Écoutez mon Top 10 en version podcast ci-dessous !
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Voilà une nouvelle année qui démarre sous les meilleurs auspices pour le cinéma ! Les chiffres de fréquentation des salles françaises ont été excellents en 2023 : près de 181 millions d’entrées enregistrées, soit une hausse de 18,9% par rapport à 2022, selon le site officiel du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée)… Des résultats proches des niveaux d’avant-crise.
De nombreux films ont contribué à ce succès, dont certains se retrouvent dans ce Top 10 des meilleurs films de 2023, et/ou figurent parmi les favoris aux prochaines grandes compétitions, comme les Oscars. Les voici, toujours dans l’ordre décroissant. Alors, serez-vous d’accord avec ce classement ? Quels ont été vos chouchous l’an dernier, ceux qui vous ont le plus marqués, passionnés, transportés ? Dites-le en commentaire !
Et… ne ratez pas le bonus à la fin de cet article !
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10. Le Temps D’Aimer, de Katell Quillévéré

Sorti le 29 novembre
Suzanne (2013), Réparer les vivants (2016)… Les précédents films de Katell Quillévéré en tant que réalisatrice et scénariste nous avaient largement convaincus. Pour son quatrième long-métrage, la cinéaste est allée puiser directement dans le réel, en s’inspirant du vécu de sa propre grand-mère et en proposant une reconstitution historique réussie, qui donne plus d’authenticité à l’ensemble. Katell Quillévéré choisit un tournage en caméra à l’épaule et des plans serrés, dans des décors naturels. Elle redonne ses lettres de noblesse au mélodrame, en proposant une variation moderne du genre.
Dans Le Temps D’Aimer, Katell Quillévéré ressort des ingrédients déjà utilisés dans ses précédents films, qu’elle maîtrise amplement, notamment les notions de réparation et de résilience, à travers deux personnages marginaux, incarnés avec brio par Vincent Lacoste et Anaïs Demoustier. La réalisatrice aborde aussi l’épineux sujet des secrets de famille, principal moteur de cette histoire… Un sujet universel qui parlera donc forcément à tout le monde.
La critique complète du Temps D’Aimer et le podcast qui l’accompagne, avec l’interview de l’équipe du film, sont à retrouver ici !
9. Mon Crime, de François Ozon

Sorti le 8 mars
Après 35 ans d’activité en tant que réalisateur, François Ozon n’a plus vraiment besoin de faire ses preuves, même si tout le monde n’adhère pas forcément à son style, et que ses films ne font pas l’unanimité. Avec Mon Crime, il signe une nouvelle comédie théâtrale rétro, colorée et rythmée, dans la même veine que 8 femmes (2002) et Potiche (2010), et en explorant davantage le genre whodunit (sorte de film policier, « whodunit » étant la contraction de « Who has done it ? », qui signifie « Qui l’a fait ? »).
François Ozon avait déjà exploré le film d’époque une première fois, avec Angel (2007), dont la trame se situe en 1905 en Angleterre. Dans Mon Crime, l’histoire se déroule dans le Paris des années 30, avec des décors, costumes, maquillages et coiffures remarquables. Malgré ce décalage temporel, les sujets abordés – notamment les droits des femmes – pourraient très bien être appliqués à la société d’aujourd’hui, et c’est pour cela que ce film vaut le détour. A travers cette nouvelle comédie à la fois kitsch et glamour, on suit, pas à pas, une enquête prenante à partir d’un meurtre, mais abordée sur un ton léger, notamment grâce aux figures de « vieux cochons », tournées en ridicule.

