Écoutez mon Top 10 en version podcast ci-dessous !
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Déjà un an écoulé depuis le dernier Top 10… Une année constituée de plus de 300 films projetés dans les cinémas français ! Et parmi eux, un choix toujours compliqué de les réduire à 10. Résultat : un classement 2024 très axé féministe, avec plusieurs films sur ce thème. Propension naturelle de L’Oreille Cinéphile à se tourner vers ce genre d’histoires, ou récurrence de plus en plus forte de ce thème dans le cinéma d’aujourd’hui ? Telle est la question ! Pur fruit du hasard : ce Top 10 est aussi caractérisé par une pluralité de pays, avec des films français, espagnol, italien, américain, britannique, allemand, et même indien.
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En tous cas, les Français ont encore été nombreux à aller au cinéma, puisque le CNC a enregistré plus de 181 millions d’entrées en 2024, soit un chiffre en légère hausse par rapport à 2023. Dans le Top 5 des films ayant eu le plus de succès, trois sont français : Un p’tit truc en plus d’Artus (10,8 millions de spectateurs), Le Comte de Monte-Cristo de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière, et L’Amour Ouf de Gilles Lellouche. Feront-ils partie de mon Top 10 de l’année 2024 ? La réponse ci-dessous, toujours dans l’ordre décroissant !
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10. La Zone d’intérêt, de Jonathan Glazer

Sorti le 31 janvier
Film policier (Sexy Beast, 2001), drame (Birth, 2004), science-fiction (Under the Skin, 2014)… Jonathan Glazer semble vouloir explorer tous les genres cinématographiques. Avec La Zone d’intérêt (The Zone Of lnterest), le réalisateur britannique s’attaque au genre historique et de guerre. Adapté du roman homonyme de Martin Amis (publié en 2014), ce quatrième long-métrage raconte l’histoire vraie d’un commandant nazi ayant vécu dans une jolie villa avec sa femme et ses enfants, juste à côté du camp d’Auschwitz. Un film glaçant, à la mise en scène maîtrisée, et aux plans photographiques réussis, grâce à des objectifs larges et des cadres géométriquement centrés.
Sans jamais rien montrer, Jonathan Glazer décide de suggérer. Il arrive à nous faire imaginer l’horreur des camps et à faire planer une tension permanente – également due à une musique très angoissante, composée par Mica Levi. Le cinéaste rend bien compte du contraste malsain entre la petite vie bien rangée du commandant et sa famille, et les actes de barbarie mortels, à quelques mètres de là seulement.
Pour incarner la femme du commandant : la fantastique Sandra Hüller, déjà très convaincante dans Anatomie d’une chute de Justine Triet (2023), dont le rôle lui avait déjà valu le César 2024 de la meilleure actrice, mais aussi des nominations aux Oscars, BAFTAs et Golden Globes. L’actrice allemande est une fois de plus percutante dans ce rôle de femme apathique.

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Seule remarque : les quelques expérimentations de mise en scène de Jonathan Glazer, comme les scènes nocturnes filmées avec une caméra thermique, n’ont pas vraiment de sens, et ne font pas spécialement avancer l’intrigue. Ces tentatives ressemblent plus à des « délires personnels » du cinéaste qu’à de « vraies » bonnes idées. On dirait qu’il a voulu essayer différentes manières de filmer, ou s’amuser, mais on ne comprend pas vraiment l’intérêt.
Enfin, on vous déconseille de voir La Zone d’intérêt si vous êtes déprimés, car autant vous prévenir : ce film va vous casser le moral. Il risque d’y avoir un impact psychologique fort, face à l’absence totale d’humanité des personnages principaux, et au fait qu’ils arrivent à vivre tout à fait normalement à côté d’un camp d’extermination – hormis le fait qu’ils soient incommodés par l’odeur et la fumée des corps brûlés.
Mais ce film vaut tout de même largement le coup d’œil pour toutes les qualités énoncées ci-dessus. Il a obtenu l’Oscar 2024 du meilleur film étranger et du meilleur son, trois BAFTAs, ainsi que le Grand Prix au Festival de Cannes 2023… des récompenses amplement méritées !
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9. Le Comte de Monte-Cristo, de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière

