« La Panthère des neiges » de Marie Amiguet et Vincent Munier : Un retour aux sources rafraîchissant

Ecoutez d’abord ce petit podcast :

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A l’heure où tout va vite, dans une société de l’instantanéité, Vincent Munier et Marie Amiguet nous invitent à ralentir. Le couple propose un documentaire apaisant, à travers une quête ambitieuse : voir une panthère des neiges dans une montagne tibétaine. Alors prenez vos doudoune, bonnet et moufles pour cette excursion inhabituelle et revigorante !

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L’un est connu pour ses clichés d’animaux sauvages, l’autre, pour ses livres et ses nombreux voyages. Vincent Munier invite l’écrivain Sylvain Tesson à le suivre au Tibet, pour tenter d’y apercevoir une panthère des neiges. La tâche ne sera pas aisée, puisque le félin se fait de plus en plus rare sur Terre : il est répertorié sur la liste rouge des espèces vulnérables depuis 2017. Le photographe initie l’homme de lettres à la pratique de l’affût, cette surveillance très longue pour trouver des animaux. La patience sera le maître-mot de ce long-métrage. Dès le début, Vincent Munier prévient Sylvain Tesson qu’il faudra se préparer mentalement à revenir bredouille, sans avoir vu la panthère.

En attendant d’apercevoir la reine de ce royaume, on découvre, avec fascination, d’autres espèces peu connues du grand public, comme le yack sauvage, le renard du Tibet (peu ressemblant au renard roux que l’on connaît), ou encore le bharal de l’Himalaya, sorte de mouton des hautes montagnes. Les réalisateurs, Vincent Munier et Marie Amiguet, nous livrent des images très esthétiques, surprenantes et parfois drôles : mention spéciale pour la scène de chasse où l’on voit un chat de Pallas (une espèce de chat sauvage) se déplacer de manière très vive, par à-coups, tel un accordéon.

Le chat de Pallas © Haut et Court

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Au-delà de cette rencontre entre deux aventuriers, c’est la rencontre, ou plutôt les retrouvailles entre l’homme et l’animal, qui sont au cœur de ce film. Dans ces terres reculées d’Asie, en pleine montagne à 4 500 mètres d’altitude, les rôles s’inversent : c’est l’homme qui se met à la disposition de l’animal et doit attendre que ce dernier daigne se montrer. Il ne maîtrise plus rien, il n’est plus supérieur.

Sans surprise, la photographie du documentaire est incroyable… Pas très étonnant, venant d’un réalisateur qui est d’abord photographe de profession, épaulé par Marie Amiguet, directrice de la photographie d’un autre documentaire animalier, La Vallée des loups, de Jean-Michel Bertrand (2017).

Vincent Munier et Sylvain Tesson © Haut et Court

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Pour accompagner ces images manifiques, la voix de Sylvain Tesson guide l’oreille du spectateur, avec des phrases philosophiques et poétiques. On vit l’expérience avec lui, dans la peau du novice en pleine exploration. Dans le récit de son expérience, l’écrivain fait des parallèles intéressants entre la société actuelle hyperconnectée, et ces coins de nature quasiment inexplorés par l’homme. Il invite à la contemplation et à l’introspection… et ça marche. Il est étrange de retourner dans le « monde réel » après le visionnage du film.

L’autre fait impressionnant, c’est de voir à quel point Vincent Munier est en accord parfait avec la nature. Comme un poisson dans l’eau, il s’adapte à toutes les situations climatiques, qui sont ici extrêmes, avec des températures pouvant descendre jusqu’à -18°C en journée. Le photographe est capable de rester plusieurs heures sous la neige, sans rien faire… Seulement guetter l’animal qu’il convoite, l’objectif en main, prêt à « mitrailler » sa prochaine star.

Le renard du Tibet © Haut et Court

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Le seul reproche que l’on pourrait faire à ce documentaire : sa longueur. Au bout d’une heure de film, tout est dit, on a fait le tour. L’attente de la panthère des neiges est peut-être un poil trop longue, même si on sait bien que cette expectative est voulue par les réalisateurs, dans une démarche de réalisme et d’inclusion envers le spectateur, puisqu’elle a été vécue comme telle.

La Panthère des neiges est nommé aux César 2022 comme « Meilleur film documentaire ». Bien qu’il ait des concurrents de poids, axés sur le même thème (Bigger Than Us, de Flore Vasseur, et Animal, de Cyril Dion), ce long-métrage a toutes ses chances pour remporter ce prix. Il nous permet de nous reconnecter pleinement avec la nature, et rappelle les valeurs essentielles de la vie : liberté, indépendance, connaissance de l’environnement. Cela fait 30 ans que Vincent Munier se bat pour nous montrer le beau… avec ce film, il y parvient, une fois de plus.

16 / 20

Fanny BL

Film présenté au Festival de Cannes 2021, section éphémère « Climat pour le Climat »

Regardez de plus près… La panthère des neiges se fond dans le décor ! © Haut et Court

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