveu de Michael Jackson, est le parfait sosie de la star. En dehors de sa ressemblance physique avec le chanteur (aussi dû au formidable travail du chef maquilleur Bill Corso), il impressionne par sa performance hors-du-commun en chant, danse (encadrée par Rich et Tone Talauega, anciens chorégraphes de Michael Jackson) et en dramaturgie, alors qu’il n’avait jamais joué au cinéma. Le spectacle est total : Jaafar Jackson ressuscite la star le temps d’un long-métrage et nous fait revivre la magie de ses shows… et finalement, c’est peut-être tout ce qu’on demande.

Le reste du casting est tout aussi réjouissant : on notera l’épatante prestation de Colman Domingo dans le rôle de Joseph Jackson, l’impitoyable père de Michael, cet homme violent et terriblement manipulateur, qui a exploité son fils durant toute sa jeunesse, mais aussi celle de Juliano Krue Valdi, qui incarne Michael Jackson enfant avec talent : le jeune garçon est profondément émouvant dans la première partie du film.

Colman Domingo alias Joseph Jackson, le père de Michael © Lionsgate

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Autre point fort : le film se concentre énormément sur la relation toxique entre le chanteur et son père, qui l’a maltraité physiquement et psychologiquement et est resté son manager durant de nombreuses années, ainsi que sa grande solitude dès l’enfance, ou encore le poids des obligations familiales, imposées dans sa vie privée et professionnelle. Antoine Fuqua nous montre aussi le côté « farfelu » et parfois un peu étrange de la star, son amour pour les animaux (il possédait notamment un singe, un serpent, et un lama de compagnie), ou encore sa passion pour les jouets et les livres pour enfants, en étant lui-même resté un.

C’est là que le bât blesse : de son vivant, dans l’affaire qui l’opposait à un des mineurs l’ayant accusé d’abus sexuels, Michael Jackson avait fait rédiger un contrat stipulant l’interdiction de mentionner ses démêlées judiciaires au cinéma. Antoine Fuqua a donc été contraint de changer la fin du film – qu’il avait pourtant déjà tournée -, et il est vrai qu’il est difficile de visionner le long-métrage sans y penser, voire sans culpabiliser. Bien qu’un biopic soit, comme son nom l’indique, fictif, il semble important que toutes les facettes de la célébrité à l’honneur, même les plus sombres, soient évoquées, ne serait-ce que brièvement… Un carton avant le générique de fin aurait été la moindre des choses, pour expliquer la situation et informer les spectateurs. Plusieurs scènes montrent le rapport constant de Michael Jackson avec l’enfance, comme des « indices » disséminés ça et là : visites d’enfants malades à l’hôpital, autographes dans les magasins de jouets, lecture et relecture du livre Peter Pan… mais est-ce suffisant ?

Jaafar Jackson alias Michael Jackson sur le tournage du clip de Beat It © Lionsgate

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Les détracteurs de ce film au budget de 200 millions de dollars diront que Michael n’est autre qu’un moyen supplémentaire de remettre une pièce dans la machine à fric, de la même manière que le documentaire This Is It de Kenny Ortega (2009) sur les répétitions de la tournée d’adieu que Michael Jackson préparait juste avant sa mort, ou encore les albums posthumes contenant des chansons inédites… Et même si on a apprécié le film, on est plutôt d’accord avec cette idée… surtout quand on sait que John Branca, ancien avocat de Michael Jackson (incarné par Miles Teller), fait partie des producteurs du film, et tient une place importante parmi les personnages.

Malgré les critiques – y compris venant d’une partie du clan Jackson – et le point négatif que l’on se doit de reconnaître, Michael reste un très bon biopic, divertissant et peaufiné. Il ravira les plus nostalgiques et donnera envie aux fans de se replonger dans les archives autour du roi de la Pop. On retiendra surtout la fonction didactique du film, qui nous rappelle que Michael Jackson a révolutionné l’industrie de la musique, comme premier artiste à faire entrer la musique noire sur MTV, chaîne de télévision autrefois spécialisée dans la diffusion de clips. Il montre aussi que la « Jacksonmania » est perpétuelle, même auprès des plus jeunes. L’Oreille Cinéphile serait même prête à aller voir l’éventuelle suite, quasiment confirmée… Mais ça, c’est peut-être parce que la voix et la musique du chanteur l’ont bercée durant toute son enfance.

18 / 20

Fanny BL

Jaafar Jackson alias Michael Jackson sur le tournage du clip de Thriller © Lionsgate

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Musiques entendues dans le podcast

· Extraits de la bande-annonce de Michael, en version française

I Want You Back, des Jackson Five ℗ 1969 UMG Recordings, Inc.

I’ll be there, des Jackson Five

Billie Jean, de Michael Jackson ℗ 1982 MJJ Productions Inc.

Can You Feel It, de The Jacksons

Wanna Be Startin’ Somethin‘, de Michael Jackson

Beat It, de Michael Jackson ℗ 1982 MJJ Productions Inc.

Thriller, de Michael Jackson ℗ 1982 MJJ Productions Inc.

♪ Bad de Michael Jackson ℗ 1987 MJJ Productions Inc.

They Don’t Care About Us, de Michael Jackson ℗ 1995 MJJ Productions Inc.

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