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François Ozon aborde aussi la notion de mensonge – pour pouvoir accéder à la vérité ou la faire éclater -, d’arnaque, et donc, le fait de « jouer la comédie » dans tous les sens du terme, de « tromper » l’autre… Le spectateur lui-même sera trompé : le réalisateur joue avec ses croyances et ses sentiments.
Le film doit aussi son intérêt à son casting : hormis Nadia Tereszkiewicz, qui livre exactement le même jeu exagéré que dans Les Amandiers (2022), tous les acteurs et actrices brillent par leur talent, surtout le très fidèle Fabrice Luchini, André Dussollier, et Rebecca Marder, l’une des futures grandes actrices de sa génération. Mention spéciale pour Isabelle Huppert, sorte de Cruella d’enfer revisitée (par son look seulement), géniale dans ce rôle de comédienne très futée.
8. Anatomie d’une chute, de Justine Triet

Sorti le 23 août
C’est une histoire semblable à un conte de fée qui est en train de s’écrire pour Anatomie d’une chute. Passée du quasi-anonymat (pour le grand public) à la consécration totale en l’espace de dix ans, Justine Triet a d’abord décroché la Palme d’Or 2023 en mai dernier pour ce quatrième long-métrage. Depuis, son film poursuit son bonhomme de chemin, et est en train de devenir un succès dans le monde entier, non seulement en salles (plus de 1,3 million de spectateurs en France et près de 1,6 million à l’étranger au 5 janvier dernier, selon France Info), mais aussi au niveau des récompenses.
En 2024, il est devenu le premier film français à remporter le Golden Globe du meilleur scénario, et a aussi décroché le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère… sans oublier ses sept nominations aux BAFTA, l’équivalent des César au Royaume-Uni (cérémonie le 18 février). Mais surtout, Anatomie d’une chute vient aussi d’être nommé dans cinq catégories aux Oscars, dont celle du meilleur film. Une belle revanche pour la réalisatrice dont le long-métrage n’avait pas été retenu dans les présélections pour représenter la France dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère » (c’est La Passion de Dodin Bouffant, de Tran Anh Hung, qui avait d’abord été choisi, avant d’être finalement éliminé). Enfin, Anatomie d’une chute pourrait aussi à nouveau être couronné dans son propre pays d’ici le mois prochain, puisqu’il est nommé dans pas moins de 11 catégories aux César 2024, dont celle du meilleur film… On aura la confirmation (ou non) de cette consécration les 23 février (cérémonie des César) et 10 mars (Oscars) prochains.

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Anatomie d’une chute est un film à la fois puissant et minutieux, qui dissèque la relation d’un couple à travers un format judiciaire maîtrisé. Le scénario est soigneusement écrit, et la mise en scène impeccable. Bien qu’elle ne soit pas adaptée de faits réels, l’histoire est très réaliste, et se rapproche ainsi du documentaire ou du reportage.
La grande force du film, c’est la multiplicité des interprétations possibles, d’après les différents éléments et témoignages de l’affaire. Le spectateur se positionne en juré et se pose un milliard de questions, jusqu’à la toute fin. Pendant les longs interrogatoires, le doute est omniprésent, et on change d’opinion en permanence. Cela rappelle La Vérité (1960), avec Brigitte Bardot, La Fille au bracelet (2020), et même un peu Douze hommes en colère (1957), car, comme dans le film de Sidney Lumet, on est invités à se demander selon quels critères on peut juger une personne, et si le verdict aurait été le même dans d’autres circonstances.
Mais alors, pourquoi cette 8ème place dans ce classement, demanderez-vous ? Anatomie d’une chute est certes très convaincant, et on vous conseille de le voir, mais il n’est pas si exceptionnel… On comprend qu’il collecte de nombreux prix, mais si ça ne tenait qu’à nous, on ne lui en aurait pas forcément décerné autant. Il manquerait un petit quelque chose, mais on ne sait pas vraiment quoi… Dans un genre similaire, La Nuit du 12 de Dominik Moll (2022) avait davantage habité notre esprit. En somme, Anatomie d’une chute est un film excellent, mais on ne lui attribuera pas l’étiquette de chef-d’œuvre.
La critique complète d’Anatomie d’une chute et le podcast qui l’accompagne sont à retrouver ici !
7. Le Règne animal, de Thomas Cailley

