[Grands classiques] « La Liste de Schindler » + Podcast « Le duo Spielberg-John Williams »

Steven Spielberg / John Williams : petit résumé rythmé et musical de l’une des plus grandes collaborations de l’histoire du cinéma !

« La Liste de Schindler » : Le poids de l’Histoire et ses nombreux démons

On a plutôt tendance à connaître le thème musical avant le film lui-même… Mais La Liste de Schindler est tellement plus qu’une simple mélodie. C’est un monument de cinéma, qui s’attache à aborder le douloureux et délicat sujet de l’Holocauste, et à le raconter d’une manière la plus honnête possible. Le film « le plus important que [Steven Spielberg] ait jamais tourné », d’après les mots du cinéaste.

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Si Steven Spielberg est surtout connu pour ses films familiaux de science-fiction et d’aventure, il l’est moins pour ses longs-métrages sur des sujets sérieux. Quand La Liste de Schindler sort au cinéma en 1993, il a déjà réalisé Les Dents de la mer (1975), les deux premiers Indiana Jones (de 1981 à 1984), E.T. l’extra-terrestre (1982), et vient même d’achever le premier Jurassic Park (1993). A ce moment-là de sa carrière, le cinéaste n’a abordé qu’une fois le thème de la guerre de façon sérieuse, avec L’Empire du soleil (1987), puisque le film 1941 (1979) le traite de manière humoristique. Mais c’est surtout La Couleur pourpre (1985), sur le thème du racisme, qui propulsera Steven Spielberg à un niveau supérieur de « gravité ».

Un combat de titan

S’attaquer à un dossier comme celui de la Shoah demande beaucoup de tact et de force mentale. Quand Steven Spielberg découvre le roman La Liste de Schindler de Thomas Keneally (1982), il hésite beaucoup à l’adapter sur grand écran, craignant de « faire honte à la mémoire des survivants et plus encore à celle des morts » (Steven Spielberg, Une rétrospective, Richard Schickel, Editions de La Martinière). Il propose même à Roman Polanski de s’en charger, mais ce dernier refuse, expliquant avoir sa propre histoire à raconter, d’après son vécu personnel : ce sera Le Pianiste en 2002, qui suit le combat d’un pianiste juif polonais dans le ghetto de Varsovie. Impliqué par ses origines juives, Steven Spielberg décide alors de concrétiser lui-même ce projet.

Liam Neeson dans le rôle d’Oskar Schindler

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Au moment de tourner La Liste de Schindler, le cinéaste doit faire face à de nombreuses réticences de la part du studio. Certains membres de son équipe ne comprennent pas en quoi il est nécessaire d’en faire un film… Steven Spielberg va tout de même jusqu’au bout de sa démarche… Et quand on voit le résultat, il a eu raison !

Malgré un grand succès critique et commercial du film, et de nombreuses récompenses reçues, dont 7 Oscars, Steven Spielberg est accusé d’avoir transformé la Shoah en spectacle. Or, on a tendance à ignorer ou à oublier que le réalisateur n’a perçu aucun salaire en faisant ce film, car cela aurait été pour lui « l’argent du sang » (selon ses mots), mais aussi qu’une partie de l’argent rapportée par La Liste de Schindler a été consacrée à la création de l’USC Shoah Foundation aux Etats-Unis. Il est clair que ce film n’a pas été fait à la légère ou seulement pour collectionner les billets verts.

« Couvrez ce pan de l’Histoire que je ne saurais voir »

Mais venons-en au scénario. La Liste de Schindler raconte l’histoire vraie d’Oskar Schindler (Liam Neeson), cet industriel allemand qui avait réussi à sauver environ 1 200 Juifs de la mort au camp de concentration de Płaszów en Pologne en 1944, en les faisant travailler comme ouvriers dans son usine d’émail, y compris son comptable, et ami, Itzhak Stern (Ben Kingsley). Pour cela, il va devoir faire affaire avec le directeur du camp, Amon Goeth (Ralph Fiennes), un grand psychopathe tortionnaire.

A dr. : Ralph Fiennes dans le rôle d’Amon Goeth, le directeur du camp

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Au vu de la lourdeur du dossier et de l’importance du sujet, Steven Spielberg ne se voyait pas « la faire courte ». Le film dure 3h15, mais les plus frileux doivent savoir que le temps passe vite, tant l’histoire est prenante, la photographie magnifique (signée Janusz Kaminski, qui remportera un Oscar), et le jeu d’acteur époustouflant, porté par le trio Liam Neeson – Ben Kingsley – Ralph Fiennes – ce dernier recevra d’ailleurs le BAFTA 1993 du meilleur acteur dans un second rôle. Steven Spielberg avait besoin de temps pour expliquer chaque étape du génocide des Juifs, du port de l’étoile jaune jusqu’à la « solution finale », pour faire comprendre au monde ce qui a conduit au plus grand crime de l’histoire moderne de l’humanité. Cela ne pouvait pas se faire en cinq minutes.