Sorti le 26 juin
« Tous pour un, un pour tous ! » Après la scénarisation des Trois Mousquetaires de Martin Bourboulon (2023), Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière poursuivent leur exploration de l’œuvre d’Alexandre Dumas, en reprenant cette fois leurs postes de réalisateurs. Le Comte de Monte-Cristo, fresque légendaire et grosse sortie cinéma de l’été 2024 en France (qui aura dépassé les 9 millions d’entrées au total), permet au duo de conforter sa place de spécialiste des blockbusters à la française.
Il faut bien du courage pour s’atteler à l’adaptation d’une œuvre littéraire aussi gigantesque que celle de ce roman-feuilleton français publié entre 1844 et 1846. Courage déjà trouvé par de nombreux autres réalisateurs du petit et grand écran – une trentaine au total. C’est donc un long-métrage de trois heures qui vous attend. Une durée un peu longue, mais justifiée, au vu de l’ampleur de l’œuvre de Dumas. Avec 1 300 pages au total, en plusieurs tomes, il aurait été difficile de faire plus court.
Ces trois heures passent finalement plutôt « vite ». Le film propose des scènes haletantes qui s’enchaînent plutôt bien : il n’y a quasiment pas de temps mort. Parmi les points positifs : le mélange des genres (action, poésie, romance, tragédie…), mais aussi des costumes et décors magnifiques, ainsi qu’une musique grandiloquente, signée Jérôme Rebotier.

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Pour incarner Edmond Dantès, alias le Comte de Monte-Cristo : un Pierre Niney toujours talentueux et convaincant (force est de le reconnaître), qui arrive probablement au sommet de son art. On sent que l’acteur de 35 ans s’est beaucoup investi, notamment pour les scènes de combat et autres cascades. Mais Bastien Bouillon nous a davantage impressionnés, dans un rôle complexe et ambivalent.
Ce nouveau Comte de Monte-Cristo ne vous marquera peut-être pas à vie : il manquerait un petit quelque chose pour que cette aventure cinématographique soit vraiment transcendante. Mais le film aura au moins le mérite de vous divertir – ce qui, en soi, est déjà très bien – et surtout, de s’adresser à un public large. On espère simplement qu’il n’y aura pas de Comte de Monte-Cristo 2, car ce long-métrage se suffit à lui-même. On aimerait bien voir Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière revenir à un film plus terre-à-terre et moderne, à l’image de ce qu’ils ont fait avec Le Prénom (2011), prodigieuse œuvre théâtrale et cinématographique.
-> La critique complète du Comte de Monte-Cristo et le podcast qui l’accompagne sont à retrouver ici !
8. Les Femmes au balcon, de Noémie Merlant

Sorti le 11 décembre
Après deux court-métrages et un premier long, Mi iubita mon amour (2022), Noémie Merlant s’installe un peu plus dans le fauteuil de réalisatrice et signe son deuxième long-métrage. A partir d’un scénario écrit en collaboration avec la réalisatrice Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu, 2019), elle propose une comédie noire haute en couleurs, à l’ambiance à la fois sensuelle et angoissante, et un habile mélange des genres, allant de la comédie à l’horreur (parfois gore), en passant par le thriller, le drame et le fantastique, avec un humour grinçant faisant penser aux comédies anglaises. Le tout, dans un seul et unique but : dénoncer les violences sexistes et sexuelles, conjugales ou non.
Dès la scène d’ouverture, Noémie Merlant dénonce avec vigueur l’oppression patriarcale, mais aussi les idées reçues sur les notions de respect des femmes et les définitions des termes « viol » et « agression sexuelle ». La réalisatrice met les pieds dans le plat et ça nous plaît. Elle délivre un message inspirant qui pulvérise les diktats de la société et prône la liberté pour toutes les femmes. Seul hic : parfois, elle pousse un peu trop loin le concept d’amitié fusionnelle entre les héroïnes, avec deux-trois scènes sans grand intérêt par rapport à l’intrigue principale.
Les femmes au balcon fait avancer le débat sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, avec un récit engagé et constructif, une mise en scène réussie, et des acteurs et actrices à la hauteur (Souheila Yacoub, Sanda Codreanu et Lucas Bravo, mais aussi Noémie Merlant, dans l’un des rôles principaux). Un genre de film et un type de discours indispensables, à l’heure où, encore en 2024, une femme décédait tous les deux jours en moyenne sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint en France, selon l’association NousToutes. Alors pour ça, merci, Noémie !
-> La critique complète des Femmes au balcon, et le podcast qui l’accompagne, sont à retrouver ici !
7. Le Molière imaginaire, d’Olivier Py