Sorti le 4 octobre
Voilà l’autre grand favori des César 2024, et même un peu plus qu’Anatomie d’une chute, puisque Le Règne animal a obtenu 12 nominations, dont celles de meilleur film et meilleure réalisation pour Thomas Cailley. On avait beaucoup aimé Les Combattants (2014), son premier long-métrage, qui avait lui-même remporté trois César, dont celui du meilleur premier film. C’est donc avec une grande curiosité qu’on est allé découvrir Le Règne Animal (présenté au Festival de Cannes 2023), déjà pour son synopsis original : l’histoire se déroule dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux… Une idée de départ peu habituelle au cinéma, surtout en France.
Malgré le genre du film, que l’on pourrait qualifier de « science-fiction », Thomas Cailley n’a tourné que dans des décors réels, laissant donc de côté le tournage en studio et les fonds verts. Il propose des effets spéciaux de qualité, en mélangeant plusieurs techniques : maquillage, VFX (effets visuels), animatronique… Ajoutez-y un casting brillant, composé de Romain Duris et Paul Kircher pour le duo principal, sans oublier Adèle Exarchopoulos, mais surtout Tom Mercier (La Bête Dans La Jungle) époustouflant dans un rôle qu’on ne dévoilera pas, pour vous laisser toute la surprise.

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A partir du thème de la mutation, le film aborde des sujets en phase avec les questionnements qui taraudent notre société actuelle : l’acceptation de la différence, le corps qui change, l’émancipation, la transmission, la destruction d’un monde, et les relations entre l’humain et l’animal.
En plus de pousser à la réflexion, Le Règne animal est un film émouvant, notamment par la relation entre le père et son fils, ainsi que le regard bienveillant que tous deux portent sur la mère. Il comporte aussi des passages stressants et légèrement effrayants… Un cocktail réussi qui vous fera vivre une expérience plutôt unique. Impossible de le rater !
6. The Fabelmans, de Steven Spielberg

Sorti le 22 février
Un an après le formidable remake de West Side Story (sorti avec beaucoup de retard en raison de la pandémie de Covid-19), Steven Spielberg nous propose ici une plongée dans son enfance, sa famille, et son histoire d’amour avec le cinéma. Car c’est de cela dont il s’agit : un bel hommage au 7ème Art, dans la lignée de Babylon de Damien Chazelle, et Empire of Light de Sam Mendes, sortis exactement à la même période (entre janvier et mars 2023). A travers de nombreux clins d’œil à sa propre filmographie, Steven Spielberg nous fait découvrir (ou redécouvrir) comment cette passion est née, et à quel point il a dû se battre pour en faire son métier, beaucoup moins « noble » à cette époque. Le réalisateur américain nous montre aussi la relation forte qu’il avait avec sa mère (incarnée par Michelle Williams), et les obstacles personnels qu’il a dû surmonter au fil des ans.
The Fabelmans est un film qui raconte avant tout une famille, et s’adresse donc à un public large… Malgré ses nombreuses qualités, il reste très (trop ?) « américain » et comporte quelques longueurs, en plus de sa durée déjà importante (2h31). En somme, même s’il s’agit probablement de son film le plus intime, The Fabelmans n’est pas le meilleur Spielberg, comparé aux quelques chefs-d’œuvre qui ont fait sa renommée.
5. Vermines de Sébastien Vaniček

Sorti le 27 décembre
Un film d’horreur avec des araignées, ça ne donne pas forcément envie à tout le monde… Et pourtant, Vermines ne propose pas seulement de jouer à se faire peur : plutôt survival movie (si on devait vraiment le mettre dans une case), ce « petit » film de genre français comporte de nombreux messages implicites, au point de valoir le coup d’œil et quelques frissons d’angoisse !
A travers des scènes effrayantes mais justifiées, sans abuser gratuitement des jump scare, Sébastien Vaniček transforme l’araignée en symbole de « délit de sale gueule », de xénophobie et d’intolérance. Dans ce huis-clos qui rappellera forcément le confinement lors de la pandémie de Covid-19, le réalisateur pointe du doigt les violences policières et le manque de communication entre le gouvernement et les jeunes des banlieues.
Après La Haine de Mathieu Kassovitz, Les Misérables de Ladj Ly, ou encore Bac Nord de Cédric Jimenez, Sébastien Vaniček apporte une lumière nouvelle au film de banlieue. Il s’éloigne du simple drame ou de la comédie potache souvent caricaturale pour montrer quelque chose d’original, et dénonce de nombreux fléaux à travers une forme différente de divertissement : la peur et le suspense. Cerise sur le gâteau : le réalisateur change les critères habituels des personnages féminins dans un film d’horreur (incarnés par Sofia Lesaffre et Lisa Nyarko), souvent très clichés : au lieu de se contenter de pousser des cris suraigus, elles font preuve d’un grand courage et prennent des initiatives. Bref, pas étonnant que Vermines soit nommé aux César 2024 dans la catégorie « meilleur premier film » !
La critique complète de Vermines et le podcast qui l’accompagne, avec l’interview de l’équipe du film, sont à retrouver ici !
4. Killers of the Flower Moon, de Martin Scorsese

