Origines, casting, désir de cinéma… L’équipe du film nous raconte tout dans ce podcast !
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« La Petite graine », de Mathias et Colas Rikiss : Ça pousse bien !
Après sept courts-métrages, dont La Charge mentale (2023), prédécesseur de La Petite graine, Mathias et Colas Rifkiss passent au format long, en s’attaquant aux sujets délicats et inhabituels de l’infertilité et de la non-parentalité, encore tabous aujourd’hui, avec leur arme redoutable : l’humour. En découle un huis-clos simple et efficace, au message à la fois subtil et percutant.
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Céline (Louise Massin) et Denis (Sébastien Chassagne) désirent plus que tout avoir un enfant. Après 15 années d’inséminations artificielles infructueuses, ils décident, en guise de dernière chance, de demander son aide à Piche (Oussama Kheddam), une vieille connaissance du lycée.
C’est un thème peu exploité au cinéma, hormis de rares exceptions, comme Une folle envie, de Bernard Jeanjean (2011), ou Chaque jour que Dieu fait, de Paolo Virzì (2013) : l’infertilité, souvent vécue comme un fléau et un obstacle à surmonter par le couple concerné – en rappelant, à l’occasion, que faire un enfant n’est pas si simple. Et surtout, le regard porté par la société sur celles et ceux qui ne peuvent pas avoir d’héritier(s). Car après tout, fait-on vraiment un enfant pour soi ? Est-ce une envie réelle, ou plutôt une démarche d’imitation ? Voilà quelques-unes des nombreuses questions que posent Mathias et Colas Rifkiss à travers La Petite graine. Pour aborder ce sujet grave, les réalisateurs lyonnais utilisent leur genre de prédilection : la comédie.

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Ce huis clos intime, semblable à une pièce de théâtre, avec plusieurs plans-séquences, réunit le même couple d’acteurs que dans La Charge mentale, le court-métrage prédécesseur de La Petite graine, à savoir Sébastien Chassagne (La Pire mère au monde) et Louise Massin (Les Boules de Noël). Un couple ordinaire et donc crédible, qui ressemble à tant d’autres, avec ses moments de complicité, ses failles, ses joies et ses peines. C’est pour cela que la formule fonctionne : beaucoup de spectateurs et spectatrices pourront se retrouver et s’identifier.
Le casting, en apparence modeste, est donc constitué d’acteurs talentueux, qui cachent bien leur jeu – vous noterez le fantastique jeu de mots -, dont Louise Massin et Sébastien Chassagne, sorte de Woody Allen français (dans son allure, pas dans ses actes). Avec Oussama Kheddam et Delphine Baril, ils forment un quatuor épatant, complété par le méconnu mais formidable Marc Wilhelm dans le rôle du voisin charismatique et ancien camarade de classe détestable, qui semble avoir tout réussi.

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Car si l’intrigue de La Petite graine pourrait tenir en deux lignes et le rythme du récit est plutôt lent (ce qui devient de plus en plus rare au cinéma, et pourrait malheureusement ennuyer un public plus jeune), les personnages, eux, sont très chargés, et l’histoire se raconte à partir de leurs corps… C’est là que réside tout l’intérêt du film. A titre d’exemple, Oussama Kheddam incarne un personnage drôle et agaçant, dont la fébrilité et la tendresse se dévoilent progressivement… une complexité que la caméra de Mathias et Colas Rifkiss arrive à capturer.
En plus de sa dimension comique, La Petite graine comporte des petites touches de poésie par endroit, une part de nostalgie et de réminiscence, mais aussi un léger côté philosophique, avec des réflexions intéressantes sur la notion de charge mentale, les injonctions de la société au bonheur et à la perfection, ou encore le jugement porté sur les couples sans enfant – que ce soit par choix ou non. En plus de celles évoquées plus haut, le film soulève d’autres questions inhabituelles (surtout au cinéma) : un couple peut-il être heureux, même sans enfant ? Comment changer son regard sur une situation, et réapprendre à vivre ensemble, malgré un événement perçu comme un échec ?

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En résulte un chouette petit film (« petit » ayant uniquement un sens affectueux), modeste, drôle et efficace, avec une fin inattendue et réjouissante, qui casse les codes. Pas besoin d’en faire des tonnes : les frères Rifkiss se contentent de délivrer leur message, de manière subtile et claire, sans donner de leçon, et ne se perdent pas dans de longues démonstrations pour expliquer leur point de vue. En somme, ils ne prennent pas les spectateurs pour des idiots et leur font confiance… C’est là le gage d’une grande maturité intellectuelle et émotionnelle.
Et si on vous dit qu’en plus, le duo de cinéastes a assuré une grande partie des fonctions nécessaires à la création d’un long-métrage (écriture du scénario, composition de la musique, montage du film et du son, en plus de la réalisation), alors vous n’avez plus d’excuse pour ne pas aller voir le résultat ! On ne peut que saluer ce travail méticuleux et accompli, et souhaiter bon vent aux cinéastes, en attendant leur deuxième long-métrage… Car qui sait, cette Petite graine donnera peut-être lieu à une autre plus grande ?
18 / 20
Fanny BL

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