« Coupez ! » de Michel Hazanavicius : Restez !

Ecoutez d’abord ce petit podcast :

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Hazanavicius renoue avec ses premières amours d’humour et ne se prend pas au sérieux une minute avec Coupez ! Un film détonnant, plein de surprises, tel une cocotte minute prête à exploser, avec du sang partout… du faux, bien sûr !

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Une équipe tourne un film de zombies à petit budget dans un bâtiment désaffecté. Techniciens blasés, acteurs pas vraiment concernés… Seul le réalisateur, Rémi (Romain Duris), semble investi de l’énergie nécessaire pour donner vie à son film. Mais l’irruption de vrais morts-vivants sur les lieux de tournage va tout chambouler

D’abord l’ennui et l’incompréhension. Puis la curiosité, l’intérêt, la surprise… et finalement, l’enthousiasme absolu ! Vous l’aurez compris : Coupez ! nous fait passer par de nombreux états émotionnels. Il propose aussi des moments drôles, à suspense, légèrement effrayants, parfois attendrissants… En somme, ce film est un étonnant petit ovni.

Après tout, ce n’est pas pour rien que Michel Hazanavicius est considéré comme le spécialiste français de la récupération, du pastiche et du détournement. Le réalisateur propose ici un long-métrage drôle, à l’humour complètement absurde, avec des blagues souvent très nulles – mais qui, finalement, font toujours rire, d’une manière ou d’une autre -, dans un esprit très similaire à celui de La Cité de la peur, d’Alain Berbérian (1994).

Romain Duris alias Rémi / Higurashi © Lisa Ritaine

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Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Autant être honnête : la première demi-heure, filmée en plan-séquence, caméra au poing, est d’un ennui atroce. Au début, on pense assister à une sorte de série Z horrifique, et on ne comprend pas trop où le réalisateur veut en venir… On commence même à se demander s’il est sérieux ou non. Finalement, un retournement de situation total sauve la mise… Alors un conseil : restez ! Bien sûr, on ne va rien « divulgacher », mais sachez que serez rassurés et agréablement surpris, car tout s’imbrique par la suite. Ce scénario à plusieurs tiroirs donne lieu à une ingénieuse mise en abyme.

On commence alors à penser que tout le génie d’Hazanavicius est concentré dans ce long-métrage… mais c’est sans savoir que Coupez ! est le remake d’un film japonais intitulé Ne coupez pas !, de Shin’ichirô Ueda, sorti en France en 2019, et tourné par des étudiants en seulement deux jours et six prises, avec très peu de moyens. Tout le fil conducteur est donc sorti de la tête d’un autre cinéaste, puisqu’on assiste au même retournement de situation… En apprenant cela, la déception pointe le bout de son nez. Michel Hazanavicius n’a rien inventé ici : il a plutôt revisité Ne coupez pas ! à sa manière… mais après tout, pourquoi pas.

Bérénice Béjo alias Nadia / Natsumi © Lisa Ritaine

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L’un des grands intérêts de Coupez ! : on découvre les coulisses de tournage d’un film, notamment tous les petits secrets des effets spéciaux… Une manière de nous faire prendre conscience de l’importance de chaque petite main – maquilleur, cadreur, preneur de son, compositeur – et de toutes les difficultés auxquelles un réalisateur est confronté pour accoucher d’un film : gérer le temps, le budget, les imprévus… En somme, on est face à une sorte de making-of géant.

Coupez ! aborde une réflexion intéressante sur la notion de succès et la capacité d’un acteur à improviser. Surtout, il tente de donner une définition du cinéma aujourd’hui : dans l’histoire, le film de zombies tourné par Rémi (Romain Duris) est dédié à être diffusé en direct sur une plateforme vidéo, et défini comme « rapide, pas cher, et dans la moyenne »… Alors, est-ce que c’est ça, le cinéma en 2022 ? Une question en phase totale avec l’actualité, avec l’explosion des plateformes de vidéo à la demande dans un contexte pandémique.

Bérénice Béjo, Matilda Lutz et Finnegan Oldfield © Lisa Ritaine

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Cerise sur le gâteau : le casting est totalement génial, surtout Romain Duris (En Attendant Bojangles) qui nous épate dans le rôle du réalisateur torturé, et Finnegan Oldfield (Gagarine) en star charismatique et détestable. Bérénice Béjo (L’Homme de la cave), qui tourne pour la sixième fois avec son mari Michel Hazanavicius, livre un jeu plutôt convaincant. Enfin, Jean-Pascal Zadi (Tout Simplement Noir), dans le rôle du compositeur, ajoute la petite dose d’humour supplémentaire dont le film avait besoin.

On ne change pas les bonnes vieilles habitudes : Michel Hazanavicius est toujours autant dans l’autodérision totale et assumée… et ça fonctionne à 100% avec Coupez !, même si son film est un remake. On ne peut que vous recommander chaudement son long-métrage, immense blague en apparence, mais qui cache finalement une véritable déclaration d’amour au cinéma. Par contre, il ne faut pas craindre les têtes coupées et le sang qui gicle, car ces éléments sont utilisés à outrance… Parole de zombie !

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Film présenté en ouverture du Festival de Cannes 2022

16 / 20

Fanny BL

© Lisa Ritaine

2 commentaires sur “« Coupez ! » de Michel Hazanavicius : Restez !

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  1. Tu as complètement raison, j’ai pensé la même chose dans les premiers 30minutes, mais après ça, le film est génial et ça montre bien le charisme de Hazanavicius. Surtout j’aime bien la comparaison avec des plateformes en ligne, la consommation rapide et pas cher…
    Merci encore pour cette critique très détaillé !

    J’aime

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