Sorti le 14 février
C’est un nom incontournable dans le monde du théâtre contemporain : Olivier Py, ancien directeur du Festival d’Avignon et actuel directeur du Théâtre du Châtelet à Paris, passe pour la troisième fois derrière la caméra, mais signe son premier long-métrage au cinéma… Un huis clos en plan-séquence aux allures de pièce de théâtre filmée, avec un argument de taille : Laurent Lafitte dans le rôle-titre.
En dehors de l’aspect professionnel qui a forcément dû imprégner son travail sur grand écran (il a lui-même joué dans la pièce Le malade imaginaire de Molière, en 1993), le réalisateur propose une reconstitution magnifique du théâtre du Palais-Royal, comme si vous y étiez. Une caméra virevoltante « voyage » entre les coulisses, le public, les loges et l’orchestre. Cette façon de filmer rend compte de l’étroitesse et l’insalubrité du lieu à l’époque, pour un rendu final qui rappelle fortement le Birdman d’Alejandro González Iñarritu (2015). Quant au scénario original, co-écrit avec Bertrand de Roffignac, il est enrichi de dialogues ciselés et percutants.
Olivier Py occupe pleinement sa fonction de conteur : il joue avec les limites du fictionnel, grâce à une mise en abyme habile et maîtrisée. Autre atout majeur : la lumière. Le film est entièrement éclairé à la bougie, à la manière du Barry Lyndon de Stanley Kubrick (1976), ce qui donne lieu à un clair-obscur très poétique. Chaque plan ressemble à une succession de tableaux mouvants, esthétiques et immersifs. Le travail de reconstitution historique est tout aussi réussi – par exemple, sur les pratiques et coutumes de l’époque -, dans une ambiance faisant penser cette fois à Amadeus de Miloš Forman (1984).

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Dans la peau de ce Molière souffrant et en proie au doute : Laurent Lafitte, grandiloquent. L’acteur, avant tout comédien de théâtre (pensionnaire de la Comédie-Française), semble beaucoup plus à l’aise dans ce format cinématographique. S’il ne nous avait jamais réellement convaincus dans ses rôles précédents sur grand écran, il y parvient cette fois, et signe même, selon L’Oreille Cinéphile, le meilleur rôle de sa carrière. L’acteur donne la réplique à Bertrand de Roffignac, autre comédien de théâtre qui propose un jeu brillant et très authentique.
Le Molière imaginaire est avant tout une œuvre poétique qui privilégie le rêve, l’écoute, et la beauté du verbe. Ce premier long-métrage d’Olivier Py vaut clairement le coup d’œil, mais s’adressera en priorité aux théâtrophiles, et aux personnes qui préfèrent la contemplation à l’action.
La critique complète du Molière imaginaire et le podcast avec l’interview de l’équipe du film, sont à retrouver ici !
6. Maria, de Jessica Palud

Sorti le 19 juin
« Les films sont écrits par les hommes, pour les hommes. » Voici le genre de phrases qu’osait déclarer Maria Schneider publiquement, dans les années 70-80, soit bien avant le mouvement #MeToo. Pourtant, personne n’avait prêté attention aux déclarations courageuses de l’actrice, ni à ses appels à l’aide. Encore aujourd’hui, elle est tristement célèbre pour avoir joué dans Le Dernier tango à Paris, de Bernardo Bertolucci (1972), avec Marlon Brando. Un film sulfureux qui comporte une « vraie » scène de viol, et a permis à la jeune actrice d’accéder à la gloire, tout en la plongeant dans l’un des plus grands scandales de l’histoire du cinéma.
A travers l’adaptation libre du livre Tu t’appelais Maria Schneider, écrit par Vanessa Schneider, petite-cousine de l’actrice (paru en 2020), Jessica Palud rend hommage à cette femme au destin tragique, morte à 58 ans après de nombreuses errances marquées par son addiction à la drogue, et une grande souffrance due au regard malveillant de la société sur elle. Le thème du regard est d’ailleurs très important dans le film, et abordé de manière subtile. La réalisatrice et co-scénariste va même plus loin : elle redonne la parole à Maria Schneider, en faisant d’elle le fil conducteur du long-métrage.
Maria ne se contente pas d’être un « biopic » au sens classique du terme, soit raconter la vie d’une célébrité de A à Z : c’est un film beaucoup plus élaboré, travaillé et extrêmement documenté, qui se concentre uniquement sur les périodes charnières de la vie de Maria Schneider – dont le tournage du Dernier tango à Paris, suivi de sa descente aux enfers.

