« Babylon » : La lettre d’amour de Damien Chazelle au cinéma

Après un quatrième long-métrage en décalage avec le reste de sa filmographie (First Man – Le Premier homme sur la Lune), Damien Chazelle revient à ses premières amours avec Babylon : la musique et le cinéma. Dans ce film choral sur le Hollywood des années 1920, il propose une sorte de mise en abyme géante, aux multiples références et clins d’œil, qui vous convaincra… ou pas ?

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Inutile de le préciser aux fans : Damien Chazelle est un adorateur du cinéma, jusque dans sa façon de faire ses films. Pour raconter la période de rupture qu’a connu Hollywood dans les années 20 avec l’arrivée du cinéma parlant, le réalisateur a tourné son film en 35 mm, au format anamorphique, c’est-à-dire qui redonne une image panoramique lors de la projection sur grand écran, pour mieux rendre compte de l’aspect grandiloquent du Los Angeles de cette époque… Un format et une ville qu’il avait déjà choisis pour La La Land, vous ne serez donc pas dépaysés et retrouverez son univers.

Damien Chazelle commence fort. La scène d’ouverture, tournée avec 400 figurants, est assez surprenante, comparée à l’image « classe » des années 20 qu’on avait à l’esprit (ils étaient vraiment dévergondés à ce point  à cette époque ?), et très organique. Dans un décor de fête géante qui rappelle l’ambiance du Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann, on a droit à une explosion visuelle de couleurs et de corps plus ou moins nus qui s’entremêlent… Le cinéaste n’hésite pas à employer les grands moyens et montre tout : le vomi, l’urine, l’alcool qui coule à flots, la coke sous forme de grands dômes blancs… Il est clair qu’il veut nous montrer une facette méconnue du Hollywood de cette époque : un Hollywood sombre, crasseux, sauvage.

Brad Pitt et Diego Calva © 2022 Paramount Pictures. All Rights Reserved

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L’énorme atout dont dispose Babylon : son casting. Damien Chazelle peut compter sur la présence de Brad Pitt et Margot Robbie pour attirer les foules. Le premier incarne avec une grande classe la star de cinéma à l’ancienne. Un acteur déchu, qui passe de la célébrité à la ringardise en un rien de temps, dès l’arrivée du cinéma parlant. On se demande même si Brad Pitt ne serait pas en train de regarder dans une boule de cristal à travers son rôle, bien qu’il n’en soit absolument pas là aujourd’hui.

De son côté, Margot Robbie est toujours aussi excellente, très juste dans le rôle de cette jeune actrice à la fois talentueuse et torturée, pleine d’addictions, et hantée par de nombreux fantômes. En dehors de son rôle de Harley Quinn pour lequel elle est probablement la plus connue aujourd’hui, l’actrice australienne nous avait surtout éblouis dans Moi, Tonya (2017) et Marie Stuart, Reine d’Ecosse (2018). Le reste du casting est impeccable, même si SPOILER ALERT Tobey Maguire arrive bien trop tard dans le film (on l’avait même oublié !) et tient finalement un bien trop petit rôle.

Babylon contient de nombreuses références au monde du cinéma, dont Chantons sous la pluie (qui avait déjà eu droit à son clin d’œil dans La La Land), dont l’histoire ressemble d’ailleurs fortement à celle de Babylon… Mais Damien Chazelle ne s’en cache pas puisqu’il « projette » carrément une scène de la célèbre comédie musicale sur un écran de cinéma, à l’intérieur même de son film (scène vue par le personnage de Manny, incarné par Diego Calva). Ces multiples références plairont aux cinéphiles aguerris, mais pourraient perdre au passage quelques non-connaisseurs et/ou jeunes spectateurs.

Margot Robbie alias Nelly LaRoy © 2022 Paramount Pictures. All Rights Reserved

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Le hic : Damien Chazelle s’installe parfois un peu trop dans une réalisation très « américaine ». Il use et abuse des montages alternés qui deviennent fatigants pour l’œil, et verse un peu trop souvent dans la provocation gratuite (la scène avec le serpent, par exemple, nous semble inutile, presque ridicule, et ne fait pas avancer l’intrigue). Le scénario est tout de même très convaincant (écrit par Damien Chazelle, comme pour quasiment tous ses autres films) : on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer, malgré la durée importante du film, près de 3h10.

Les dialogues sont toujours aussi bons, et le rendu esthétique, toujours aussi réussi. Le réalisateur s’entoure des mêmes chef monteur (Tom Cross), cheffe costumière (Mary Zophres) et compositeur (son fidèle collaborateur Justin Hurwitz, Golden Globe 2023 de la meilleure musique, nommé pour l’Oscar et le Bafta dans la même catégorie) que pour tous ses autres films, et ça se ressent au visionnage : montage bien rythmé, costumes magnifiques, musique géniale… Après tout, on ne change pas une équipe qui gagne !

Diego Calva alias Manny Torres © 2022 Paramount Pictures. All Rights Reserved

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Toujours avec beaucoup de poésie, Damien Chazelle envoie des messages forts sur l’évolution et les progrès de la société, le temps qui passe, la peur de l’abandon, de la solitude et de l’échec, mais aussi le besoin de faire exploser sa carrière, en particulier dans le milieu du cinéma. Il termine son œuvre par une déclaration d’amour au 7ème Art, mais aussi aux spectateurs, et les supplie de revenir plus souvent en salles, à une époque un peu compliquée pour ce secteur.

Ce montage final, en décalage avec le reste du film, nous embarque dans un vortex géant, sorte de gloubi-boulga de l’histoire du cinéma en 90 secondes. On frôlerait presque la publicité pour le Printemps du cinéma ou autre festival avec des tarifs réduits, et même si Babylon attire un public plus large que Whiplash ou La La Land (les comédies musicales ne plaisent pas à tout le monde), le réalisateur s’adresse tout de même à des spectateurs qui ont déjà fait la démarche d’aller au cinéma, et prêche donc des convaincusMission à moitié réussie, Monsieur Chazelle !

Babylon est une grande fresque sur une période de chamboulement en lien évident avec celui de notre époque : les années 2020 sont le symbole d’une nouvelle menace d’extinction pour le cinéma, qui a su renaître de ses cendres. Sans être un chef d’œuvre, ce cinquième film est un gros morceau, réalisé par un cinéaste propulsé très tôt dans la cour des grands depuis le sacre de La La Land en 2017, et qui semble, donc, ne plus avoir besoin de faire ses preuves. Et pourtant… Malgré un message fort et inspirant et de nombreuses autres qualités, Babylon a eu moins de résonance dans notre cœur par rapport à Whiplash et La La Land, qui furent respectivement une vraie claque et un coup de foudre.

16 / 20

Fanny BL

Scène de fête dans Babylon © 2022 Paramount Pictures. All Rights Reserved

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