« En attendant Bojangles » : Le petit grain de folie de Régis Roinsart 

Ecoutez d’abord ce petit podcast !

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Après Les Traducteurs (2020), Régis Roinsart revient à ses premières amours : les années 1960, époque qui avait déjà servi de décor à son premier film très réussi, Populaire (2012). Une ambiance vintage habite donc En attendant Bojangles, long-métrage qui jongle habilement avec la poésie, la comédie et le drame pour aborder un sujet délicat : la folie.

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Camille (Virginie Efira) et Georges (Romain Duris) dansent tout le temps sur leur chanson préférée, « M. Bojangles ». Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Leur fils Gary (Solan Machado-Graner) sera le fruit de leur amour. Mais un jour, la folie de Camille va un peu trop loin, jusqu’à ramener brutalement Georges et Gary à la réalité.

Coiffures, costumes, décors… Dans En attendant Bojangles, tout est présenté avec classe et esthétisme, exactement comme dans Populaire (2012), également avec Romain Duris. Le réalisateur, Régis Roinsart, a une faiblesse pour les années 1960, et cela se ressent pleinement. Une époque à la fois lointaine et proche, reconnaissable par ses voitures couleurs pastel, ses cigarettes fumées partout et tout le temps, ou encore l’absence de téléphone. Cette ambiance rétro est l’une des grandes qualités de ce film, adapté du roman éponyme d’Olivier Bourdeaut (2016).

L’autre force du long-métrage, c’est qu’il arrive à mêler aussi bien l’humour et la tristesse, avec des touches de poésie ça et là. On suit pas à pas l’histoire d’amour de Camille et Georges à travers les yeux de leur fils, Gary, remarquablement interprété par le jeune Solan Machado-Graner. L’ensemble du film prend des allures de conte, teinté de fantaisie.

Romain Duris et Virginie Efira © Roger Arpajou/Curiosa Film

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Les maximes de Camille et Georges montrent leur degré d’imagination et de créativité. Leur manière de voir la vie et leur insouciance apparaissent comme farfelues, même si choquantes et inadmissibles pour la société de l’époque. Ne jamais ouvrir son courrier, déscolariser son enfant, avoir un grand oiseau des îles comme animal de compagnie… Les habitudes de ce couple peu ordinaire surprennent et font sourire. Camille et Georges délivrent un message qui paraît banal et redondant, mais toujours aussi important, aujourd’hui encore : il faut profiter de l’instant présent avant qu’il ne soit trop tard, quitte à faire quelques folies.

…La folie, justement, est montrée de plusieurs manières différentes, aussi bien sous son plus beau jour que sous son plus sombre aspect, avec ses changements d’émotions soudains. Régis Roinsart aborde une réflexion intéressante sur ce qui est désigné au départ comme un trouble mental. « Les grands sont tous un peu malades », répondra Georges à son fils qui s’interroge sur la santé mentale de sa mère. Le cinéaste appelle à plus d’indulgence envers les personnes qui en sont victimes, en rappelant comment cette dernière était « soignée » à l’époque. Il nous amène à nous interroger : devrait-on laisser cette folie gagner notre esprit ou non ? La refouler ou l’accepter ? Quelles seraient les conséquences ?

Virginie Efira et Solan Machado-Graner © Roger Arpajou/Curiosa Film

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Pour incarner cette folie : Virginie Efira, dans un rôle de femme hystérique ressemblant beaucoup à celui de la nonne illuminée dans Benedetta de Paul Verhoeven – qui lui a d’ailleurs valu, sans surprise, une nomination pour le César 2022 de la meilleure actrice. Dans En attendant Bojangles, l’actrice propose le même type de jeu, mais ce dernier fonctionne, et est largement plus convaincant que celui de Suze Trappet dans Adieu les cons d’Albert Dupontel. Ici, Virginie Efira incarne avec talent les pulsions de vie et les moments d’égarement de son personnage. Romain Duris, lui, « fait le job », comme ont dit. Les scènes de danse du duo d’acteurs sont impeccables, et insufflent une fraîcheur et un certain dynamisme au film.

Seul point noir : le scénario pêche un peu par quelques longueurs et incohérences. Il manque parfois de réalisme : on ne sait pas trop sur quel pied le réalisateur veut danser. La fin, qu’on ne dévoilera pas, est un peu maladroite et manque de clarté. Dommage. En attendant Bojangles n’arrive certainement pas à la hauteur du Populaire de Régis Roinsart, mais reste, malgré tout, une œuvre agréable à regarder et à vivre… Sans voir son temps gaspillé.

15 / 20

Fanny BL

Romain Duris et Virginie Efira © Roger Arpajou/Curiosa Film

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