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Sans jamais basculer dans le sensationnalisme ou la tragédie larmoyante, Maria nous montre les rouages de l’industrie du cinéma, et aborde une réflexion intéressante sur la définition de l’art entre hier et aujourd’hui, et la frontière très mince entre fiction et réalité. Jessica Palud analyse également la nudité des femmes au cinéma, et le type de rôles qu’on avait tendance à leur attribuer quasi-systématiquement à l’époque : prostituées ou assimilées.
Anamaria Vartolomei nous avait déjà éblouis dans L’Evénement d’Audrey Diwan : elle est à nouveau étincelante dans le rôle de cette femme à la fois fragile et battante. Elle fait face à un Matt Dillon épatant dans le rôle de Marlon Brando.
Avec Maria, Jessica Palud dresse un portrait de femme universel pour dénoncer les dysfonctionnements du monde du cinéma, encore beaucoup d’actualité. La réalisatrice ose toucher l’intouchable, montrer la vérité crue, mais avec beaucoup de pureté et de netteté. C’est pourquoi ce film-témoignage mérite amplement d’être vu et transmis, même s’il s’adresse à un public averti. Il permettra peut-être, qui sait, un jour, de faire bouger définitivement les lignes.
-> La critique complète de Maria et le podcast qui l’accompagne, avec l’interview de la réalisatrice, sont à retrouver ici !
5. Santosh, de Sandhya Suri

Sorti le 17 juillet
Une enquête policière haletante et un thriller bien ficelé : c’est ce que propose Santosh, à partir de l’histoire d’un meurtre mystérieux d’une jeune fille de caste inférieure, inspiré de l’affaire du viol collectif de New Delhi (2012). Un film porté haut par Shahana Goswami, éblouissante de vérité dans le rôle principal. Elle donne la réplique à Sunita Rajwar, qui incarne avec talent la patronne de Santosh, un personnage insaisissable.
Tout comme pour trois autres cinéastes de ce classement, Santosh est le premier long-métrage de Sandhya Suri, après deux documentaires et un court-métrage, The Field, nommé aux BAFTAs en 2019. En tant que scénariste et réalisatrice de ce film tourné en langue hindi, elle se penche sur la place des femmes en Inde par rapport à leur mari, la plupart étant encore très dépendantes de ces derniers, bien souvent protégées par le foyer, mais privées de libertés. Sandhya Suri montre un parcours intéressant pour son héroïne, la faisant passer du statut de femme au foyer à celui de veuve, puis de policière en un clin d’œil.

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La cinéaste livre aussi une réflexion captivante sur l’uniforme du policier (ici, de la policière), sa signification et le pouvoir qu’il implique, comparé à quelqu’un qui n’en porte pas. Elle pointe aussi du doigt les différences de castes en Inde, concept toujours étonnant, voire choquant, du point de vue des spectateurs occidentaux.
Enfin, à travers cette histoire, Sandhya Suri s’attache à renverser tout manichéisme : elle nous rappelle que tout n’est pas « tout blanc » ou « tout noir » dans la vie. Malgré toute sa bonne volonté, Santosh devra parfois trouver des compromis ou échapper aux normes, car elle évolue dans un univers moralement trouble, et doit trouver sa propre nuance, par rapport au statut qu’elle occupe et au pouvoir que cela implique.
Santosh a été présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024.
4. The Outrun, de Nora Fingscheidt

Sorti le 2 octobre
Elle est comme le vin : elle se bonifie avec le temps. Saoirse Ronan a toujours beaucoup à raconter à travers les rôles qu’elle joue. Cette fois, l’actrice nous parle de Rona, jeune femme de bientôt 30 ans qui brûle sa vie dans les excès, et se perd dans les virées nocturnes londoniennes. Pour combattre son alcoolisme et tenter de se remettre de sa rupture amoureuse, elle trouve refuge dans les Orcades, des îles du nord de l’Ecosse où elle a grandi.
Découverte à l’âge de 13 ans dans Reviens-moi de Joe Wright (2008), Saoirse Ronan n’a pas cessé de nous éblouir un peu plus à chaque film, notamment dans Lovely Bones de Peter Jackson (2010), The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (2014), mais surtout Brooklyn de John Crowley (2016) et Lady Bird de Greta Gerwig (2018), qui lui ont valu deux de ses quatre nominations aux Oscars. Dans de très nombreux films, elle incarne des femmes fortes, ambitieuses, ou du moins résilientes, prêtes à se battre pour surmonter les épreuves de la vie, étape par étape.