Sorti le 18 octobre
Drame, film historique, thriller, western… Killers of the Flower Moon est avant tout un mélange des genres, ce qui, selon nous, est un réel atout. Concernant la durée du film (3h26), qui peut en effrayer plus d’un, rassurez-vous : le temps passe plutôt « vite », une fois qu’on est absorbé par l’histoire. Tirée du livre éponyme de David Grann (publié en 2017), cette dernière raconte une série de meurtres abjects commis sur la tribu amérindienne Osage, en Oklahoma, dans les années 1920. Le fait de savoir que cette part d’Histoire a longtemps été censurée aux États-Unis renforce l’authenticité du récit et l’intérêt du spectateur.
On a d’ailleurs trouvé cette histoire beaucoup plus prenante que celle du film précédent de Martin Scorsese, The Irishman (sorti en 2019, uniquement sur Netflix) d’une durée très similaire, de 3h29. Pour le coup, ce long-métrage est vraiment alourdi de longueurs, malgré son casting de haut vol, notamment constitué de Robert De Niro (non, sans rire ?)
L’acteur fétiche de Martin Scorsese figure d’ailleurs au casting de Killers of the Flower Moon, et donne la réplique à Leonardo DiCaprio. Étonnamment, c’est la première fois qu’ils se retrouvent tous deux sous la direction de l’immense réalisateur pour un même film (hormis celui-ci, ils n’ont joué ensemble que dans Blessures secrètes de Michael Caton-Jones en 1994 et Simples secrets de Jerry Zaks en 1998). Dans Killers of the Flower Moon, ils sont toujours aussi excellents (Robert De Niro vient d’ailleurs d’être nommé pour l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle), et leur duo fonctionne à merveille. Seul hic : Leonardo DiCaprio a adopté une moue à la De Niro ou à la Al Pacino – quand ils jouent des méchants. L’acteur garde cette déformation de la bouche vers le bas pendant presque tout le film (même sur l’affiche), comme un tic… Cela devient gênant !

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Mais c’est surtout Lily Gladstone qui éblouit. L’actrice amérindienne, jusqu’ici peu connue au cinéma (petits rôles dans des films de Kelly Reichardt), incarne à la perfection le rôle de Molly, cette femme très discrète, humble et résiliente, mais dotée d’une grande force. Lily Gladstone a d’ailleurs reçu le Golden Globe de la meilleure actrice début janvier, et est en bonne voie pour décrocher l’Oscar, puisque nommée dans la même catégorie… un double-sacre qui serait amplement mérité, et compenserait l’absence de nomination aux BAFTA.
Enfin, est-ce vraiment utile de préciser qu’en dehors de sa mise en scène, sa photographie (merci Rodrigo Prieto), son montage (merci Thelma Schoonmaker), ses dialogues et son casting excellents, Killers of the Flower Moon est aussi doté de décors, de costumes et de maquillages magnifiques ?
3. Babylon, de Damien Chazelle

Sorti le 18 janvier
Après un quatrième long-métrage en décalage avec le reste de sa filmographie (First Man – Le Premier homme sur la Lune, Damien Chazelle revient à ses premières amours : la musique et le cinéma. Dans ce film choral sur le Hollywood des années 20, il propose une sorte de mise en abyme géante, aux multiples références et clins d’œil à tout-va. Le cinéaste n’hésite pas à employer les grands moyens et montre tout : la part lumineuse d’Hollywood comme sa part d’ombre.
L’énorme atout dont dispose Babylon : son casting. Brad Pitt incarne avec classe la star de cinéma à l’ancienne, un acteur déchu qui passe de la célébrité à la ringardise en un clin d’œil, dès l’arrivée du cinéma parlant. De son côté, Margot Robbie est toujours aussi excellente, très juste dans le rôle de Nelly LaRoy, cette jeune actrice à la fois talentueuse et torturée, pleine d’addictions, hantée par de nombreux fantômes.