Mais alors, comment montrer « l’immontrable » ? Peut-on seulement le montrer, surtout si le film est fictif ? Non, d’après de nombreux détracteurs, notamment Claude Lanzmann (réalisateur du documentaire Shoah en 1985), selon qui il est impossible de représenter, par l’image, le génocide des Juifs. Selon les admirateurs en revanche (dont L’Oreille Cinéphile fait partie), les images – dont certaines, très choquantes – sont nécessaires au « devoir de mémoire », pour transmettre un message, marquer les esprits, et être sûr qu’une telle chose ne se reproduise plus jamais. C’était en tous cas l’objectif de Steven Spielberg, qui voulait rendre hommage aux survivants des camps – les « vrais » étant d’ailleurs présents dans la scène finale -, même si chacun est conscient que toutes ces images ne collent pas parfaitement à la réalité.

Ben Kingsley et Liam Neeson dans les rôles d’Itzhak Stern et Oskar Schindler

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Voir rouge

Si vous n’avez jamais vu La Liste de Schindler, faites-le au moins pour connaître la scène culte du film, devenue emblématique de l’œuvre de Spielberg : celle où l’on voit une petite fille au manteau rouge déambuler dans la rue, alors que la totalité du film est tournée en noir et blanc. Cette scène est considérée comme « l’essence même du film » par le réalisateur, et « la plus difficile [qu’il ait] jamais tournée sur le plan émotionnel » (Steven Spielberg, Une rétrospective, Richard Schickel, Editions de La Martinière). Elle symbolise ce que tout le monde savait, mais ignorait volontairement. Autrement dit, l’enfant très visible et non capturé par les Nazis reflète l’échec des Alliés à empêcher l’extermination des Juifs d’Europe.

La Liste de Schindler est loin d’être une sorte de « film choc » sur l’Holocauste. C’est un drame historique éprouvant, doté d’une grande sensibilité : il va peut-être vous tirer quelques larmes, notamment l’une des scènes finales, grâce à la remarquable interprétation de Liam Neeson. Ce long-métrage a permis à Steven Spielberg de passer un cap dans sa carrière. Le cinéaste de bientôt 74 ans nous montre avec sincérité l’horreur de la guerre, la cruauté extrême des camps de concentration, et le profit que les dirigeants allemands ont pu en tirer, dont Oskar Schindler lui-même. Mais il montre aussi – et c’est là sa richesse – comment des petits gestes d’humanité peuvent parfois émerger de toute cette haine, et donner une lueur d’espoir sur notre condition.

Liam Neeson alias Oskar Schindler face à ses ouvriers juifs. Au fond : les soldats nazis.

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Parmi ses derniers projets en date, Steven Spielberg s’est tourné récemment vers un sujet beaucoup plus léger que celui de la Shoah, avec un remake de la comédie musicale de Broadway West Side Story – et non du film de Robert Wise, comme on a souvent tendance à le croire -, dont la sortie a été repoussée à décembre 2021 en raison de la situation sanitaire. Tout le détail est dans l’article « Grand Classiques : West Side Story », à lire et à écouter !

Film diffusé sur la plateforme Netflix

Fanny BL

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Musiques de films entendus dans le podcast, par ordre d’apparition

♪ Thème de Star Wars, composé par John Williams (1977)

♪ Thème de Harry Potter, composé par John Williams (2001)

E.T. l’extra-terrestre, composé par John Williams (1982)

Les Aventuriers de l’arche perdue (thème Indiana Jones), composé par John Williams (1981)

Jurassic Park, composé par John Williams (1993)

La Liste de Schindler, composé par John Williams (1993)

Reivers, de Mark Rydell, composé par John Williams (1969)

Les Dents de la Mer, composé par John Williams (1975)

Les Aventures de Tintin – Le Secret de la Licorne, composé par John Williams (2011)

Arrête-moi si tu peux, composé par John Williams (2002)

West Side Story de Robert Wise, musique composée par Leonard Bernstein (1961)

♪ Thème Indiana Jones, composé par John Williams (1981)

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