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La résilience est justement un thème étudié à la loupe et très bien dépeint par Nora Fingscheidt, qui réalise son troisième long-métrage, après Benni (2020) et Impardonnable (2021), dans lesquels elle présentait déjà des portraits féminins complexes et torturés. A travers une narration non linéaire – adaptée des mémoires d’Amy Liptrot, également co-scénariste du film -, la cinéaste matérialise les souvenirs de Rona, comme si le spectateur était dans sa tête, ainsi que la profondeur de sa lutte intérieure contre son addiction. Ce long-métrage vous fera donc voyager, non seulement en Ecosse, mais aussi dans l’esprit de la jeune femme qui cherche sa place, et doit arriver à gérer ses démons intérieurs autant que des parents toxiques.
Grâce à une mise en scène onirique et créative, on écoute et on voit les pensées, observations et sentiments de Rona. Nora Fingscheidt opte pour une forme libre, parfois presque expérimentale, alternant le format classique avec d’autres genres, comme le documentaire ou l’animation, ce qui rend bien compte du trop-plein d’informations qui grouillent dans la tête de l’héroïne. En résulte un film poétique, dont les images et l’atmosphère restent en mémoire longtemps après le visionnage.
3. Lee Miller, d’Ellen Kuras

Sorti le 9 octobre
A l’image de Saoirse Ronan, mais un cran au-dessus tout de même, Kate Winslet nous a toujours impressionné depuis qu’on l’a découverte dans Titanic de James Cameron (1998), puis dans de nombreux autres films où elle a excellé au fil des ans : Holy Smoke de Jane Campion (1999), Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry (2004), The Holiday de Nancy Meyers (2006), ou encore Les Noces rebelles de Sam Mendes (2009)… sans oublier The Reader de Stephen Daldry, qui lui a valu un Oscar de la meilleure actrice. Bref, ce serait bien trop long de tous les citer, mais vous avez compris l’idée.
Une artiste complète donc, qui n’a pas fini de nous offrir différentes facettes de ses talents de comédienne. Dans Lee Miller, Kate Winslet franchit une étape supplémentaire dans son expertise de jeu, en incarnant avec une grande justesse cette photographe de guerre courageuse, sensible et anti-conventionnelle. L’actrice britannique porte complètement le film. Ce dernier ne serait tout simplement rien sans sa présence.
D’ailleurs, vous ne le savez peut-être pas, mais à l’origine, Lee Miller est SON projet. L’actrice, également productrice du film, s’intéressait depuis quelques temps à cette photographe, et a elle-même contacté son fils, Anthony Penrose, pour lui parler de son désir d’en faire un biopic. Une fois validé, c’est aussi Kate Winslet qui a constitué l’équipe du film : elle a choisi la réalisatrice, Ellen Kuras, mais aussi la distribution, et bon nombre de chefs de poste, comme la décoration ou la coiffure/maquillage. Finalement, ce projet a mis huit ans à voir le jour ! Un investissement total donc, qui se ressent pleinement à l’écran, car vous aurez devant les yeux une œuvre d’envergure.

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Quant à Ellen Kuras, au départ connue comme directrice de la photographie (Les Jardins du Roi, 2015, Eternal Sunshine of the Spotless Mind), elle signe ici son premier film de fiction en tant que réalisatrice, et fait preuve d’une grande maîtrise. La cinéaste nous ferait presque oublier qu’il s’agit d’un biopic, ou du moins la version ennuyeuse de ce genre cinématographique, car, soyons honnêtes, il y en a désormais beaucoup trop, et cette « mode » commence à s’essouffler. C’est peut-être parce que Lee Miller ne raconte pas la vie de la photographe depuis sa naissance jusqu’à sa mort, mais se concentre sur dix années charnières de sa vie, lors desquelles elle a notamment été correspondante pour Vogue durant la Seconde Guerre mondiale. Pour cela, on remercie les trois scénaristes, John Collee, Liz Hannah et Marion Hume, et leur travail remarquable !
Pour en revenir à la mise en scène, on salue sa grande part de réalisme et d’authenticité, notamment pour la formidable scène d’ouverture, tournée en caméra à l’épaule, mais aussi grâce à une photographie prodigieuse, assurée par Pawel Edelman. Attention toutefois à quelques passages potentiellement difficiles à endurer, notamment pour un public très jeune.
Lee Miller pourrait être qualifié de film « très américain », avec des costumes, des décors et une reconstitution historique réussis. Mais ça marche, alors, nous, on en redemande !
2. L’affaire Nevenka, d’Icíar Bollaín

