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Après trois films axés sur des pans historiques de la Hongrie – son pays d’origine – et de la Pologne, dont son premier long-métrage, l’extraordinaire Fils de Saul (2015), multirécompensé à sa sortie, László Nemes continue d’explorer le passé avec Moulin, en hommage à la célèbre figure française de la Résistance. Que vaut ce nouveau drame ? Gilles Lellouche a-t-il la carrure pour ce rôle ?
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1942, durant l’Occupation de la France par l’Allemagne nazie. Jean Moulin (Gilles Lellouche) a pour mission d’unifier les réseaux de la Résistance, à la demande du général de Gaulle. Malgré ses efforts de discrétion, Moulin est arrêté l’année suivante par la Gestapo à Lyon, dirigée par Klaus Barbie (Lars Eidinger). Son silence héroïque face à la torture contribuera à faire naître un nouvel esprit de combat en France, à l’approche de la Libération.
La carrière de László Nemes a démarré sur les chapeaux de roue. Son premier long-métrage, Le Fils de Saul, avait remporté le triplé gagnant : Grand Prix au Festival de Cannes, Oscar et Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. Suivront Sunset (2018) et Orphelin (2026), tous deux axés sur des époques différentes de l’Histoire de son pays, la Hongrie. Le réalisateur se penche désormais sur celle du nôtre (où il vit depuis 1989), à travers une figure qu’on ne présente plus : Jean Moulin.

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Pour la première fois de sa carrière, László Nemes réalise un film dont il n’a pas écrit le scénario. Le script, déjà existant, est signé Olivier Demangel, également co-scénariste de Chien 51 (2025) et Novembre (2022) de Cédric Jimenez, entre autres. Le résultat est plutôt satisfaisant – surtout quand on sait qu’il existe très peu d’informations et archives au sujet des derniers jours de Jean Moulin – hormis un début un peu cafouilleux au niveau des dialogues, parfois un peu trop techniques, comportant beaucoup de mots et noms de code, des lieux, ou autres éléments en pagaille qui semblent organisés, mais parfois nous échappent, et rendent plus difficile l’immersion immédiate dans le récit.
Avis aux spectateurs lyonnais : vous risquez d’être déçus de ne pas reconnaître votre ville. Bien que l’histoire se situe à Lyon et dans sa périphérie, le film a été tourné en Hongrie et dans des studios, pour des besoins de reconstitution. Cela n’enlève toutefois rien à la beauté des décors, dont certains ressemblent fortement à certains quartiers de la Capitale des Gaules. On peut remercier László Nemes et sa capacité à nous plonger immédiatement dans l’ambiance d’un film d’époque, mais aussi à s’entourer des bons professionnels, dont le chef décorateur Stéphane Rozenbaum, la costumière Andrea Flesch, ou encore la compositrice Laetitia Pansanel-Garric, pour la musique originale. N’oublions pas l’habituel directeur de la photographie, Mátyás Erdély, qui livre, une fois de plus, une image très réussie, avec des plans esthétiques, et un travail important sur la clarté et l’obscurité.

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Dans son ensemble, la réalisation de Moulin est magistrale. Il y a également un vrai travail sur le son, illustré par de nombreuses scènes hors-champ qui font appel à notre imagination plutôt que de préfabriquer des éléments narratifs et de tout livrer sur un plateau. On retrouve, chez le réalisateur, le même souci du détail : il propose de belles idées visuelles, comme des jeux de miroir ou de reflets dans l’eau.
Après Patrice Chéreau, Charles Berling, Francis Huster, et dernièrement Félix Kysyl (dans le diptyque La Bataille de Gaulle), c’est au tour de Gilles Lellouche d’interpréter Jean Moulin. Des attentes élevées pesaient sur la prestation de ce rôle emblématique. Et c’est là que le bât blesse : le résultat est légèrement décevant. L’ensemble manque de crédibilité et de naturel, comme si l’acteur ne s’autorisait pas pleinement à incarner une figure aussi importante… On a déjà souvent tendance à associer Gilles Lellouche au registre comique, et bien qu’il n’en soit pas à son coup d’essai dans celui du drame, on ne peut pas s’empêcher, en le voyant à l’écran, de penser au personnage d’Obélix, qu’il endossait malgré tout à merveille dans le dernier film adapté de la célèbre BD (Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, de Guillaume Canet, 2023). Son jeu n’est ici qu’à moitié convaincant, heureusement rattrapé par l’exceptionnelle performance de son partenaire Lars Eidinger, dans la peau de l’effroyable Klaus Barbie.

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On salue aussi la prestation de Félix Lefebvre, très juste dans un rôle pourtant secondaire. L’acteur semble se bonifier avec le temps, depuis ses débuts remarqués dans Été 85 de François Ozon (2020). En revanche, concernant Louise Bourgoin, son absence de charisme est presque aussi flagrant que d’habitude, bien que son personnage, créé de toutes pièces pour apporter une touche de poésie et d’humanité à l’Histoire vraie, soit intéressant.
Il est presque inutile de le préciser : Moulin réserve quelques scènes psychologiquement difficiles, mais sans surprise, vu le sujet du film. La fin, lourde de sens et tout en simplicité (des photos sont montrées, accompagnées d’un extrait du poème La Ballade de celui qui chanta dans les supplices de Louis Aragon, déclamé par Gilles Lellouche), invite à tirer ses propres conclusions et à une grande réflexion sur le monde d’aujourd’hui, notamment sur les thèmes du courage, de l’héroïsme, et de la peur de mourir. Malgré un jeu d’acteurs – et/ou une direction d’acteurs – en demi-teinte, ce long-métrage contient de nombreuses qualités, et propose une exploration poignante de la mémoire et de l’Histoire européenne, surtout grâce au talent indéniable de son réalisateur, et du travail remarquable de son équipe technique.
17 / 20
Fanny BL
Film présenté en compétition officielle – Festival de Cannes 2026

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Musiques entendues dans le podcast ♫
♪ « Rues désertes », musique originale tirée du film Moulin, composée par Laetitia Pansanel-Garric ℗ 2026 Pitchipoï Productions under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
♪ « La fausse libération », musique originale tirée du film Moulin, composée par Laetitia Pansanel-Garric ℗ 2026 Pitchipoï Productions under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
♪ « Ne jamais se rendre », musique originale tirée du film Moulin, composée par Laetitia Pansanel-Garric ℗ 2026 Pitchipoï Productions under exclusive license to Milan Records, a label of Sony Music Entertainment
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