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Babylon est une grande fresque sur une période de chamboulement en lien évident avec celui de notre époque : les années 2020 sont le symbole d’une nouvelle menace d’extinction pour le cinéma (finalement pas confirmée). Le hic : Damien Chazelle s’installe parfois un peu trop dans une réalisation « à l’américaine » : il use et abuse des montages alternés qui deviennent fatigants pour l’œil, et verse un peu trop souvent dans la provocation gratuite.
Babylon a eu moins de résonance dans notre cœur par rapport aux films précédents de Damien Chazelle, Whiplash et La La Land, qui furent respectivement une vraie claque et un coup de foudre. Mais son message fort et inspirant, ainsi que ses nombreuses autres qualités (dialogues, rendu esthétique, etc.) lui permettent tout de même de figurer sur le podium de ce classement !
La critique complète de Babylon et le podcast qui l’accompagne sont à retrouver ici !
2. Empire of light, de Sam Mendes

Sorti le 1er mars
Tout comme Babylon de Damien Chazelle et The Fabelmans de Steven Spielberg, Empire of light est un très bel hommage au cinéma. Tous ces films sont sortis à la même période (entre janvier et mars 2023), et nous ont donc fait rester dans un même élan, une continuité… Comme si, dans cette ère post-Covid, les cinéastes ressentaient un besoin vital de faire leur déclaration d’amour officielle, avant qu’il ne soit trop tard… et peut-être aussi, pour convaincre le public de retourner en salles (il semblerait d’ailleurs que ça ait marché !)
L’histoire d’Empire of light se déroule dans un cinéma américain magnifique, un lieu avec un charme « à l’ancienne » (moquette rouge, rampes dorées, grandes salles avec balcon), qui nous met tout de suite dans une ambiance très nostalgique, ALERT SPOILER surtout quand on découvre qu’une partie du bâtiment est désaffectée, avec une sorte de « salle secrète » découverte par les héros. FIN SPOILER Sam Mendes plonge son spectateur dans des décors fabuleux : le cinéma Empire devient un personnage à part entière.
Le réalisateur, qui nous a déjà largement convaincus par le passé (American Beauty, 1917, Les Noces Rebelles, et les James Bond Skyfall et 007 Spectre), réalise un nouveau coup d’éclat, avec une photographie splendide. Il opère un retour aux sources en nous montrant le cinéma qu’il a connu étant jeune, ainsi que le métier de projectionniste, très différent à son époque. Le film fait d’ailleurs beaucoup penser à Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore (1989), dans lequel un petit garçon passionné passe tout son temps au cinéma ou dans la cabine du projectionniste.

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Au casting, Olivia Colman est excellente, comme toujours. Elle incarne à merveille la responsable du cinéma (Hilary), cette femme victime d’un passé douloureux, qui doit se battre contre ses propres démons. A travers ce personnage complexe, Sam Mendes sonde nos âmes et s’intéresse à la part d’obscurité et de lumière qui constituent l’être humain.
Seul problème : parfois, on ne sait pas trop où il veut nous emmener : veut-il dépeindre le portrait de l’héroïne ? Dénoncer le racisme de l’époque ? Explorer la relation entre les deux personnages principaux ? Montrer le combat contre le patriarcat ? Au niveau scénaristique, ça part un peu dans tous les sens. La deuxième partie du film est un peu plus brouillon, et donc moins prenante : on perd un peu le fil… Mais cela n’enlève en rien son intérêt, ni le souvenir agréable qu’il a laissé, notamment le cinéma Empire, ce lieu mi-imaginaire, mi-réel où l’on voudrait retourner.
1. Le Pire voisin au monde, de Marc Forster