Sorti le 6 novembre
Très investie dans la défense des droits des femmes, Icíar Bollaín aborde souvent dans ses films la question du sexisme et de l’emprise, les discriminations et autres dérives : dans Ne dis rien (2004), elle dénonçait les violences conjugales. Dans L’Olivier (2016) et Le Mariage de Rosa (2021), elle peignait le portrait de femmes fortes et engagées, à l’encontre des conventions. Pour L’Affaire Nevenka (Soy Nevenka), la réalisatrice espagnole, également co-scénariste du film, s’est inspirée de l’histoire vraie de Nevenka Fernández, survenue à la fin des années 90 en Espagne. Cette jeune femme de 25 ans a été élue conseillère municipale auprès du maire de Ponferrada, Ismael Alvarez, un homme charismatique et populaire qui l’a ensuite manipulée et harcelée pendant des mois. Nevenka Fernandez est l’une des premières femmes à avoir dénoncé publiquement les agissements de ce puissant homme politique. C’est aussi la première fois en Espagne qu’une femme gagne le procès d’une telle affaire.
Sur l’affiche française du film, l’histoire de L’Affaire Nevenka a été sommairement « vendue » comme « le premier cas #MeToo en Espagne », mais c’est bien plus complexe et dense que cela. Ce long-métrage est extrêmement brutal, perturbant, cauchemardesque. Pendant le visionnage, on ressent pleinement la terreur et l’anxiété de Nevenka, avec des éléments très simples mais diablement efficaces, comme la sonnerie stridente de son téléphone portable, qui nous fait presque sursauter à chaque fois qu’elle retentit – c’est-à-dire tout le temps, puisque son patron la harcèle.

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Icíar Bollaín montre avec finesse et subtilité toutes les étapes de l’affaire : la séduction du bourreau envers sa victime, les mécanismes de l’emprise psychologique, la destruction, puis la prise de conscience, la volonté de survivre, le combat qu’elle va mener, judiciaire comme mental, et, enfin, tout le processus de reconstruction pour retrouver son identité et sa confiance en elle.
Tout est fort bien documenté, ce qui donne un résultat très réaliste, y compris le réel manque d’empathie de la population à l’égard de Nevenka Fernandez, face à un agresseur très apprécié. L’affaire étant survenue bien avant le mouvement #MeToo, la victime n’a pas été soutenue par l’opinion publique à cette époque, ce qui a rendu son combat probablement encore plus long et difficile… en tous cas, d’après ce qui est montré à l’écran.
Côté casting, il faut souligner le talent et la sincérité de jeu de Mireia Oriol pour incarner ce personnage féminin à la fois fragile et solide, et celui d’Urko Olazabal (déjà vu dans Les Repentis d’Icíar Bollaín un an plus tôt) dans la peau de ce terrible manipulateur. Pour un public sensible, les images et le comportement de ce personnage masculin mi-fictif vous resteront en tête, et continueront de vous hanter longtemps après le visionnage. Mais, tout comme Maria ou Les Femmes au balcon, ce sont des histoires qu’il est nécessaire de raconter, pour encourager une prise de conscience générale. Et au vu des nombreux points positifs de ce film, on vous le recommande chaudement. On trouve d’ailleurs extrêmement dommage que sa communication ait été aussi discrète et qu’il ait été aussi peu diffusé au cinéma.
1. Il reste encore demain, de Paola Cortellesi

