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Il avait déjà remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes 2007 avec son deuxième long-métrage, 4 mois, 3 semaines, 2 jours : Cristian Mungiu renouvelle son succès avec Fjord, un drame familial qui fait fortement réfléchir et alimente le débat public. Alors, que vaut la Palme d’Or 2026 ? Ce film mérite-t-il une telle récompense ? Réponse ici !
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Mihai Gheorghiu (Sebastian Stan) et sa femme Lisbet (Renate Reinsve) forment un couple roumano-norvégien très pieux. Ils s’installent dans un village au bout d’un fjord avec leurs cinq enfants, où ils se lient d’amitié avec leurs voisins. Les filles aînées des deux familles deviennent vite très proches, malgré des éducations radicalement différentes. Ce tableau idyllique prend fin lorsque des enseignants découvrent des bleus sur le corps d’Elia (Vanessa Ceban), l’aînée de la famille Gheorghiu.
Le Festival de Cannes n’a plus aucun secret pour lui : la présentation de son premier long-métrage, Occident, à la Quinzaine des Réalisateurs en 2002, deux prix pour Au-delà des collines en 2012, une participation au jury de la 66ème édition l’année suivante, et le Prix de la mise en scène pour Baccalauréat en 2016, sans oublier une première Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007… Décidément, Cristian Mungiu est un grand habitué de la Croisette. Le réalisateur roumain récolte donc une seconde Palme d’Or pour Fjord, un septième long-métrage troublant.

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Également scénariste de son film (comme pour tous les autres), Cristian Mungiu s’est fortement inspiré de l’affaire Bodnariu, survenue fin 2015, mais peu – voire pas – connue en France. A l’époque, cette histoire avait alimenté le débat public autour de l’éducation, des valeurs familiales, et des tensions entre visions traditionnelles et progressistes… On retrouvera quasiment la même chose dans son film.
Après six longs-métrages tournés en Roumanie, son pays d’origine, Cristian Mungiu décide cette fois de poser sa caméra en Norvège, dans des décors réels magnifiques, sur la côte ouest du pays, entre Ålesund et le fjord de Stranda. Les paysages enneigés de carte postale se succèdent sur le grand écran, offrant au spectateur un vrai plaisir visuel, et lui permettant une immersion totale. Le film propose aussi un mélange des langues, qui illustre la rencontre entre deux cultures : vous entendrez aussi bien du norvégien que du roumain ou de l’anglais. Un mélange qui peut aussi être une barrière : celle de la communication entre des personnes qui ne partagent pas du tout les mêmes valeurs, et va faire naître les premières tensions, avant même le conflit principal du récit.

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A travers une histoire à branches multiples, Fjord aborde une réflexion profonde sur notre société actuelle et sa polarisation, et comporte de très nombreux messages significatifs et lourds de sens, sur des thèmes multiples, tels que la religion et l’éducation (les deux principaux), l’orientation sexuelle, l’immigration, ou encore le choc des cultures entre deux pays européens, pas si éloignées que cela géographiquement à l’échelle du globe. Sur un seul sujet, les opinions, valeurs et préjugés divergent selon de nombreux critères, notamment d’après une loi établie par un gouvernement. Cristian Mungiu nous montre à quel point une situation peut basculer très vite : un « simple » malentendu peut entraîner de vraies discordes, puis de graves sanctions à l’encontre d’une personne dont les intentions ne semblaient, a priori, pas mauvaises.
En Norvège, par exemple, où l’on va toujours écouter en priorité et croire la parole d’un enfant, une fessée ou même une simple tape sur la main peuvent facilement être considérées comme des actes de violences domestiques par le « Barnevernet », service norvégien de protection de l’enfance… Sur ce point, Fjord rappelle fortement La Chasse de Thomas Vinterberg (2012), dans lequel SPOILER ALERT Mads Mikkelsen incarne un quadragénaire accusé d’attouchements sexuels par une fillette dans la crèche où il travaille.

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A partir de quel moment peut-on considérer que des pratiques éducatives conventionnelles franchissent la limite de l’acceptable ? Y a-t-il une norme à adopter, et si oui, laquelle ? Fjord soulève de nombreuses questions qui continueront de vous tarauder bien après la séance. Sans jamais se prononcer pour ou contre les idées énoncées, Cristian Mungiu déclenche une forte remise en question chez le spectateur.
Problème : cette qualité, qui forge l’identité du film – et même toute l’œuvre du réalisateur – devient aussi un défaut, surtout quand la fin, SPOILER ALERT plutôt inattendue, ne nous apporte aucune réponse concrète, et laisse beaucoup trop d’éléments en suspens. On comprend bien la démarche de Cristian Mungiu, qui souhaite laisser une grande place à l’interprétation personnelle… mais là, ça va trop loin. Cristian Mungiu a ouvert trop de portes sans les refermer : on sent qu’il a voulu explorer de nombreuses pistes, au risque de s’y perdre, et de nous laisser en rade. Quelques longueurs s’ajoutent à cette fin légèrement décevante, notamment pour les scènes de procès, très détaillées.

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Aucun problème au niveau du casting. Renate Reinsve (Backrooms), qui s’est désormais fait un nom dans le cinéma scandinave, et même au-delà, livre ici une prestation convaincante, même si un cran en-dessous de ce qu’elle a pu nous montrer dans Valeur sentimentale de Joachim Trier (2025) et surtout dans Julie (en 12 chapitres) du même cinéaste, dont le premier rôle lui avait valu le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2021. L’actrice norvégienne donne la réplique à Sebastian Stan, connu pour son rôle de Bucky Barnes dans plusieurs films MCU, dont la saga Captain America (2011-2016), et que l’on n’a pas encore eu l’occasion de voir dans The Apprentice d’Ali Abbasi (2024), et méconnaissable dans le rôle de ce père de famille potentiellement violent. On salue son jeu très juste, qui renforce l’ambiguïté absolue de son personnage.
A choisir, on aurait plutôt attribué le Prix du scénario à Fjord, plutôt que la Palme d’Or, au vu de la qualité de son écriture, et de la force de son discours. Plus esthétique que 4 mois, 3 semaines, 2 jours, précédente Palme d’Or de Cristian Mungiu, mais tout aussi efficace et toujours aussi politique, comportant un message presque aussi fort, Fjord relancera à coup sûr des débats inépuisables sur des sujets aussi passionnants que lassants. Surtout, il met à l’épreuve les certitudes du spectateur, et contribue à maintenir son ouverture d’esprit… Des qualités cinématographiques dont on a cruellement besoin aujourd’hui.
17 / 20
Fanny BL
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Musiques entendues dans le podcast ♫
♪ « What If I Told You », musique originale du film Fjord, composée par Kaspar Kaae ℗ 2026 Plaza Mayor Company Ltd ;
♪ « Spiritual 3 », musique originale du film Fjord, composée par Kaspar Kaae ℗ 2026 Plaza Mayor Company Ltd ;
♪ « Shared Our Stories », musique originale du film Fjord, composée par Kaspar Kaae ℗ 2026 Plaza Mayor Company Ltd
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