Sorti le 1er février
C’est un petit film qui ne paie pas de mine, et pourtant. Le Pire voisin au monde nous a beaucoup marqué, malgré le manque de temps pour en faire une critique complète. Pour commencer, on trouve que le titre français induit le spectateur en erreur, et noircit le tableau dès le début. A l’inverse, A Man Called Otto est bien plus sobre, et laisse une chance d’apprendre à connaître le personnage principal, qui s’appelle donc Otto. Ce voisin grognon pudique au grand cœur est incarné par un Tom Hanks absolument génial, même si l’acteur américain n’a plus grand-chose à prouver. Il donne la réplique à Mariana Treviño, impeccable dans le rôle de la voisine d’Otto (Marisol)… Une femme pleine d’humanité et de générosité, qu’on aura plaisir à découvrir au fil de l’intrigue. Ce personnage est très émouvant dans sa façon d’être, de parler, de bouger, de concevoir les choses.
A travers les caractéristiques de Marisol et Otto, Marc Forster nous montre la complexité de l’être humain, et rejette tout manichéisme. Les dialogues sont aussi très réussis, de même que la mise en scène, simple mais diablement efficace. Ajoutez-y une musique superbe, composée par le grand Thomas Newman, qui rappelle parfois l’ambiance d’American Beauty… rien d’étonnant puisqu’il s’agit du même compositeur !
Le Pire voisin au monde aborde, avec un humour noir (qui parfois rappelle l’ambiance de Harold et Maude de Hal Ahsby) une réflexion sur de nombreux sujets de société : la marche du monde, les nouvelles technologies et modes de communication, les nouveaux métiers, les actions des promoteurs immobiliers, et la peur qui peut découler de tous ces éléments. Mais le film ne verse jamais dans le pathos, mais arrive à nous toucher au plus profond de notre être, même avec des sujets plus classiques, comme le temps qui passe, les relations humaines ou encore la santé, sans oublier la mort inéluctable et la nécessité de faire son deuil.
Le Pire voisin au monde est une très belle ode à la vie. Un film inspirant à voir absolument.
Bonus : Mon top du top, hors cinéma
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Dalva d’Emmanuelle Nicot, ex æquo avec Toi non plus tu n’as rien vu de Béatrice Pollet
Sortis les 22 et 8 mars
Ces deux films devraient figurer à la première place de ce classement, ex æquo, car il est impossible de les départager, surtout qu’ils ont été visionnés au même moment. Et bien qu’ils soient tous deux sortis au cinéma, ils n’ont pas été vus sur grand écran, mais en avant-première, deux mois plus tôt, sur un ordinateur, grâce à mon travail de journaliste, dans le cadre du Festival Drôle d’Endroit pour des Rencontres de Bron.
Vous ne le savez peut-être pas, mais quand on exerce ce métier, il est primordial de visionner un film avant d’interviewer son équipe, et non après, ou, pire, de ne pas voir le film du tout. Vous retrouverez d’ailleurs l’interview de Béatrice Pollet (réalisatrice de Toi non plus tu n’as rien vu) dans ce podcast, l’interview d’Emmanuelle Nicot (réalisatrice de Dalva) n’ayant finalement pas pu avoir lieu. Alors oui, j’aurais pu retourner voir ces deux films au cinéma au moment de leurs sorties, mais le temps m’a manqué, et tous deux traitent de sujets difficiles, donc je ne me sentais pas trop de les revoir tout de suite. Mais qui sait, un jour, peut-être…

