[Grands classiques] « Elephant Man » de David Lynch + Podcast « Les monstres du cinéma »

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Podcast musical : sélection de 5 monstres « humains » du cinéma

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« Elephant Man » de David Lynch : beauté monstrueuse

L’histoire tragique d’une créature mi-humaine mi-monstrueuse, dotée d’une extrême gentillesse, et rejetée par la société uniquement en raison de son apparence repoussante… C’est un thème souvent repris au cinéma, qui a donné naissance à de nombreux héros. Plus de 40 ans après sa sortie, Elephant Man continue de fasciner et de plaire. Ce n’est peut-être pas le plus grand classique de l’histoire du 7ème Art, mais il reste tout de même un film emblématique de l’œuvre de David Lynch.

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C’est dans un univers à la fois sombre et merveilleux que David Lynch nous invite dès le début du film, dans un noir et blanc symbolisant l’ombre et la lumière. Bienvenue dans le monde du cirque et de la foire aux monstres, à la fin du XIXème siècle, époque durant laquelle les personnes avec une malformation ou un handicap (femme à barbe, nain, homme-tronc) étaient exhibées au public comme de vulgaires bêtes de curiosité. David Lynch s’inspire directement du classique Freaks (1932) de Tod Browning, pour planter son décor. Nous voilà donc plongés dans une ambiance mi-nostalgique mi-malsaine, où les étoiles côtoient la misère.

Pour les personnes connaissant peu ou pas le style « lynchien », ou n’étant pas trop fans de ses autres films, rassurez-vous : celui-ci est assez différent, déjà pour son mode de narration, plutôt classique et linéaire comparé aux autres œuvres de David Lynch. Et contrairement à ce que le titre et l’affiche pourraient faire craindre, ce long-métrage n’est pas bizarre, effrayant, ou incompréhensible. Il est totalement accessible au grand public. On reconnaît seulement la griffe « lynchienne » par moments, surtout dans la première scène, à mi-chemin entre le songe et la réalité, le conscient et l’inconscient. Et ce n’est pas dérangeant.

A gauche : le Docteur Frederick Treves montre l’homme-éléphant à ses confrères médecins

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Niveau scénario, Eric Bergen et Christopher De Vore ont adapté l’histoire vraie de Joseph Merrick, surnommé « Elephant Man » (« l’homme-éléphant »), en raison de ses nombreuses difformités dues à une maladie, à partir des mémoires écrites en 1923 par Frederick Treves, médecin britannique de l’ère victorienne fasciné par cet homme, qui décide de le prendre en charge comme patient – démarche à mettre sur le compte de la curiosité scientifique. Quelques libertés ont ensuite été prises sur certains éléments, comme le début et la fin de l’histoire originale, le nom du personnage principal, sa capacité de parler, ou encore l’origine de ses malformations – la maladie est ici remplacée par un accident avec des éléphants, dont est victime sa mère quand elle est enceinte de lui.

Jeu de cache-cache

Au début du film, Elephant Man est présenté comme une sorte de mythe. Il est constamment caché derrière un rideau (ou parfois par un sac en toile de jute sur la tête) : seules certaines personnes peuvent le voir en « spectacle », après avoir payé bien sûr… l’argent étant récolté par le montreur de foire, Bytes (Freddie Jones). L’apparence de cette mystérieuse créature n’est donc pas dévoilée tout de suite au spectateur : Lynch joue avec le suspense, et nous le montre d’abord à travers la réaction horrifiée des personnes qui croisent sa route.

Une fois que l’on découvre cet homme-éléphant, on se retrouve face à un personnage touchant, humble… et surtout, inoffensif, contrairement à ce que les apparences peuvent laisser croire. On s’attache immédiatement à lui et on ressent beaucoup de compassion et de tendresse à son égard. Le plus admirable, c’est que David Lynch arrive à nous montrer et à nous faire ressentir ces émotions sans jamais verser dans le pathos ou le tire-larmes – y compris dans la scène finale dont on ne dira rien.

Anthony Hopkins dans le rôle du Dr Frederick Treves

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Le spectateur s’indigne de constater que John Merrick est condamné à un destin inévitable : celui de rester une attraction ambulante, même quand il est recueilli à l’hôpital par le Dr Frederick Treves, et malgré tous les bons sentiments de la plupart des personnes qui l’entourent, comme les infirmières. On se demande toujours à quel point une personne qui l’approche de lui est intéressée ou désintéressée, quel est son degré de sincérité, comme par exemple, la comédienne de théâtre Mrs. Kendal (Anne Bancroft).

Le rôle d’une vie

Dans la peau de cet homme-éléphant : le grand John Hurt, méconnaissable sous un maquillage bluffant créé par Christopher Tucker, élaboré directement à partir des moulages en plâtre de certaines parties du corps du véritable Joseph Merrick, conservées à l’époque dans un but scientifique. Avec ce rôle, l’acteur britannique sera nommé pour l’Oscar et le Golden Globe du meilleur acteur dans un premier rôle, et décrochera un BAFTA bien mérité, qui lui permettra d’accéder définitivement à la célébrité, un an après s’être déjà fait remarquer dans Alien, le huitième passager de Ridley Scott.

Face à John Hurt : un Anthony Hopkins brillant, dans la peau du Dr. Frederick Treves. L’acteur, âgé de 43 ans au moment de la sortie du film, n’a pas encore atteint sa véritable consécration, puisqu’il interprétera, neuf ans plus tard, un autre docteur beaucoup plus angoissant : Hannibal Lecter, dans Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, et décrochera ainsi l’Oscar et le BAFTA du meilleur acteur. On se plaît à le découvrir ou le redécouvrir dans un rôle plus ancien, mais déjà très éloquent.

Elephant Man est un film plein de sensibilité, de beauté et d’humilité, qui veut nous faire comprendre – comme de nombreux autres long-métrages sur ce thème -, que le véritable monstre n’est pas le personnage principal, mais toute personne qui s’en prend à lui, le juge ou le regarde sans bienveillance. De manière plus générale, il porte une réflexion stricte mais réaliste sur l’humanité, en nous montrant à quel point elle peut faire preuve de cruauté face à la différence, l’excentrique ou l’anormalité.

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Film disponible sur la plateforme Netflix

John Hurt dans le rôle d’Elephant Man alias John Merrick. Copyright D.R.

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Fanny BL

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Musiques entendues dans le podcast

Adagio pour cordes, Quatuor à cordes no 1, Op. 11 de Samuel Barber (1936), utilisé pour la bande originale du film Elephant Man (1980)

♪ Musique originale de Frankenstein, composée par Bernhard Kaun (1931)

♪ Chanson « Rien qu’un jour » (Out There) extraite du dessin animé Le Bossu de Notre-Dame (1996), composée par Alan Menken, paroles de Stephen Schwartz, interprétée par Francis Lalanne. DR Disney©

♪ Musique originale d’Edward aux mains d’argent, composée par Danny Elfman (1990)

♪ Musique originale de La Forme de l’eau, composée par Alexandre Desplat (2017)

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