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Hasard du calendrier : La Gradiva sort au cinéma au moment où les lycéens de France se mobilisent pour réclamer plus de droits et des conditions dignes dans le domaine scolaire. Ce premier long-métrage très réaliste, à la lisière du documentaire, fait plus que jamais appel à notre réflexion et relance des débats essentiels sur la jeunesse et le monde d’aujourd’hui.
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Le film commence. Nous voici à l’intérieur d’un train, embarqués avec un groupe de lycéens dans leur voyage scolaire vers Naples, sur les ruines de Pompéi. L’un d’eux raconte à ses amis qu’il veut partir à la recherche de ses racines, à travers une émouvante histoire d’amour entre ses grands-parents, originaires de Naples, sur fond tragique de tremblement de terre et de disparition, tandis que deux autres élèves sont en pleine découverte de leur sexualité dans un coin du wagon.
L’amour, la sexualité et l’éveil du désir sont donc au cœur de cette ouverture, qui nous immerge directement – et malheureusement trop brièvement – dans le film. La Gradiva nous fait vivre de l’intérieur toutes ces sensations vécues par les jeunes, l’excitation d’un voyage, la folie, l’énergie et la nonchalance qui les caractérisent. Comme si nous aussi, nous avions à nouveau 17 ans. De nombreux questionnements qui concernent cet âge sont abordés avec simplicité et maîtrise : le déterminisme social, l’identité, l’apprentissage, la communication, la santé… La réalisatrice, Marine Atlan, également co-scénariste du film avec Anne Brouillet, apporte également un regard novateur sur les rapports hommes-femmes, en déconstruisant les stéréotypes.

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Si La Gradiva nous plaît, c’est parce qu’il nous parle aussi et surtout de la détresse et du mal-être des jeunes d’aujourd’hui, mais aussi du système scolaire français défaillant, en terrible écho avec l’actualité. Il permet de mieux comprendre ce qu’ils vivent, leurs aspirations, et leurs inquiétudes face à l’avenir, mais se tourne aussi du côté des professeurs : il montre leur épuisement et leur lassitude dus à des conditions de travail déplorables, et rappelle l’énergie et la patience qu’implique l’organisation d’un voyage scolaire, et le fait d’être responsable d’une classe « lâchée dans la nature ».
Le film comporte un casting surprenant et réjouissant. Hormis Antonia Buresi (Dossier 137), qui propose un jeu convaincant et très juste dans le rôle de l’enseignante de latin, il est composé, pour une fois, d’acteurs et actrices non professionnels, notamment Colas Quignard, Suzanne Gerin et Mitia Capellier-Audat, tous repérés lors d’un casting sauvage. Ça fait du bien de voir des nouvelles têtes, qui, en plus, ont un talent inné. Tous trois incarnent des personnages complexes et attachants, qui représentent bien une grande partie de la jeunesse d’aujourd’hui : une jeunesse politisée, engagée dans le dialogue, comme on peut le voir dans la fameuse scène de débat au restaurant.

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C’est surtout Colas Quignard qui impressionne, dans la peau de Toni, un personnage sûr de lui en apparence, mais terriblement troublé à l’intérieur, en proie au doute, à la trajectoire intéressante. Le jeune homme nous touche par sa naïveté et sa sensibilité cachées derrière le masque de la virilité, dont les attentes envers ce voyage scolaire sont particulièrement élevées : [SPOILER ALERT] il s’est accroché à des souvenirs fabriqués, d’une famille idéale et aimante, pour se protéger de sa « vraie » famille, instable et souffrante.
Malgré quelques longueurs – plans un peu trop contemplatifs, sans action, ni avancée dans l’intrigue (hormis la scène d’ouverture), et une durée totale légèrement excessive (presque 2h30), La Gradiva reste une belle surprise, qui vous saisira là où vous ne vous attendiez pas, [SPOILER ALERT] notamment avec une fin très sombre et profondément troublante, le coup de grâce. [FIN] En résulte un premier long-métrage globalement convaincant, sans forcément être incontournable ou exceptionnel. A voir si vous en avez le temps.
16 / 20
Fanny BL
Film présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2026

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