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Pour en revenir aux films eux-mêmes, Toi non plus tu n’as rien vu aborde un sujet toujours très tabou aujourd’hui, et quasiment jamais vu au cinéma : le déni de grossesse. Pour son deuxième long-métrage, Béatrice Pollet a mené un gigantesque travail de documentation, et même d’enquête, qui a duré pas moins de 12 ans. Il en ressort un film à la fois poignant et très modeste, dont on a finalement trop peu entendu parler lors de sa sortie, car éclipsé par Mon Crime du célèbre François Ozon, sorti le même jour au cinéma.
L’histoire est racontée sans pathos, et interroge la notion de maternité tout en finesse. En dehors de l’écriture et de la réalisation qui sont donc excellentes, le jeu d’acteurs est tout aussi convaincant, notamment Maud Wyler, qui arrive à exprimer beaucoup d’émotions rien que par son langage corporel et son regard.
Toi non plus tu n’as rien vu fait partie de ces films qui relèvent bien plus que du « simple » divertissement : ils nous instruisent et nous élèvent, avec l’objectif de mettre fin à certains préjugés et de faire évoluer les mentalités, dans une société où la femme, son corps et ses choix sont encore trop souvent incompris et jugés, quelle que soit la situation et les circonstances. On applaudit mille fois et on en redemande.
La critique complète de Toi non plus tu n’as rien vu et le podcast qui l’accompagne, avec l’interview de la réalisatrice Béatrice Pollet, sont à retrouver ici !

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Enfin, le « meilleur pour la fin » : Dalva est probablement le film qui m’a le plus marquée. Le long-métrage aborde le sujet épineux de l’inceste, à travers l’histoire de Dalva, une adolescente de 12 ans qui a entretenu une relation très complexe avec son père pendant longtemps. Ce dernier l’a convaincue qu’il était normal, pour une fille de son âge, de s’habiller, se maquiller et se comporter comme une femme plus âgée, et que ce type de relation avec son propre père n’était pas un problème, puisque c’est de « l’amour ». Le film démarre après l’acte incestueux, au moment où Dalva est retirée de son domicile et séparée de son père par les autorités. L’histoire se concentrera donc surtout sur le chemin long et fastidieux de la reconstruction.
A travers ce premier long-métrage très réussi, Emmanuelle Nicot dissèque l’inceste avec une grande justesse, et délivre un message captivant sur la résilience. Elle nous montre que la frontière peut être ténue entre les différentes formes d’amour : filial, passionnel, sexuel. Car après tout, qu’est-ce que l’amour au sens large du terme ? La réalisatrice pose cette question intrigante de manière judicieuse. De son côté, la jeune actrice qui incarne Dalva, Zelda Samson, est fulgurante, face à un formidable Alexis Manenti.
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Que ce soit pour des expériences réjouissantes ou décevantes, surprenantes ou choquantes, les films que vous voyez au cinéma vous marqueront toujours, d’une manière ou d’une autre, et vous feront ressentir toutes sortes d’émotions, connaître des sensations multiples et variées.
…Alors, en 2024, continuez d’aller au cinéma !
Fanny BL
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Morceaux entendus dans le podcast ♫
♪ « Le Temps D’Aimer », musique originale du film éponyme, composée par Amine Bouhafa
♪ « J’avoue mon crime », musique originale du film Mon Crime, composée par Philippe Rombi
♪ Variations sur un Prélude – Benoit Daniel, d’après le « Prélude en Mi mineur op. 28 n°4 » de Chopin, par Milo Machado Graner et Sandra Hüller, musique tirée du film Anatomie d’une chute
♪ « P.I.M.P » de Bacao Rhythm & Steel Band (reprise instrumentale de la chanson de 50 Cent), musique tirée du film Anatomie d’une chute
♪ « Asturias » (Leyenda) – P. Barton Feurich (pièce emblématique espagnole composée par Isaac Albéniz), musique tirée du film Anatomie d’une chute
♪ « Devant toi », musique originale du film Le Règne Animal, composée par Andrea Laszlo De Simone
♪ Musique originale du film The Fabelmans, composée par John Williams
♪ « God Bless » de Hamza feat. Damso, chanson tirée du film Vermines
♪ « Not If It’s Illegal », musique originale du film Killers of the Flower Moon, composée par Robbie Robertson
♪ « Call me Manny », musique originale du film Babylon, composée par Justin Hurwitz
♪ « Manny and Nellie’s theme », musique originale du film Babylon, composée par Justin Hurwitz
♪ « Empire of light », musique originale du film éponyme, composée par Trent Reznor et Atticus Ross
♪ « Force of Nature », musique originale du film Le Pire voisin au monde (A Man Called Otto), composée par Thomas Newman
♪ « Dalva », musique originale du film éponyme, composée par Frédéric Alvarez
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