Sorti le 13 mars
Elle a marqué l’histoire du cinéma italien contemporain en mars dernier, avec ce tout premier long-métrage. Paola Cortellesi signe un film coup de poing, pour lequel elle occupe pas moins de trois fonctions : réalisatrice, co-scénariste et actrice principale. L’histoire se passe dans l’Italie de l’après-guerre, mais pourrait aisément être applicable à notre pays et/ou à notre époque, avec des difficultés identiques ou similaires : le chômage, la pauvreté ou encore la pénurie alimentaire, mais aussi la lutte des classes, très visible dans le film.
Mais le thème principal, c’est bien la place des femmes dans la société. Quand elle l’aborde, Paola Cortellesi fait prendre conscience aux spectateurs et spectatrices que cette époque n’est pas si lointaine, ni révolue. Les violences conjugales et humiliations subies au quotidien par l’héroïne sont racontées avec beaucoup de subtilité, dans un noir et blanc impeccable, grâce à une photographie magnifique, signée Davide Leone. La réalisatrice utilise parfois des idées innovantes de mise en scène comme alternatives à une simple narration classique, ce qui renforce l’originalité de l’ensemble.
Malgré l’aspect tragique de cette histoire, l’humour est aussi présent, et utilisé à bon escient. Il est possible de rire de quelque chose, sans pour autant le décrédibiliser : c’est l’exploit mené par Paola Cortellesi. Il y a aussi des partis pris intéressants, qui mêlent ancienneté et modernité, par exemple à travers la bande originale du film, géniale. Enfin, côté casting, Paola Cortellesi, Valerio Mastandrea et Romana Maggiora Vergano forment un superbe trio.
Il reste encore demain est un film puissant, percutant, qui vous marquera durablement… Alors bravissimo, Signora Cortellesi !
-> La critique complète du film et le podcast qui l’accompagne sont à retrouver ici !
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Que ce soit pour des expériences réjouissantes ou décevantes, surprenantes ou choquantes, les films que vous voyez au cinéma vous marqueront toujours, d’une manière ou d’une autre, et vous feront ressentir toutes sortes d’émotions, connaître des sensations multiples et variées.
…Alors, en 2025, continuez d’aller au cinéma !

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Fanny BL
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Morceaux entendus dans le podcast ♫
♪ « Ears first », musique originale du film La Zone d’intérêt, composée par Mica Levi, supervisée par Bridget Samuels ;
♪ « Le trésor Reprise Adieux à Eugénie », musique originale du film Le Comte de Monte-Cristo, composée par Jérôme Rebotier ;
♪ « Monte Cristo raconte à Mercédès », musique originale du film Le Comte de Monte-Cristo, composée par Jérôme Rebotier ;
♪ « Denise’s Theme », musique originale du film Les Femmes au balcon, composée par Uèle Lamore ;
♪ « Le Malade imaginaire, H. 495, Premier intermède : Ballet – Loure – Air des archers », de Jean-Baptiste Lully ;
♪ « L’art de toucher le clavecin, Prélude N°6 en si mineur « , de François Couperin ;
♪ Musique originale du film Maria, composée par Benjamin Biolay ;
♪ « Kirnawali in Raga », de Balaram Pathak, interprété au sitar par Pandit Ashok Pathak. Captation d’un concert enregistré à Madrid en 2010 ;
♪ « Dance of the Selkies », musique originale du film The Outrun, composée par John Gürtler et Jan Miserre ℗ A Decca Records Release ℗ 2024 Universal Music Group ;
♪ « The Tremors », musique originale du film The Outrun, composée par John Gürtler et Jan Miserre ℗ A Decca Records Release ℗ 2024 Universal Music Group ;
♪ Musique du film Lee Miller, composée par Alexandre Desplat. Droits : Sky Cinema, StudioCanal ;
♪ « Cuando nadie ve », chanson interprétée par Fillas de Cassandra (María Pérez et Sara Faro), tirée du film L’Affaire Nevenka ;
♪ « C’è ancora domani », bande originale du film Il reste encore demain, composée par Lele Marchitelli ;
♪ « Nella Città », bande originale de Il reste encore demain, composée par Lele Marchitelli ;
♪ « B.O.B (Bombs Over Baghdad) » de OutKast (2000)
Je n’ai vu que le Comte de Monte-Cristo mais Le Molière imaginaire me tente.
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j’ai vu que le no.10 (Zone d’Interet)… effectivement, un très bon film, glaçant avec beaucoup de suggestion.
il faut que je voie d’autres, au moins le top 2-3 que tu listes et 7, 8 et 9…
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Merci pour ton commentaire !
Oui ce serait super si ce top te permettait de découvrir d’autres films auxquels tu n’avais pas pensé au début 🙂
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